Opi­nions de la ré­dac­tion

Bilan - - Sommaire - SERGE GUERTCHAKOFF

A trop vou­loir pro­té­ger le ci­toyen lamb­da, on fi­nit par lui créer des pro­blèmes. Voi­là en ré­su­mé la syn­thèse de la ré­cente en­trée en vi­gueur du Rè­gle­ment gé­né­ral sur la pro­tec­tion des don­nées (RGPD) au sein de l’Union eu­ro­péenne et de la Suisse.

Ce rè­gle­ment, qui rem­place la di­rec­tive sur la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles, ap­porte certes quelques amé­lio­ra­tions. Ci­tons, par exemple, le fait qu’une en­tre­prise doit dé­sor­mais an­non­cer lorsque des don­nées ont été ha­ckées et que des don­nées per­son­nelles ont été tou­chées. Comme vient en­core de le faire la com­pa­gnie aé­rienne Bri­tish Air­ways à propos du vol des don­nées de 380 000 clients. Ou en­core que de nou­velles contraintes ont été mises en place concer­nant la ma­nière dont les don­nées sont trai­tées.

Ce­la étant, rien n’in­ter­dit le tra­çage des uti­li­sa­teurs à grande échelle via les co­okies, ni l’ac­cès à la ca­mé­ra et au mi­cro des smart­phones une fois qu’on a ac­cep­té les condi­tions d’uti­li­sa­tion. C’est là que se posent d’autres pro­blèmes.

D’une part, qui peut pré­tendre lire réel­le­ment les di­zaines de pages au conte­nu très ju­ri­dique re­la­tives au chan­ge­ment des condi­tions d’uti­li­sa­tion?

D’autre part, toutes les en­tre­prises ayant ré­col­té des don­nées per­son­nelles et se re­trou­vant désem­pa­rées face à l’en­trée en force du RGPD se sont dé­pê­chées d’en­voyer des mails à tout un cha­cun. Lors­qu’il s’agit d’un cour­rier élec­tro­nique de­man- dant de ré­agir uni­que­ment si l’on re­fuse les nou­velles règles en vi­gueur, le ci­toyen n’a pas à se fendre d’un mail d’ap­pro­ba­tion. Le pro­blème qui sur­vient, no­tam­ment avec la plu­part des ap­pli­ca­tions pour les smart­phones, c’est que si le client sou­haite re­fu­ser les nou­velles condi­tions, il se voit ex­clu. Fi­ni l’usage d’un Fa­ce­book, d’un WhatsApp ou l’ac­cès à des sites web. A trop vou­loir pro­té­ger le consom­ma­teur, ce­lui-ci fi­nit par se voir ban­nir, faute d’avoir ac­cep­té la to­ta­li­té des clauses pro­po­sées. Il n’y a au­cun dé­bat pos­sible.

Les ef­fets col­la­té­raux d’un ju­ri­disme ab­so­lu n’ont pas fi­ni de sur­prendre. Pour­quoi les nom­breux élus eu­ro­péens n’ont pas ten­té d’in­flé­chir les ex­cès de zèle de cer­tains fonc­tion­naires trop em­pres­sés, sans doute conseillés par des ex­perts pas tou­jours rem­plis de bon sens. Tout n’est pas à je­ter dans le RGPD, bien au contraire, no­tam­ment le droit à l’ef­fa­ce­ment ou le droit à re­ce­voir les don­nées à ca­rac­tère per­son­nel nous concer­nant. Par contre, d’autres clauses semblent plus abusives. Et sur­tout, leurs re­tom­bées sont clai­re­ment liberticides. Le RGPD a eu pour consé­quence de de­voir ava­ler des cou­leuvres faute de réel choix. Re­fu­ser les nou­velles condi­tions d’uti­li­sa­tion nous ex­pose à l’ex­clu­sion des ré­seaux so­ciaux, entre autres. Au­tre­ment dit, de quel choix le ci­toyen dis­po­set-il réel­le­ment? Ce­la laisse pré­sa­ger le pire quant au fu­tur de l’as­su­rance ma­la­die de base, par exemple.

DES CLAUSES DU RGPD SEMBLENT ABUSIVES. ET SUR­TOUT, LEURS RE­TOM­BÉES SONT CLAI­RE­MENT LIBERTICIDES

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.