Tra­vail: le coup de pouce de l’Orif

De­puis sep­tante ans, l’Or­ga­ni­sa­tion ro­mande pour l’in­té­gra­tion et la for­ma­tion (Orif) contri­bue à in­té­grer des jeunes et des adultes au bé­né­fice de l’AI dans le monde du tra­vail.

Bilan - - Sommaire - PAR CHAN­TAL DE SENGER

CE­LA FAIT SEP­TANTE ans que l’as­so­cia­tion à but non lu­cra­tif l’Orif (Or­ga­ni­sa­tion ro­mande pour l’in­té­gra­tion et la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle) a pour mis­sion de for­mer et d’in­té­grer des per­sonnes at­teintes dans leur san­té ou en dif­fi­cul­té psy­cho­lo­gique dans le monde du tra­vail. L’Orif? Ce sont dix sites ré­par­tis en Suisse ro­mande, 461 col­la­bo­ra­teurs, 2200 bé­né­fi­ciaires de pres­ta­tions pour un bud­get an­nuel d’en­vi­ron 62 mil­lions de francs. L’as­so­cia­tion à but non lu­cra­tif est man­da­tée par l’AI (as­su­rance in­va­li­di­té), les ser­vices d’aide so­ciale et les of­fices régionaux de pla­ce­ment. Les bé­né­fi­ciaires sont des jeunes et des adultes en rup­ture so­ciale, avec un par­cours sco­laire dif­fi­cile ou ayant eu un pro­blème du­rant leur par­cours pro­fes­sion­nel. Par exemple, un ma­çon vic­time de pro­blèmes de dos ou un jeune ayant des troubles de l’at­ten­tion ou un en­vi­ron­ne­ment fa­mi­lial dif­fi­cile. «Beau­coup ont un grand po­ten­tiel d’in­ser­tion. Ça se­rait dom­mage de ne pas l’ex­ploi­ter», ex­plique Mi­chel Gui­gnard, di­rec­teur du centre Orif de Ver­nier (GE) qui ac­cueille 120 jeunes en for­ma­tion pour une in­té­gra­tion.

Ain­si, l’Orif contri­bue à bâ­tir des ponts, afin non seule­ment d’ai­der les jeunes et les adultes en dif­fi­cul­té, mais aus­si de ré­pondre aux né­ces­si­tés du mar­ché du tra­vail. Tous les bé­né­fi­ciaires sont ac­cueillis par l’un des 10 centres (3 fi­lières jeunes, 7 fi­lières adultes) où ils sont for­més en ap­pren­tis­sage. Ils com­mencent par une pé­riode d’orien­ta­tion du­rant la­quelle ils dé­couvrent dif­fé­rents mé­tiers. Ain­si, l’Orif Ver­nier offre douze pos­si­bi­li­tés de for­ma­tion au to­tal, par­mi les­quelles car­re­leur, pay­sa­giste, peintre en bâ­ti­ment ou en­core bou­lan­ger-pâ­tis­sier.

Puis les «ap­pren­tis» al­ternent ate­liers, cours au sein des centres de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et tra­vail en en­tre­prise. En ef­fet, l’as­so­cia­tion col­la­bore avec près de 1500 PME et grandes en­tre­prises de Suisse ro­mande qui ac­cueillent ces jeunes pour quelques se­maines ou sur une plus longue du­rée. Dans ce der­nier cas, l’Orif reste l’em­ployeur des ap­pren­tis, ces der­niers étant en­ca­drés, du­rant leur ap­pren­tis­sage, par des maîtres so­cio­pro­fes­sion­nels qui leur rendent ré­gu­liè­re­ment vi­site.

A la fin, les bé­né­fi­ciaires sont pla­cés sur le mar­ché du tra­vail. En 2017, 80% des as­su­rés jeunes et adultes qui avaient quit­té l’Orif en 2015 étaient intégrés dans l’éco­no­mie. «Nous pa­rions sur l’ave­nir en in­té­grant ces jeunes dans le mar­ché du tra­vail, ex­plique Mi­chel Gui­gnard. Ai­der fi­nan­ciè­re­ment ces per­sonnes ne ré­sout pas le pro­blème de fond. Il faut don­ner à cha­cun l’op­por­tu­ni­té de faire un tra­vail utile pour la so­cié­té et de se sen­tir res­pec­té pour sa contri­bu­tion.»

Ap­prendre aus­si le sa­voir-être

Outre le sa­voir-faire, les coaches au sein de l’as­so­cia­tion ap­prennent aux jeunes le sa­voir-être, comme «ar­ri­ver à l’heure, res­pec­ter les autres, par­fois même être po­lis.» En ef­fet, les «soft skills» de­ve­nant pra­ti­que­ment aus­si im­por­tants que les connais­sances tech­niques, la maî­trise des com­pé­tences so­ciales et re­la­tion­nelles est de­ve­nue ma­jeure. «Notre plus grande fier­té est de voir nos jeunes in­té­grer la vie pro­fes­sion­nelle. On leur a sou­vent dit qu’ils étaient nuls à l’école et dans ce qu’ils fai­saient, ra­conte le di­rec­teur du centre de Ver­nier. Beau­coup vivent aus­si des si­tua­tions fa­mi­liales dif­fi­ciles. On les ré­cu­père dé­cou­ra­gés. Notre ob­jec­tif est de leur re­don­ner confiance. Quand ils re­çoivent leur di­plôme AFP (at­tes­ta­tion fédérale de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle), ils sont tel­le­ment heu­reux et sou­la­gés. Ils re­trouvent de la di­gni­té, de la niaque et de la fier­té.

Et ça, c’est notre plus grande sa­tis­fac­tion.»

EN 2017, 80% DES AS­SU­RÉS JEUNES ET ADULTES QUI AVAIENT QUIT­TÉ L’ORIF EN 2015 ÉTAIENT INTÉGRÉS DANS L’ÉCO­NO­MIE

Mi­chel Gui­gnard, di­rec­teur du centre Orif de Ver­nier (GE), et trois des 120 jeunes ac­cueillis en for­ma­tion.

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