En crise, l’Ar­gen­tine taxe les en­tre­prises ex­por­ta­trices

Face à une dé­va­lua­tion de plus de 50% de sa de­vise face au dol­lar, le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé d’aug­men­ter les im­pôts des sec­teurs ex­por­ta­teurs. Il es­père ain­si com­bler son dé­fi­cit fis­cal.

Bilan - - Sommaire - PAR DA­NIEL ESKENAZI, BUENOS AIRES

L’AR­GEN­TINE est en crise. A l’ins­tar d’autres éco­no­mies émer­gentes de la ré­gion comme le Bré­sil et le Mexique, le pays a en­re­gis­tré une forte dé­va­lua­tion de sa de­vise à la suite de l’aug­men­ta­tion des taux d’in­té­rêt aux Etats-Unis. Le billet vert vaut ac­tuel­le­ment près de 38 pe­sos. De­puis le dé­but de l’an­née, la de­vise ar­gen­tine est celle qui a en­re­gis­tré la plus forte dé­va­lua­tion face au dol­lar. La dé­grin­go­lade at­teint plus de 50% et les in­ter­ven­tions de la Banque cen­trale ar­gen­tine n’ont pas in­ver­sé la ten­dance. Pire: les taux d’in­té­rêt ont grim­pé à 60%, un re­cord mon­dial.

Face au be­soin de li­qui­di­tés pour com­bler le dé­fi­cit fis­cal, Ni­co­las Du­jovne, mi­nistre du Tré­sor, a dû de­man­der un prêt an­ti­ci­pé au FMI. Le 4 sep­tembre, il a ren­con­tré sa di­rec­trice Ch­ris­tine La­garde à Wa­shing­ton afin d’ob­te­nir une pre­mière tranche sur les 50 mil­liards de dol­lars pré­vus sur trois ans. «Les dé­tails du prêt du FMI ne sont pas en­core connus. On parle d’aug­men­ter les mon­tants des rem­bour­se­ments à l’ins­ti­tut, pas seule­ment d’un prêt an­ti­ci­pé. Il est pos­sible que le FMI prête 5 à 10 mil­liards de dol­lars sup­plé­men­taires. Mais plus que tout, il faut un ap­pui de l’op­po­si­tion po­li­tique sur la ma­nière de rem­bour­ser le prêt au FMI», re­lève Fer­nan­do Baer, éco­no­miste au sein de la so­cié­té de conseil Quan­tum Fi­nan­zas. Il ajoute: «At­teindre l’équi­libre fis­cal en 2019, soit l’ob­jec­tif fixé par le gou­ver­ne­ment, est une mis­sion as­sez com­pli­quée. Elle n’est pas im­pos­sible, mais ce se­ra dif­fi­cile.»

Taxés 4 pe­sos par dol­lar ex­por­té

Pour y par­ve­nir, le gou­ver­ne­ment a dé­ci­dé no­tam­ment d’aug­men­ter les im­pôts au­près des prin­ci­paux sec­teurs ex­por­ta­teurs, comme les ma­tières pre­mières agri­coles et les ser­vices, dont les lo­gi­ciels sont une ac­ti­vi­té ma­jeure avec des ex­por­ta­tions de 1,6 mil­liard en 2017. Ils se­ront taxés à hau­teur de 4 pe­sos par dol­lar ex­por­té, les autres ex­por­ta­tions à 3 pe­sos. Ain­si, 1,8 mil­liard, puis 7,4 mil­liards ren­tre­ront dans les caisses de l’Etat, res­pec­ti­ve­ment en 2018 et 2019.

«C’est un im­pôt sur l’in­tel­li­gence, cri­ti­quait ré­cem­ment Ani­bal Car­mo­na, pré­sident de la Chambre de l’in­dus­trie ar­gen­tine du lo­gi­ciel dans le quo­ti­dien ar­gen­tin La Na­ción. Notre sec­teur com­prend ce qu’il se passe. Il y a une crise très ai­guë, mais la der­nière chose à faire est d’hy­po­thé­quer le fu­tur.» Fer­nan­do Baer re­con­naît que les me­sures prises par le gou­ver­ne­ment ne sont pas idéales, mais elles ré­pondent à une si­tua­tion d’ur­gence. «Avec l’évo­lu­tion des taux de change, ces sec­teurs sont au­jourd’hui beau­coup plus com­pé­ti­tifs qu’il y a deux mois. Leurs im­pôts augmentent, mais de l’autre cô­té les en­tre­prises bé­né­fi­cient d’une dé­va­lua­tion de plus de 50% de­puis le dé­but de l’an­née», re­lève-t-il.

De son cô­té, Ma­rio Ra­po­port est plus cri­tique. Pour ce pro­fes­seur d’éco­no­mie et di­rec­teur du Centre d’in­ves­ti­ga­tion de l’his­toire éco­no­mique, so­ciale et des re­la­tions in­ter­na­tio­nales de l’Uni­ver­si­té de Buenos Aires,

«le gou­ver­ne­ment a mal com­pris le monde dans le­quel nous vi­vons. Nous avons dé­ci­dé d’ou­vrir notre éco­no­mie alors que les Etats-Unis de Do­nald Trump pri­vi­lé­gient le pro­tec­tion­nisme. En 1959 en Ar­gen­tine, il y a aus­si eu une forte dé­va­lua­tion du pe­so. Mais l’ob­jec­tif était d’at­ti­rer des in­ves­tis­se­ments pro­duc­tifs. Il y avait un plan de dé­ve­lop­pe­ment. Au­jourd’hui, le plan de l’Ar­gen­tine est uni­que­ment fi­nan­cier. Ce­la ne mar­che­ra pas.» Se­lon lui, pa­ral­lè­le­ment aux ex­por­ta­tions agri­coles, l’Ar­gen­tine doit dé­ve­lop­per l’agro-in­dus­trie, ain­si que des sec­teurs qui dé­coulent des re­cherches scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques. «C’est ce­la qui va nous ap­por­ter des de­vises, pas uni­que­ment le re­cours aux or­ga­nismes in­ter­na­tio­naux pour rem­bour­ser nos dettes», avance-t-il. Se­lon les propos ré­cents du pré­sident de Moo­dy’s, la ré­ces­sion qui a dé­bu­té en avril pour­rait du­rer jus­qu’en 2020 en Ar­gen­tine.

Le mi­nistre du Tré­sor Ni­co­las Du­jovne a né­go­cié un prêt an­ti­ci­pé avec le FMI.

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