Vers une re­prise de l’em­ploi dans les banques?

Face aux craintes de perte de com­pé­ti­ti­vi­té de la place fi­nan­cière, le CEO de l’As­so­cia­tion suisse des ban­quiers (ASB) Claude-Alain Mar­ge­lisch af­fiche sa confiance et mise sur une re­prise de l’em­ploi.

Bilan - - La Une - PAR JOAN PLANCADE

    suisses conti­nue d’in­ter­ro­ger. Alors que l’an­née pas­sée a été mar­quée par un re­cul de l’em­ploi de 7% dans le sec­teur dans un contexte d’au­to­ma­ti­sa­tion ac­crue, Ge­nève baisse au 27e rang mon­dial dans le der­nier clas­se­ment «Glo­bal Fi­nan­cial Centres In­dex», pu­blié en sep­tembre par Z/Yen. Claude-Alain Mar­ge­lisch es­time que la Suisse a tou­jours sa carte à jouer, mais de­mande un as­sou­plis­se­ment de la ré­gle­men­ta­tion pour les plus pe­tits éta­blis­se­ments.

L’échec des né­go­cia­tions avec l’Union eu­ro­péenne a été ac­té ce mois d’août sur la ques­tion ban­caire. Que faut-il faire pour débloquer la si­tua­tion?

L’ac­cord-cadre avec l’UE est né­ces­saire, y com­pris pour l’in­dus­trie ban­caire, car il doit ser­vir de base pour toute évo­lu­tion fu­ture de la ré­gle­men­ta­tion et per­met­tra d’ou­vrir des né­go­cia­tions par la suite sur le thème des ser­vices fi­nan­ciers. Au­jourd’hui, le pro­blème est aus­si en Suisse, puisque les syn­di­cats ont re­fu­sé d’en­trer en ma­tière sur une re­mise en cause de la règle des huit jours, de­man­dée par nos par­te­naires eu­ro­péens. C’est un point de blo­cage.

Ce­la dit, les di­ver­gences doivent être quelque peu re­la­ti­vi­sées. Glo­ba­le­ment, la ré­gle­men­ta­tion ban­caire est in­ter­na­tio­nale et s’ap­plique de ma­nière équi­va­lente en Suisse et chez nos par­te­naires de l’Union eu­ro­péenne, que ce soit l’échange au­to­ma­tique de ren­sei­gne­ments, Bâle III en ma­tière de fonds propres, ou en­core le GAFI, pour la dé­fi­ni­tion de stan­dards an­ti­blan­chi­ment.

L’em­ploi ban­caire reste une source de pré­oc­cu­pa­tion pour le sec­teur, avec une baisse de plus de 7% en 2017. Quelles sont les pers­pec­tives?

La baisse de l’em­ploi ré­sulte en 2017 d’un fait ex­cep­tion­nel. Une so­cié­té fille d’une grande banque suisse est sor­tie du ré­gime ban­caire, af­fec­tant par­ti­cu­liè­re­ment les sta­tis­tiques. Mais dans l’en­semble, la si­tua­tion reste stable. Une en­quête, me­née au­près des banques suisses au pre­mier se­mestre de cette an­née, ré­vèle même qu’un tiers des em­ployeurs in­ter­ro­gés pensent em­bau­cher. Nous res­tons confiants.

Mal­gré tout, les mu­ta­tions tech­no­lo­giques et l’au­to­ma­ti­sa­tion me­nacent toute une frange des em­ployés, no­tam­ment au ni­veau du middle of­fice et des fonc­tions sup­port.

La sta­bi­li­té glo­bale n’ex­clut pas des mu­ta­tions de l’em­ploi, qui sont ef­fec­ti­ve­ment à l’oeuvre ac­tuel­le­ment. Des mé­tiers dis­pa­raissent, mais d’autres sont créés. Des ac­ti­vi­tés de middle ma­na­ge­ment et de back-of­fice sont en ré­gres­sion, la blo­ck­chain no­tam­ment va per­mettre d’ac­croître l’au­to­ma­ti­sa­tion et de réa­li­ser des gains d’ef­fi­cience sub­stan­tiels. Les sa­la­riés im­pac­tés vont de­voir se re­con­ver­tir ou mi­grer vers d’autres sec­teurs. Mais la tech­no­lo­gie fait aus­si naître toute une sé­rie de nou­velles pro­fes­sions, no­tam­ment en IT, sur les com­pé­tences liées aux al­go­rithmes et à l’in­gé­nie­rie fi­nan­cière.

