Opi­nions de la ré­dac­tion

Bilan - - Sommaire - MA­RY VAKARIDIS

Dans son ar­ro­gance, l’Amé­rique de Trump pen­sait por­ter un coup fa­tal à l’Iran en se re­ti­rant ce prin­temps de l’ac­cord nu­cléaire si­gné en 2015. Re­dou­tant l’es­sor de la puis­sance ira­nienne en Orient, l’Ara­bie saou­dite et Is­raël ont fait pres­sion afin que Wa­shing­ton re­nie le texte. Tout à son ego, le po­li­ti­cien n’a pas ré­sis­té à la ten­ta­tion de dé­faire un nou­vel hé­ri­tage du gou­ver­ne­ment Oba­ma. L’Eu­rope al­lait se mettre à la botte des Etats-Unis et as­phyxier de con­sort l’éco­no­mie ira­nienne.

Car c’est comme ça que le monde fonc­tionne de­puis la fin de la Se­conde Guerre mon­diale: l’Amé­rique im­pose, ses al­liés his­to­riques s’in­clinent. Mais ces der­nières dé­cen­nies, de nou­velles grandes puis­sances ont émer­gé. Et au­jourd’hui, on voit bou­ger les lignes de forces. L’Al­le­magne de Mer­kel, la France de Ma­cron et The­re­sa May à Londres se disent dé­ter­mi­nés à res­pec­ter l’ac­cord. La Chine de son cô­té ne dit pas grand-chose. Mais elle a dé­jà pla­cé ses pions de ma­nière à être la plus grande bé­né­fi­ciaire du re­trait amé­ri­cain.

La Chine est dé­jà le pre­mier im­por­ta­teur mon­dial de pé­trole brut de l’Iran et lui a ache­té en­vi­ron 655 000 ba­rils par jour au pre­mier tri­mestre 2018. L’am­pleur de ces échanges a des ré­per­cus­sions sur la pro­gres­sion de la de­vise chi­noise. Af­faire à suivre: des contrats à terme pé­tro­liers li­bel­lés en yuan ont été lan­cés en mars à Shan­ghai. L’am­bi­tion af­fi­chée est de concur­ren­cer le Brent lon­do­nien et le WTI new-yor­kais, ba­ro­mètres en dol­lar du mar­ché mon­dial.

Les liens éco­no­miques entre l’Iran et la Chine sont très forts. En juin 2017, des so­cié­tés chi­noises étaient im­pli­quées pour 33 mil­liards de dol­lars dans les pro­jets d’in­fra­struc­tures du pro­gramme des «Routes de la soie» sur le ter­ri­toire ira­nien. Des lignes de cré­dit at­tei­gnant 10 mil­liards de dol­lars ont été al­louées à cinq banques ira­niennes pour des chan­tiers d’in­fra­struc­tures. Au dé­but de cette an­née, les deux pays s’en­ten­daient sur une liai­son fer­ro­viaire pour désen­cla­ver le port de Bou­chehr.

Les Eu­ro­péens font fi­gure de pa­rents pauvres. Si, par peur des sanc­tions, la com­pa­gnie fran­çaise To­tal re­nonce au contrat avec l’Iran pour le dé­ve­lop­pe­ment de la phase 11 du champ ga­zier Pars Sud, la so­cié­té chi­noise CNPC re­pren­dra la par­ti­ci­pa­tion hexa­go­nale, comme ce­la a dé­jà été an­non­cé. Les ges­ti­cu­la­tions amé­ri­caines res­tent sans ef­fet à Pé­kin. Con­trai­re­ment à l’Eu­rope, la Chine et la Rus­sie sont très peu ex­po­sées sur le mar­ché amé­ri­cain et n’ont que faire du ré­ta­blis­se­ment des sanc­tions. En bon ar­ro­seur ar­ro­sé, Do­nald Trump a vou­lu dé­mon­trer sa force en ré­pu­diant l’ac­cord avec l’Iran. Or, en renforçant l’axe Chi­neI­ran, le pré­sident ré­pu­bli­cain ne fait qu’ac­cé­lé­rer la perte d’in­fluence des Etats-Unis dans le concert des na­tions.

EN RENFORÇANT L’AXE CHINE-IRAN, LE PRÉ­SIDENT AMÉ­RI­CAIN NE FAIT QU’AC­CÉ­LÉ­RER LA PERTE D’IN­FLUENCE DES ÉTATS-UNIS

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