Le Valais est in­no­vant

Eclai­rage sur un can­ton en plein boom, loin des cli­chés.

Bilan - - Sommaire - PAR MARY VAKARIDIS

A, ra­clettes et skieurs? Vous avez tout faux. L’éco­no­mie va­lai­sanne n’a rien à voir avec cette image d’Epi­nal. L’heure est aux star­tups, à l’innovation in­dus­trielle à grande échelle, aux concepts pré­cur­seurs. Can­ton à la pointe de la re­cherche grâce à l’EPFL et à la Haute Ecole spé­cia­li­sée de Suisse oc­ci­den­tale (HES-SO) Valais-Wal­lis, le Valais pré­sente un pro­fil en phase avec le XXIe siècle, loin des ha­bi­tuels cli­chés. «Vous sa­vez ce que l’on dit sur le Valais? Les gens de l’ex­té­rieur hé­sitent beau­coup à ve­nir s’y ins­tal­ler. Mais une fois qu’ils sont là, ils ne veulent plus re­par­tir, plai­sante Ch­ris­tophe Dar­bel­lay, conseiller d’Etat char­gé de l’éco­no­mie et de la for­ma­tion. Notre can­ton est ac­tuel­le­ment en train de ren­for­cer le seg­ment de la haute va­leur ajou­tée. Grâce à l’an­tenne EPFL Va­laisWal­lis, des cher­cheurs de re­nom­mée in­ter­na­tio­nale dé­ve­loppent de nou­veaux pro­jets ici. Nous sommes en­chan­tés qu’ils se plaisent dans leur nou­vel environnement.»

Les exemples de fleu­rons tech­no­lo­giques abondent. DePuy Synthes à Ra­rogne ou en­core le pro­jet Ibex de Lon­za (voir les en­ca­drés page 40) ancrent le Valais sur la carte de l’innovation. Autre illus­tra­tion, les na­vettes au­to­nomes de Sion pré­fi­gurent ce que se­ra le tra­fic lorsque, dans un ave­nir pas si loin­tain, les vé­hi­cules se dé­pla­ce­ront sans conduc­teur. Elles ont été dé­ve­lop­pées par l’ex­ploi­tant CarPos­tal, le concep­teur Naya ain­si que les par­te­naires, à sa­voir la Ville de Sion, l’Etat du Valais, l’EPFL, la HES-SO et La Poste. «La ré­gion est ap­pré­ciée pour sa qua­li­té de vie comme pour sa proxi­mi­té avec les grands aé­ro­ports. L’emploi se dé­ve­loppe de fa­çon dy­na­mique. C’est très po­si­tif pour les Va­lai­sans di­plô­més qui

trouvent main­te­nant des dé­bou­chés à la hau­teur de leurs com­pé­tences sur leur lieu d’ori­gine», ob­serve Jean-Pierre Brin­ghen, pa­tron du four­nis­seur de la construc­tion du même nom.

Plu­sieurs lo­co­mo­tives

Puis­sant trem­plin pour l’éco­no­mie va­lai­sanne, l’EPFL (Ecole po­ly­tech­nique fé­dé­rale de Lau­sanne), qui s’est im­plan­tée en 2012, em­ploie plus de 230 cher­cheurs qui ont dé­jà at­ti­ré près de 60 mil­lions de contrats de re­cherche. L’ins­ti­tu­tion joue un rôle de mo­teur pour le Cam­pus Energypolis à Sion, réu­nis­sant dans le même pôle de com­pé­tence HES-SO et l’in­cu­ba­teur de star­tups The Ark. «L’éclo­sion d’Energypolis tire vers le haut toute la chaîne de va­leur. Les ac­ti­vi­tés couvrent la re­cherche fon­da­men­tale et ap­pli­quée, le trans­fert de tech­no­lo­gie et le dé­ve­lop­pe­ment d’ap­pli­ca­tions in­dus­trielles», se fé­li­cite Ch­ris­tophe Dar­bel­lay. L’élu PDC ajoute: «Le pro­jet se­ra par­ache­vé par un Swiss Innovation Park dont l’ou­ver­ture est pré­vue à la ren­trée de 2020.»

