Et vous, quel est votre sa­laire?

Bilan - - Décryptage - PAR REBECCA GAR­CIA

Pire que le sexe, le ta­bou du sa­laire bride nos dis­cus­sions. De­man­der à quel­qu’un com­bien il gagne, c’est une forte pro­ba­bi­li­té d’avoir en ré­ponse un haus­se­ment de sour­cil et un chan­ge­ment de su­jet im­mé­diat. Pour­tant, la ques­tion est lé­gi­time. Connaître les salaires des uns et des autres a de nom­breuses ver­tus. D’abord, ce­la per­met de se pla­cer sur une échelle de va­lo­ri­sa­tion – et de ré­cla­mer un ajus­te­ment si né­ces­saire. Je parle bien d’aug­men­ta­tion salariale pour les dé­va­lo­ri­sés et de baisse pour les sur­éva­lués. Si les re­ve­nus étaient connus, les in­éga­li­tés se­raient-elles aus­si fortes? Les femmes au­raient des preuves en­core plus fla­grantes pour de­man­der la mise à ni­veau à com­pé­tences égales.

En­suite, di­vul­guer son sa­laire im­plique de l’as­su­mer. Ga­gner 15 000, 50 000 ou 100 000 francs par mois en­gendre des re­marques. Les hauts re­ve­nus ont beau ca­cher le chiffre réel, les gens ne sont pas dupes et com­parent les ni­veaux de vie. On peut pré­fé­rer faire pro­fil bas, mais on peut aus­si être ferme: je gagne beau­coup, je le vaux car j’ai de nom­breuses res­pon­sa­bi­li­tés. Point barre. L’avan­tage est que cette ma­nière de pro­cé­der an­ni­hile les spé­cu­la­tions. Avec une pointe d’op­ti­misme, on peut se dire qu’on ne se­ra qu’un chiffre par­mi d’autres.

A vi­sage dé­cou­vert

Eh oui, je suis cu­rieuse! J’ai en­vie de sa­voir si ma coif­feuse gagne beau­coup. J’ai­me­rais ap­prendre des bud­gets d’au­trui. Je sou­haite voir avec quelle somme les per­sonnes vivent bien car, pour l’ins­tant, je n’ai au­cune idée où je me si­tue. La cu­rio­si­té est plus qu’un vi­lain dé­faut: elle amène aus­si une saine trans­pa­rence.

Peut-être que le pro­blème de fond est la men­ta­li­té. En Suisse, on est bi­be­ron­né au res­pect de la sphère pri­vée dès le plus jeune âge. Le sa­laire de­vient une don­née sen­sible. Mais sur cer­tains sites in­ter­net, des ir­ré­duc­tibles s’af­fichent sou­rire aux lèvres et re­ve­nus pla­car­dés sur leur pho­to. Le dé­but d’un mou­ve­ment, peut-être.

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