Les stars du SMI entre tops et flops

De­puis sa créa­tion à l’été 1988, l’in­dice des va­leurs ve­dettes de la Bourse suisse a su­bi des ré­formes qui té­moignent des mu­ta­tions en­ga­gées par les grandes en­tre­prises hel­vé­tiques.

Bilan - - Sommaire - PAR JEAN-PHI­LIPPE BUCHS

ADIA? ELEKTROWATT? Ces so­cié­tés sont au­jourd’hui tom­bées dans l’ou­bli. Elles fi­gu­raient pour­tant au sein du SMI (Swiss Mar­ket In­dex) lors de sa créa­tion le 30 juin 1988. A la fin du mois, l’in­dice des va­leurs ve­dettes de la Bourse suisse fê­te­ra ses 30 ans d’exis­tence! Les mo­di­fi­ca­tions ré­gu­lières de sa com­po­si­tion té­moignent de la pro­fonde mu­ta­tion de l’éco­no­mie du pays. A l’ins­tar d’Adia, qui fu­sionne avec le fran­çais Ec­co pour don­ner nais­sance à l’un des lea­ders mon­diaux du tra­vail tem­po­raire Adec­co, et d’Elektrowatt, dont les ac­ti­vi­tés sont dis­soutes au sein de deux géants mon­diaux, de nom­breuses autres en­tre­prises du SMI su­bissent des trans­for­ma­tions mas­sives entre 1988 et 2018 (lire p. 14).

Dans la chi­mie-phar­ma­cie, les deux mul­ti­na­tio­nales bâ­loises Ci­ba-Gei­gy et San­doz an­noncent leur ma­riage en mars 1996 pour fon­der No­var­tis. Ob­jec­tif: par­ve­nir à une taille cri­tique suf­fi­sante afin d’af­fron­ter la concur­rence. Cette branche pro­cède éga­le­ment à plu­sieurs spin-off. San­doz in­tro­duit en bourse (IPO) sa di­vi­sion chi­mique sous le nom de Cla­riant en 1995, puis No­var­tis fait de même une an­née plus tard avec Ci­ba Spé­cia­li­tés Chi­miques. En 2000, c’est au tour de Roche de se concen­trer sur la san­té avec l’IPO de Gi­vau­dan (arômes et par­fums). Et, la même an­née, Syn­gen­ta naît de la fu­sion des ac­ti­vi­tés agro­chi­miques de No­var­tis et de l’an­glo-sué­doise As­traZe­ne­ca.

Dans les an­nées 1990, la fi­nance connaît aus­si d’im­por­tants bou­le­ver­se­ments. Crou­lant sous des créances dou­teuses pour un mon­tant de 6 mil­liards de francs, la Banque Po­pu­laire Suisse (4e plus gros ins­ti­tut du pays) est ab­sor­bée par le CS Hol­ding en 1993. Trois ans plus tard, ce­lui-ci ap­proche une

Union de Banques Suisses dé­sta­bi­li­sée par les at­taques du fi­nan­cier Mar­tin Eb­ner. Mais son pa­tron Ro­bert Studer re­fuse la pro­po­si­tion de fu­sion.

En 1997, il se tourne vers la So­cié­té de Banque Suisse. Après plu­sieurs se­maines de trac­ta­tions, les deux éta­blis­se­ments dé­cident de s’al­lier. Ils créent Uni­ted Bank of Swit­zer­land, qui de­vien­dra UBS. De son cô­té, la com­pa­gnie d’as­su­rances Win­ter­thur change deux fois de pro­prié­taires en moins de dix ans. En 1997, Mar­tin Eb­ner em­poche plu­sieurs cen­taines de mil­lions de francs en re­ven­dant ses ac­tions au CS Hol­ding. En 2006, ce der­nier cède à son tour sa part au groupe fran­çais AXA après avoir dû re­ca­pi­ta­li­ser l’as­su­reur à hau­teur de deux mil­liards de francs.

