Pre­mier ar­ticle d’une sé­rie sur le pri­vate equi­ty: l’âge d’or

Hans van Swaay, par­te­naire de Ly­rique Pri­vate Equi­ty*, signe pour Bi­lan une sé­rie d’ar­ticles qui vont ex­plo­rer des su­jets d’ac­tua­li­té liés au thème du pri­vate equi­ty.

Bilan - - Sommaire -

EN 2017, LE SEC­TEUR RE­PRÉ­SEN­TAIT 13% DU VO­LUME MO­NÉ­TAIRE DES FUSIONSACQUISITIONS ET 8% DES TRAN­SAC­TIONS

L     est res­té long­temps mé­con­nu. Pour­tant, au cours des deux der­nières dé­cen­nies, les fonds de buyout, où sont concen­trés la ma­jeure par­tie des pla­ce­ments en pri­vate equi­ty, ont sur­per­for­mé les mar­chés bour­siers, et ce presque par­tout dans le monde, des Etats-Unis à l’Eu­rope oc­ci­den­tale en pas­sant par l’Asie-Pa­ci­fique, se­lon Bain & Co. Au­jourd’hui, ce do­maine re­pré­sente en­vi­ron 3000 mil­liards de dol­lars d’ac­tifs, dont 2000 mil­liards sont in­ves­tis et 1000 mil­liards en ré­serve – la «dry pow­der» en lan­gage d’ini­tié. Le pri­vate equi­ty est de­ve­nu une classe d’ac­tifs à part en­tière, trou­vant de plus en plus sa place dans les por­te­feuilles, les in­ves­tis­seurs de toute taille aug­men­tant constam­ment leur ex­po­si­tion à ces ac­tifs.

La plus grande par­tie de l’ar­gent du pri­vate equi­ty est consa­crée au buyout, c’est-à-dire aux tran­sac­tions par les­quelles des so­cié­tés ren­tables changent de pro­prié­taires. En 2017, Pre­qin, un des four­nis­seurs de don­nées les plus connus dans cette in­dus­trie, dé­nom­brait

4191 buyouts dans le monde pour une va­leur to­tale de 347 mil­liards de dol­lars; au­tre­ment dit 83 mil­lions de dol­lars en moyenne par tran­sac­tion. Ce chiffre reste ce­pen­dant en­core bien au-des­sous du pic de 696 mil­liards de dol­lars at­teint en 2007. On peut donc en dé­duire que les in­ves­tis­seurs sont de­ve­nus plus pru­dents de­puis la crise fi­nan­cière…

Le ven­ture ca­pi­tal, c’est-à-dire in­ves­tir de l’ar­gent dans des en­tre­prises à fort po­ten­tiel pour fi­nan­cer leur crois­sance, af­fiche quant à lui un vo­lume beau­coup plus éle­vé, avec 11 145 tran­sac­tions, pour une va­leur to­tale de 183 mil­liards de dol­lars. Tou­te­fois, la va­leur moyenne d’une tran­sac­tion dans le do­maine du ven­ture ca­pi­tal, si­tuée aux alen­tours de 16 mil­lions de dol­lars se­lon Pre­qin, est consi­dé­ra­ble­ment in­fé­rieure à celle que l’on re­trouve dans le do­maine des buyouts. Bain & Com­pa­ny no­tait qu’en 2017, le pri­vate equi­ty re­pré­sen­tait 13% du vo­lume mo­né­taire des fu­sions-ac­qui­si­tions et 8% des tran­sac­tions. Une pro­por­tion qui ne semble pas ex­ces­sive et qui pour­rait sans doute aug­men­ter sans pour au­tant en dé­sta­bi­li­ser les mar­chés.

Un mar­ché ef­fi­cient

En se dé­ve­lop­pant, le mar­ché du pri­vate equi­ty a non seule­ment ga­gné en ma­tu­ri­té, mais aus­si en ef­fi­cience. Il est éga­le­ment de­ve­nu da­van­tage pré­vi­sible du fait de la ré­duc­tion des fluc­tua­tions ex­trêmes. Les ac­teurs de cette in­dus­trie ont no­tam­ment mis au point des ou­tils, tels que le «100day plan», per­met­tant d’amé­lio­rer la per­for­mance des en­tre­prises dans les­quelles ils in­ves­tissent.