La firme de chi­mie Lon­za, la co­opé­ra­tive Mi­gros Valais, Groupe Coop et Groupe Mu­tuel sont par ordre dé­crois­sant les quatre prin­ci­paux em­ployeurs du Valais, of­frant au to­tal 7500 postes de tra­vail. Mais de­puis une di­zaine d’an­nées, on voit ap­pa­raître des star­tups is­sues du cru qui se dis­tinguent au ni­veau in­ter­na­tio­nal. L’in­cu­ba­teur The Ark a pro­duit jus­qu’ici une ving­taine de so­cié­tés, dont Re­capp dans le do­maine de la re­con­nais­sance vo­cale mul­ti­lingue et KeyLe­mon (voir en­ca­dré page 40) dans la sé­cu­ri­té bio­mé­trique.

L’ap­pa­ri­tion de star­tups en Valais est in­dis­so­ciable d’une ins­ti­tu­tion au rôle ma­jeur: l’Idiap (an­cien­ne­ment Ins­ti­tut d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle per­cep­tive). Fon­dé en 1991 par la Ville de Mar­ti­gny, l’Etat du Valais, l’EPFL, l’Uni­ver­si­té de Ge­nève et Swiss­com, l’ins­ti­tut concentre ses ef­forts sur la re­cherche, la for­ma­tion et le trans­fert de tech­no­lo­gie. Le centre em­ploie une cen­taine de col­la­bo­ra­teurs et tourne avec un bud­get an­nuel de 10 mil­lions de francs fi­nan­cé à 55% par des pro­jets de re­cherche et à 45% par des fonds pu­blics. L’Idiap a bé­né­fi­cié d’une énorme pu­bli­ci­té en 2002, lorsque l’ins­ti­tut a été choi­si pour ana­ly­ser les en­re­gis­tre­ments pré­su­més de Ben La­den.

40 000 nou­veaux ré­si­dents en dix ans

«La for­ma­tion et l’innovation doivent per­mettre au Valais de réus­sir le vi­rage nu­mé­rique. Nous de­vons pré­pa­rer une nou­velle gé­né­ra­tion à des métiers qui n’existent cer­tai­ne­ment pas en­core au­jourd’hui. C’est aus­si va­lable pour le sec­teur de la banque», dé­clare Pas­cal Per­ru­choud, CEO de la Banque Can­to­nale du Valais (BCVs). Pro­fes­seure à la Haute Ecole de ges­tion et de tou­risme de Sierre, Ma­rie-Fran­çoise Per­ru­choud-Mas­sy dé­taille: «Le Valais a connu un ef­fet de rat­tra­page avec une éco­no­mie qui s’est di­ver­si­fiée no­tam­ment dans les ser­vices fi­nan­ciers et les as­su­rances. Les ac­ti­vi­tés sont en phase de di­gi­ta­li­sa­tion et on as­siste à un ren­for­ce­ment de la va­leur ajou­tée, par exemple dans le sec­teur de la vi­ti­cul­ture.»

Pu­bliée en 2017, une étude me­née par l’ins­ti­tut bâ­lois BAK pour le compte de la Chambre va­lai­sanne de com­merce et d’in­dus­trie et la BCVs in­dique que l’ex­pan­sion éco­no­mique va­lai­sanne a été por­tée par la crois­sance dé­mo­gra­phique. C’est ce qui res­sort d’une comparaison à long terme (2005 à 2015) avec des ré­gions al­pines sem­blables en Eu­rope. Le Valais ar­rive ain­si en tête en termes de crois­sance du PIB par rap­port à dif­fé­rentes ré­gions de montagne. Lors des dix der­nières an­nées, le can­ton a ac­cueilli 40 000 nou­veaux ré­si­dents, soit une aug­men­ta­tion de 15% de la po­pu­la­tion. «L’étude montre que notre éco­no­mie s’est dé­ve­lop­pée plus ra­pi­de­ment que celle de ré­gions de montagne com­pa­rables en France, Ita­lie et Au­triche. Dans ce contexte, un dé­fi cons­tant est de fa­vo­ri­ser l’innovation et de lui of­frir une vi­trine de qua­li­té. C’est dans ce but que nous avons lan­cé le Prix Créa­teurs BCVs en par­te­na­riat avec la Pro­mo­tion éco­no­mique can­to­nale, il y a plus de dix ans», sou­ligne Pas­cal Per­ru­choud.