Au cours de ces trente der­nières an­nées, une seule so­cié­té a été épar­gnée par les tur­bu­lences: Nest­lé. Elle n’a ni fu­sion­né avec un concur­rent, ni mo­di­fié son nom comme Hol­ber­bank (Hol­cim puis Hol­cimLa­farge), Cre­dit Suisse (CS Group), Zu­rich (Zu­rich In­su­rance), Hoff­mann-La Roche (Roche), Réas­su­rances (Swiss Re), ni été ra­che­tée. En re­vanche, le nu­mé­ro un mon­dial de l’ali­men­ta­tion a pro­cé­dé à de nom­breuses ac­qui­si­tions à l’étran­ger. Entre 1987 et 2017, son chiffre d’af­faires et son bé­né­fice net se sont en­vo­lés de 35 à 89 mil­liards de francs et de 1,8 à 7,2 mil­liards de francs.

La vic­toire des ac­tion­naires

«L’évo­lu­tion de la com­po­si­tion du SMI montre que les grands ac­teurs de l’éco­no­mie hel­vé­tique ont adap­té leur mo­dèle d’af­faires sur une pé­riode re­la­ti­ve­ment courte com­prise entre 1995 et 2000 pour prendre le train de la mon­dia­li­sa­tion et pour sa­tis­faire leurs ac­tion­naires sur le mo­dèle an­glo-saxon de la sha­re­hol­der va­lue», re­lève Jérôme Schupp, ana­lyste fi­nan­cier chez Prime Part­ners.

Pa­ral­lè­le­ment aux opé­ra­tions de fu­sions-ac­qui­si­tions, les membres du SMI sim­pli­fient la struc­ture de leur ca­pi­tal en sup­pri­mant les ac­tions au por­teur et/ou les bons de jouis­sance (à l’ex­cep­tion de Roche et de Swatch Group) pour ne conser­ver que l’ac­tion no­mi­na­tive. Dé­sor­mais, une ac­tion = une voix. De même, une nou­velle lé­gis­la­tion leur per­met de ré­duire la va­leur no­mi­nale de leurs titres à 0,10 franc afin d’en­cou­ra­ger les tran­sac­tions bour­sières.

Des 20 firmes fi­gu­rant à l’in­dice des va­leurs ve­dettes en 1988, seules cinq y sont en­core pré­sentes: CS Group, Roche, Swiss Re, Zu­rich In­su­rance et Nest­lé. On peut y ajou­ter cinq en­tre­prises nées d’une fu­sion d’une ou de deux so­cié­tés dé­jà co­tées: Adec­co, ABB, La­far­geHol­cim, No­var­tis et UBS Group. Au fil des ans, le SMI se re­nou­velle ré­gu­liè­re­ment avec l’ar­ri­vée de nou­velles stars qui montrent la ca­pa­ci­té de l’éco­no­mie suisse à se ré­for­mer. Après une dra­ma­tique des­cente aux en­fers, l’hor­lo­ge­rie re­de­vient une branche triom­phante avec SMH, qui de­vien­dra Swatch Group, et Richemont. Fi­gu­rant par­mi les lea­ders mon­diaux du sa­ni­taire, de la chi­mie de la cons­truc­tion et de l’ins­pec­tion, Ge­be­rit, Si­ka et SGS sont dé­sor­mais des va­leurs sûres de la bourse. «Je suis frap­pé par la ré­si­lience de la moi­tié des so­cié­tés qui ont réus­si à res­ter au SMI de­puis sa créa­tion et par l’ar­ri­vée d’en­tre­prises fa­mi­liales comme Swatch Group ou Si­ka qui n’ont ces­sé de croître», af­firme Paul Dem­bins­ki, pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té de Fri­bourg, di­rec­teur de l’Ob­ser­va­toire de la fi­nance et chro­ni­queur chez Bi­lan.

