Les conseillers fis­caux dans le vi­seur des Etats

Bilan - - Fiscalement Vôtre - PAR XA­VIER OBER­SON

E ,     aux pre­miers échanges au­to­ma­tiques de ren­sei­gne­ments avec plus de 40 Etats par­ti­ci­pant au ré­seau. C’est l’abou­tis­se­ment d’un lent pro­ces­sus qui a dé­mar­ré en 2009 avec le chan­ge­ment de po­li­tique fon­da­men­tale de la Suisse en la ma­tière. En pa­ral­lèle, à par­tir de 2013, le G20 et l’OCDE ont dé­mar­ré un autre vaste chan­tier, le pro­gramme BEPS, qui vise plus spé­ci­fi­que­ment les en­tre­prises mul­ti­na­tio­nales qui pra­tiquent ce qu’on ap­pelle la pla­ni­fi­ca­tion fis­cale agres­sive, à sa­voir des mon­tages abu­sifs des­ti­nés à payer le moins d’im­pôts pos­sible. La pu­bli­ca­tion des «Pa­na­ma pa­pers», «LuxLeaks», «Ber­mu­da Leaks» et autres ré­vé­la­tions ont contri­bué à ac­croître la pres­sion contre ces ar­ran­ge­ments fis­caux ex­ces­sifs.

Par­mi les 15 plans d’ac­tion du pro­gramme BEPS de l’OCDE, le rap­port 12, pu­blié en 2015, a ain­si re­com­man­dé d’in­tro­duire une obli­ga­tion pour les conseillers fis­caux d’an­non­cer aux au­to­ri­tés com­pé­tentes les ar­ran­ge­ments de pla­ni­fi­ca­tion fis­cale po­ten­tiel­le­ment agres­sive.

Dans la fou­lée, l’OCDE a pu­blié, en mars 2018, un mo­dèle d’an­nonce des sché­mas fis­caux po­ten­tiel­le­ment agres­sifs ou des me­sures d’opa­ci­té fis­cale. Il s’agit certes de re­com­man­da­tions non obli­ga­toires pour les Etats.

Ce­la dit, l’Union eu­ro­péenne a été plus loin. Le 25 mai 2018, elle a adop­té une di­rec­tive qui re­prend cette idée tout en élar­gis­sant son champ d’ap­pli­ca­tion. En sub­stance, la di­rec­tive pré­voit l’obli­ga­tion pour les in­ter­mé­diaires fis­caux de dé­cla­rer les ar­ran­ge­ments trans­fron­ta­liers po­ten­tiel­le­ment agres­sifs.

Fon­da­men­ta­le­ment, il suf­fit pour de­voir être an­non­cé que l’ar­ran­ge­ment pré­sente au moins une des ca­rac­té­ris­tiques («hall­marks») dé­fi­nies dans la di­rec­tive et, pour la plu­part d’entre eux, que le sché­ma in­cri­mi­né ait été mis en place dans le but d’évi­ter de payer des im­pôts.

Par­mi les in­di­ca­teurs concer­nés, on trouve no­tam­ment les ar­ran­ge­ments qui pré­sentent un lien entre la ré­mu­né­ra­tion de l’in­ter­mé­diaire et le mon­tant de l’avan­tage fis­cal en­vi­sa­gé, qui sont contraires aux normes en ma­tière de prix de trans­fert, ou pré­voient la dé­duc­ti­bi­li­té d’un paie­ment trans­fron­ta­lier dans un Etat et la non (ou faible) im­po­si­tion dans l’autre. En outre, cette di­rec­tive vise aus­si les mon­tages des­ti­nés à contour­ner les règles d’échange au­to­ma­tique de ren­sei­gne­ments (struc­tures off­shore, etc.).

Les in­ter­mé­diaires fis­caux sont dé­fi­nis lar­ge­ment. Fon­da­men­ta­le­ment, la di­rec­tive vise toutes les per­sonnes qui mettent en place ou en­cou­ragent ces mon­tages (ex­perts-comp­tables, fi­du­ciaires, conseillers fis­caux, avo­cats, ban­quiers, etc.). Cette an­nonce se­ra sui­vie d’un échange au­to­ma­tique de ren­sei­gne­ments cen­tra­li­sé entre les Etats membres.

Certes, le de­voir d’an­nonce vise en pre­mière ligne les in­ter­mé­diaires fis­caux dans l’UE mais, pour ceux qui ne sont pas dans son champ d’ap­pli­ca­tion ou ne peuvent pas four­nir les in­for­ma­tions en rai­son d’un se­cret pro­fes­sion­nel, le de­voir d’an­nonce passe à leurs clients.

A no­ter que la di­rec­tive doit être trans­po­sée en droit in­terne d’ici au 1er juillet 2020. Tou­te­fois, les ar­ran­ge­ments mis en place à par­tir du 25 juin 2018 (sic!) doivent être an­non­cés d’ici au 31 août 2020. Ils fe­ront en­suite l’ob­jet d’un échange au­to­ma­tique.

«Il se­ra loi­sible alors à chaque Etat d’ap­pli­quer les éven­tuelles règles de ré­pres­sion in­terne»

Tou­jours plus loin dans la lutte contre l’éva­sion fis­cale

On constate ain­si que dans le but de ren­for­cer la lutte contre l’éva­sion fis­cale, après les in­ter­mé­diaires fi­nan­ciers, dé­ten­teurs d’in­for­ma­tions, ou les contri­buables peu scru­pu­leux, les Etats com­mencent dé­sor­mais à ci­bler aus­si les conseillers fis­caux qui pro­posent, réa­lisent ou pro­meuvent des mon­tages fis­caux agres­sifs.

En ef­fet, une fois l’in­for­ma­tion ob­te­nue, il se­ra loi­sible à chaque Etat membre d’ap­pli­quer les éven­tuelles règles de ré­pres­sion in­terne à l’en­contre des conseillers fis­caux dont l’agres­si­vi­té fis­cale au­ra été dé­mon­trée.

Dès cet ins­tant, la ques­tion clé se­ra de dé­ter­mi­ner où com­mence l’agres­si­vi­té et où s’ar­rête la sa­gesse.

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