Par ailleurs, nom­breux sont les ac­teurs qui dé­ploient des stra­té­gies spé­ci­fiques par

ré­gion. Il existe au­jourd’hui en­vi­ron 5500 so­cié­tés de pri­vate equi­ty dans le monde, dont les plus connues sont Blacks­tone, KKR, Apol­lo ou Car­lyle aux Etats-Unis, et CVC, Apax ou EQT en Eu­rope. Les plus grosses d’entre elles af­fichent plu­sieurs mil­liards de dol­lars d’ac­tifs sous ges­tion; cer­taines sont même co­tées en bourse (en gé­né­ral aux Etats-Unis). Ces en­tre­prises sont de­ve­nues d’im­por­tants ges­tion­naires d’ac­tifs très di­ver­si­fiés alors que d’autres ont op­té pour la spé­cia­li­sa­tion, sous des formes très di­verses. Il existe éga­le­ment une plé­thore de groupes de taille plus mo­deste mais d’ex­cel­lente ré­pu­ta­tion qui se dé­marquent par leur stra­té­gie de niche.

Ces fonds spé­cia­li­sés se fo­ca­lisent sou­vent sur une ré­gion, gé­né­ra­le­ment un pays eu­ro­péen ou un pe­tit nombre d’Etats aux Etats-Unis, sur un sec­teur, tel que les ser­vices fi­nan­ciers, ou sur un seg­ment spé­ci­fique du pri­vate equi­ty, telles les tran­sac­tions se­con­daires.

Pe­tits ou gros fonds, qui per­forme le mieux?

Un por­te­feuille de pri­vate equi­ty soi­gneu­se­ment struc­tu­ré, com­pre­nant des seg­ments et des «mil­lé­simes» dif­fé­rents, per­met de ré­duire les risques grâce à la di­ver­si­fi­ca­tion, et ac­ces­soi­re­ment de sur­per­for­mer les mar­chés. Le gra­phique ci-des­sus illustre le pro­fil risque/ren­de­ment mé­dian des prin­ci­pales ca­té­go­ries de pri­vate equi­ty. Les tran­sac­tions se­con­daires af­fichent le meilleur ren­de­ment, alors que les fonds de fonds sont moins vo­la­tils mais aus­si moins per­for­mants. Le seg­ment des buyouts est in­té­res­sant dans la me­sure où il offre un ren­de­ment re­la­ti­ve­ment éle­vé ain­si que la ca­pa­ci­té d’ab­sor­ber des quan­ti­tés im­por­tantes de ca­pi­taux.

A titre in­for­ma­tif, le plus gros fonds de buyouts au monde, le­vé cette an­née par Apol­lo, a at­teint la somme im­pres­sion­nante de 25 mil­liards de dol­lars. Les meilleurs fonds ont ce­pen­dant tou­jours été dif­fi­ciles d’ac­cès, du fait de leur re­la­tive pe­tite taille et du fait qu’ils sont sou­vent ré­ser­vés à des in­ves­tis­seurs de longue date. Cette si­tua­tion pour­rait être en train de chan­ger à me­sure que le ven­ture ca­pi­tal «tra­di­tion­nel» s’oriente de plus en plus vers la crois­sance, à tra­vers des fonds géants, à l’ins­tar du fonds de 100 mil­liards de dol­lars ré­cem­ment lan­cé par le PDG de Soft­bank, Ma­sayo­shi Son.

Conjoin­te­ment, l’en­goue­ment ac­tuel pour ces fonds de buyouts de plus en plus gros prive les fonds de taille plus mo­deste d’in­ves­tis­seurs dont ils au­raient grand be­soin. Pour­tant, ces der­niers sont sou­vent fort at­trac­tifs, dans la me­sure où ils pré­parent des PME à être ac­quises par des ache­teurs stra­té­giques ou par des so­cié­tés de pri­vate equi­ty plus grandes, et ce­la à des mul­tiples très in­té­res­sants. Cer­tains faits laissent éga­le­ment pen­ser que les pe­tits fonds ré­sis­te­raient mieux à la crise que les gros.

Plus de 5500 so­cié­tés ac­tives

Au­jourd’hui, tout in­ves­tis­seur dé­si­reux de struc­tu­rer un por­te­feuille cor­rec­te­ment di­ver­si­fié se doit de prendre sé­rieu­se­ment en consi­dé­ra­tion le pri­vate equi­ty. Le sec­teur a fait ses preuves et, avec plus de 5500 so­cié­tés ac­tives sur le mar­ché, le choix ne manque pas. Mais à moins d’avoir des connais­sances très poin­tues dans un sec­teur don­né et beau­coup de temps à dis­po­si­tion, l’in­ves­tis­seur pas­sif pré­fé­re­ra in­ves­tir à tra­vers un fonds. Dans la me­sure où le pri­vate equi­ty per­met aux in­ves­tis­seurs d’ac­cé­der à des PME per­for­mantes et des en­tre­pre­neurs triés sur le vo­let, cette classe d’ac­tifs a plus que du sens au­jourd’hui.

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