Cer­tains re­proches se sont fait jour sur le conser­va­tisme de l’in­dus­trie ban­caire suisse vis-à-vis de l’éco­sys­tème fin­tech et de la blo­ck­chain, per­çus comme des me­naces. Ces as­ser­tions sont-elles fon­dées?

La blo­ck­chain est clai­re­ment une op­por­tu­ni­té et non une me­nace. De nom­breuses banques l’ont com­pris et mènent dé­jà des pro­jets dans ce do­maine. D’une ma­nière gé­né­rale, l’in­dus­trie ne peut plus igno­rer le trend de la fin­tech, mais en ti­rer le meilleur par­ti de­mande des moyens. Les re­la­tions entre les banques et les fin­techs sont avant tout des re­la­tions de col­la­bo­ra­tion, les banques leur ou­vrant des pos­si­bi­li­tés très in­té­res­santes de dé­ve­lop­pe­ment. Des éta­blis­se­ments créent des spin-off, d’autres nouent des par­te­na­riats, d’autres en­core ab­sorbent des star­tups.

N’y a-t-il pas eu un «re­tard à l’al­lu­mage» de la Suisse par rap­port à des places comme Londres ou Tel-Aviv sur la mu­ta­tion en cours?

Je pense qu’il y a eu ra­pi­de­ment beau­coup d’ini­tia­tives in­di­vi­duelles dans les fin­techs, mais ce­la a man­qué de coor­di­na­tion au dé­but. C’est pour­quoi l’ASB a beau­coup tra­vaillé à réunir les di­verses par­ties pre­nantes, dont les ac­teurs du sec­teur, le Se­cré­ta­riat d’Etat aux ques­tions fi­nan­cières in­ter­na­tio­nales et la Fin­ma. Cette der­nière a fait fi­gure cette an­née de pion­nier par­mi les ré­gu­la­teurs en pro­po­sant des gui­dances pour en­ca­drer les ICO (Ini­tial Coin Of­fe­ring).

Pour­tant les places zu­ri­choise et sur­tout ge­ne­voise conti­nuent à bais­ser dans les clas­se­ments…

«DES OP­POR­TU­NI­TÉS

D’AVE­NIR EXISTENT.

Il faut prendre avec ré­serve ces clas­se­ments in­ter­na­tio­naux, éta­blis par des or­ga­nismes par­fois éloi­gnés du monde ban­caire et sur la base de ques­tion­naires et de cri­tères, comme le ni­veau des prix, qui ne re­flètent pas né­ces­sai­re­ment la réa­li­té. Des op­por­tu­ni­tés d’ave­nir existent. Ge­nève, par exemple, est très bien po­si­tion­née sur la fi­nance du­rable, grâce aux ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales, fon­da­tions, et un sec­teur de la phi­lan­thro­pie très ac­tif. Même si les vo­lumes res­tent mo­dé­rés, les avoirs sous ges­tion ont aug­men­té de 80% cette an­née sur ce mar­ché.

GE­NÈVE, PAR EXEMPLE,

EST TRÈS BIEN

PO­SI­TION­NÉE SUR

LA FI­NANCE DU­RABLE»

De quelle marge de ma­noeuvre ré­gu­la­toire dis­pose-t-on au­jourd’hui pour se main­te­nir ou re­ga­gner en com­pé­ti­ti­vi­té?

Nous de­man­dons ac­tuel­le­ment une sim­pli­fi­ca­tion de la ré­gle­men­ta­tion qui per­met­trait aux moyennes et pe­tites banques, ca­té­go­ries 4 et 5 de bé­né­fi­cier d’un al­lè­ge­ment de leur charge ad­mi­nis­tra­tive. De­man­der à une pe­tite banque, qui de sur­croît ne pré­sente au­cun risque sys­té­mique, de rem­plir tous les deux mois un ques­tion­naire de 50 pages en an­glais pour une ac­ti­vi­té li­mi­tée à quelques clients, est exa­gé­ré. D’une ma­nière gé­né­rale, nous cher­chons à évi­ter que la ré­gle­men­ta­tion de la Fin­ma soit plus stricte que celle de nos voi­sins, et mise en place très ra­pi­de­ment, comme ce­la tend par­fois à être le cas.

Pour Claude-Alain Mar­ge­lisch, les clas­se­ments in­ter­na­tio­naux sont à «prendre avec ré­serve».

Dis­tri­bu­teur de bit­coins: «La blo­ck­chain est clai­re­ment une op­por­tu­ni­té.»

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