Mel­gar vs Ge­ne­cand: leurs so­lu­tions face au deal de rue

A la suite des dif­fé­rentes po­lé­miques qui ont écla­té dans les mé­dias et sur les ré­seaux so­ciaux, Bi­lan a de­man­dé au ci­néaste Fer­nand Mel­gar et au conseiller na­tio­nal PLR Be­noît Ge­ne­cand de nous li­vrer

Bilan - - La Une -

De­puis le 15 juin der­nier et uni­que­ment du­rant la jour­née, près de 200 dea­lers ont­dé­ser­té­la­jour­née­le­centre-vil­lede Lau­sanne et ren­du les rues à leurs ha­bi­tants. Stig­ma­ti­sée par les mé­faits de dé­lin­quants­noirs,la­dia­spo­raa­fri­caine res­pire. Le Mau­pas, quar­tier fa­mi­lial et po­pu­laire,re­trou­ve­sa­joie­de­vivre.Les com­merces re­prennent es­poir après avoir vu leur clien­tèle dé­cli­ner. Pour­tant, en toute im­pu­ni­té, ces jeunes hommes ex­ploi­tés par la ma­fia ni­gé­riane sé­vis­saient de­puis vingt ans en usur­pant le sta­tut de re­qué­rant d’asile ou mu­nis de vi­sas Schen­gen. Ils se sont ren­dus cou­pables de vente de drogues à la sor­tie des écoles, de har­cè­le­ment sexuel et de ten­ta­tive de viol ain­si que de me­naces en­vers ceux qui ont ten­té de les chas­ser. Par quel mi­racle Lau­sanne s’est-elle en par­tie dé­bar­ras­sée de ce fléau?

Face au laxisme de la Mu­ni­ci­pa­li­té et, mal­gré les évi­dences et dé­non­cia­tions, au dé­ni de la gauche, 400 ha­bi­tants du cen­tre­ville se sont réunis pour oc­cu­per l’es­pace pu­blic en mains des dea­lers. Ac­cu­lé, le mu­ni­ci­pal de po­lice a en­fin pris une dé­ci­sion qui tombe sous le sens: quelques îlotiers patrouillent de 8 à 22 heures. Pas d’ar­res­ta­tion, leur pré­sence suf­fit pour déstabiliser dea­lers et consom­ma­teurs et ras­su­rer la po­pu­la­tion.

Mais ce com­bat ne peut pas s’ar­rê­ter là. Face à un pro­blème de san­té pu­blique alar­mant, la pré­ven­tion de la toxi­co­ma­nie et la ré­pres­sion du tra­fic doivent être re­mises sur le ta­pis. Au ni­veau can­to­nal, la chaîne pé­nale doit être ren­for­cée pour contrer l’im­pu­ni­té des pe­tits ou gros tra­fi­quants.

Au ni­veau com­mu­nal, il existe à Lau­sanne des édu­ca­teurs ex­tra-mu­raux et des in­ter­ve­nants de nuit pour fa­vo­ri­ser le dia­logue et la pré­ven­tion au­près des jeunes. Contre toute at­tente, ils sont prin­ci­pa­le­ment can­ton­nés der­rière leur bu­reau.

Le mu­ni­ci­pal lau­san­nois en charge de l’en­fance, jeu­nesse et quar­tier n’a pour le mo­ment pas fait de pro­po­si­tion concrète ni te­nu compte de pos­tu­lats pour­tant vo­tés à la grande ma­jo­ri­té. Pire, son par­ti is­su de la gauche ra­di­cale es­time que les dea­lers sont des «tra­vailleurs pré­caires» vic­times du sys­tème ca­pi­ta­liste et pré­fère dé­fendre les squats qui les hé­bergent alors que plu­sieurs des­centes de po­lice ont per­mis d’y ar­rê­ter des gros­sistes et de ré­vé­ler des caches de drogues et d’im­por­tantes sommes d’ar­gent.

En­fin, pour­quoi la tour­née des îlotiers, cesse de 22 heures à 8 heures du ma­tin? Dès leur dé­part, tous les dea­lers sont de re­tour au centre ville. À l’in­verse de l’al­cool pro­hi­bé à la vente en ma­ga­sin dès 21 heures, les drogues sont donc en vente libre dès 22 heures, avec tous les dan­gers et désa­gré­ments qui ac­com­pagnent ce tra­fic. Que vont pen­ser les mil­liers d’ado­les­cents qui dé­bar­que­ront à Lau­sanne en 2020 pour les JO de la Jeu­nesse?

Je pense que la lutte contre le deal de rue à Lau­sanne comme dans d’autres villes suisses n’est pas une fa­ta­li­té. Zu­rich et Neu­châ­tel, en se dé­bar­ras­sant de leur scène ou­verte de la drogue, en sont la preuve. Ce com­bat doit avant tout ve­nir d’une vo­lon­té po­li­tique car des so­lu­tions existent. Je ne suis pas un po­li­ti­cien, mais juste un ci­toyen qui s’in­quiète que tout ne soit pas mis en oeuvre pour en­rayer ce fléau.

«QUELQUES ÎLOTIERS PATROUILLENT DE 8 À 22HEURES. PAS D’AR­RES­TA­TION, LEUR PRÉ­SENCE SUF­FIT POUR DÉSTABILISER DEA­LERS»

* Réa­li­sa­teur et pro­duc­teur de do­cu­men­taire. Il a pu­blié ce prin­temps une tri­bune dans «24 heures» sur le deal de rue qui a sus­ci­té la contro­verse.

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