Si les pro­fils des en­tre­prises ont pro­fon­dé­ment chan­gé en trente ans, le poids des branches éco­no­miques reste en re­vanche stable. Comme en 1988, deux d’entre elles re­pré­sentent à elles seules la moi­tié du nombre des so­cié­tés du SMI en 2018: la chi­mie-phar­ma­cie, avec Roche, No­var­tis, Lon­za et Si­ka, et les ser­vices fi­nan­ciers, avec CS Group, UBS, Julius Baer, Swiss Life, Swiss Re et Zu­rich In­su­rance. Ac­tuel­le­ment, plus de la moi­tié de la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière est même dé­te­nue par trois so­cié­tés: Nest­lé, No­var­tis et Roche, dont le poids res­pec­tif est pla­fon­né à 18%. «Le SMI ne re­flète pas

AU FIL DES ANS, LE SMI SE RE­NOU­VELLE RÉ­GU­LIÈ­RE­MENT AVEC L’AR­RI­VÉE DE NOU­VELLES STARS: SWATCH, RICHEMONT...

la struc­ture de l’éco­no­mie hel­vé­tique qui est axée sur les PME. Il ne com­prend par exemple pas non plus les va­leurs du sec­teur des ma­tières pre­mières et du né­goce qui jouent un rôle im­por­tant», constate Maxime Bot­te­ron, éco­no­miste à Cre­dit Suisse à Zu­rich. Et d’ajou­ter: «Le poids de Roche, No­var­tis et Nest­lé dans cet in­dice est dis­pro­por­tion­né par rap­port à leurs ac­ti­vi­tés en Suisse. Ces mul­ti­na­tio­nales ne réa­lisent qu’une frac­tion de leur chiffre d’af­faires dans notre pays.»

La sur­pon­dé­ra­tion des branches tra­di­tion­nelles pré­sentes au SMI contraste avec l’évo­lu­tion de la com­po­si­tion de l’in­dice ve­dette de la

Bourse amé­ri­caine. Au Dow Jones, l’ar­ri­vée d’Apple, Cis­co Sys­tems, In­tel et Mi­cro­soft marque l’émer­gence des nou­velles tech­no­lo­gies qui ré­vo­lu­tionnent les ac­ti­vi­tés éco­no­miques.

De 1500 à 9616 points

De­puis sa créa­tion, les per­for­mances du SMI fluc­tuent au rythme des opé­ra­tions d’ac­qui­si­tion-fu­sion, des dé­routes d’en­tre­prises et des crises fi­nan­cières et éco­no­miques. De 1500 points au 30 juin 1988, l’in­dice grimpe à 8489 points en été 1998. Il faut at­tendre 2007 pour que ce­lui­ci puisse battre ce re­cord, puis jan­vier de cette an­née pour qu’il at­teigne un nou­veau pic his­to­rique à 9616 points.

Se­lon SIX Swiss Ex­change qui me­sure l’évo­lu­tion des va­leurs du SMI de­puis 1998, c’est Si­ka qui en­re­gistre la crois­sance la plus forte au cours de ces vingt der­nières an­nées: de 313 francs en oc­tobre de cette an­née-là, son ac­tion s’en­vole jus­qu’à 8408 francs en jan­vier der­nier (re­des­cen­due de­puis à 7924 francs au­jourd’hui). Gi­vau­dan, spin-off de Roche, sur­per­forme éga­le­ment le SMI en se his­sant de 545 francs lors de son IPO à

2327 francs au dé­but de cette an­née. De leur cô­té, les titres d’UBS et de CS Group culminent à 75,5 francs et à 96 francs en 2007 avant de s’ef­fon­drer lour­de­ment. Les deux grandes banques touchent le fond à 8,2 francs en mars 2009 pour UBS et à 9,75 francs en été 2016 pour CS Group.

Pour les ac­tion­naires, la bourse n’est ja­mais un fleuve tran­quille!

L’AC­TION SI­KA AF­FICHE LA CROIS­SANCE LA PLUS FORTE DE CES VINGT DER­NIÈRES AN­NÉES: DE 313 À 8408 FRANCS EN JAN­VIER DER­NIER

Nest­lé, à Ve­vey, est le seul groupe co­té au SMI de­puis 1988 qui n’a pas chan­gé de nom.

Le groupe Roche est co­té au SMI de­puis le dé­but. Il s’ap­pe­lait alors Hoff­mann-La Roche.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.