Dis­pa­ri­tés ré­gio­nales

Ch­ris­tophe Dar­bel­lay com­mente: «L’évo­lu­tion du Valais dé­note un dy­na­misme très fort. En comparaison sur la même pé­riode, le can­ton des Gri­sons est res­té stable au ni­veau de la po­pu­la­tion comme des em­plois.» Pas­cal Per­ru­choud pro­longe: «Le poids du sec­teur se­con­daire dans le PIB can­to­nal s’éta­blit à 30%, une pro­por­tion très proche de celle ob­ser­vée à Fri­bourg. Notre can­ton s’ap­puie aus­si sur d’autres pôles de com­pé­tences comme la chi­mie et l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique pour plus de 12% et le sec­teur de pro­duc­tion et dis­tri­bu­tion d’élec­tri­ci­té pour près de 4,7%.»

L’étude de BAK pointe aus­si de fortes dis­pa­ri­tés ré­gio­nales. Mar­ti­gny est cham­pion du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. Sion se place en tête du clas­se­ment au cha­pitre de la qua­li­té de vie. Mon­they est lea­der quand on parle de crois­sance dé­mo­gra­phique. Les ré­gions les plus ur­ba­ni­sées ont

un im­pact pré­pon­dé­rant sur l’évo­lu­tion éco­no­mique du can­ton en gé­né­rant 62% du PIB can­to­nal.

Tou­jours est-il que le can­ton a souf­fert ces trois der­nières an­nées du franc fort, du prix bas de l’éner­gie et des consé­quences du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique qui pé­na­lisent le tou­risme. «Au­tant de fac­teurs qui pèsent sur les pré­vi­sions de crois­sance. Le can­ton ne de­vrait pas bé­né­fi­cier du même élan conjonc­tu­rel que le reste de la Suisse ro­mande, d’après les pré­vi­sions. Un fait re­gret­table car on res­sent un vrai dy­na­misme, je di­rais même un re­nou­veau», té­moigne Em­ma­nuel Fra­gnière, pro­fes­seur à la HESSO Valais-Wal­lis. Ce­lui-ci ap­pelle les men­ta­li­tés à chan­ger: «Les Va­lai­sans doivent s’ou­vrir da­van­tage au reste de la Suisse et au monde afin de construire coûte que coûte des dé­bou­chés à l’ex­té­rieur.» Le pro­fes­seur plaide pour une mon­tée en gamme dans l’en­semble des do­maines: «L’agriculture, l’éner­gie et le tou­risme doivent pou­voir s’ap­puyer sur des qua­li­tés d’innovation, ain­si que des sa­voir-faire so­lides.»

Créer un tou­risme quatre sai­sons

La re­vi­ta­li­sa­tion du tou­risme consti­tue un en­jeu de pre­mière im­por­tance. «Ce sec­teur ne peut pas se res­treindre à trois mois d’ac­ti­vi­té par an­née. Il nous faut étendre notre offre», mar­tèle Ch­ris­tophe Dar­bel­lay. Pro­fes­seur à la HES-SO, Ro­land Schegg ob­serve: «Le but de la branche est de créer un tou­risme pour les quatre sai­sons. Les des­ti­na­tions cherchent à se bâ­tir une image «smart» et en phase avec le nu­mé­rique. Le nombre d’évé­ne­ments et d’ac­ti­vi­tés pro­gresse avec des es­cape rooms, des soi­rées à thème, des nou­veaux sen­tiers, des ac­ti­vi­tés cu­li­naires... Les pro­fes­sion­nels du tou­risme veulent of­frir un maxi­mum d’ex­pé­riences aux hôtes.»

Une piste à fort po­ten­tiel concerne le pu­blic des 50 ans et plus. C’est une clien­tèle en crois­sance qui skie moins et qui cherche une autre source d’épa­nouis­se­ment. Ro­land Schegg re­lève que «le Ty­rol du Sud at­tire plein de se­niors al­le­mands et au­tri­chiens avec des pro­duits adres­sés à cette clien­tèle. Il y a cer­tai­ne­ment de là de quoi nous ins­pi­rer.»

Fon­dée à Sion en 1963, Go­tec est de­ve­nue le lea­der mon­dial de la pompe os­cil­lante haut de gamme.

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