Une crise pro­gram­mée?

Bilan - - En Couverture -

   tout de suite: je ne suis pas PLR, ni membre d’au­cun par­ti d’ailleurs, même si je me sens na­tu­rel­le­ment as­sez proche du centre droit… Crise ou pas, le centre droit est en tout cas l’ob­jet de cri­tiques vi­ru­lentes dans les mé­dias ces der­nières se­maines. Plu­sieurs fac­teurs par­ti­cipent à ex­pli­quer ce désa­mour. J’en vois au moins trois.

La struc­ture in­tel­lec­tuelle

PLR et centre droit souffrent d’un double han­di­cap dans le monde de 2018: pre­miè­re­ment d’être au centre de l’échi­quier po­li­tique, ce qui de fac­to li­mite les po­si­tions très tran­chées et les grandes en­vo­lées ly­riques, ré­ser­vées plu­tôt aux ex­trêmes. Deuxiè­me­ment, le cer­veau d’un li­bé­ral est, par construc­tion, ce­lui qui a le moins ten­dance à vou­loir «nor­mer» le monde qui l’en­toure, car c’est un dis­ciple his­to­rique du «lais­ser faire». En quoi est-ce un pro­blème? Ce n’est plus adap­té à l’es­pace pu­blic 2.0. Au­jourd’hui, il faut don­ner son avis sur tout: à l’heure des ré­seaux so­ciaux, le com­men­taire sur­passe l’ana­lyse et les faits. Le mar­ché dé­ri­vé des idées, ce­lui de la cri­tique, semble ain­si être de­ve­nu plus im­por­tant que le mar­ché pri­maire, ce­lui de la pro­po­si­tion. C’est la pe­tite phrase qui fait mouche qui rem­porte la mise, au dé­tri­ment d’un dis­cours tech­nique et consensuel.

Le ter­reau éco­no­mique

L’un des pro­blèmes du centre droit, à mon sens, se trouve aus­si du cô­té éco­no­mique, ses pré- oc­cu­pa­tions n’étant plus for­cé­ment en phase avec le quo­ti­dien de la po­pu­la­tion, en par­ti­cu­lier ce­lui de la gé­né­ra­tion Y, sans même par­ler de la Z. De­puis la crise fi­nan­cière, la classe moyenne s’est ef­fri­tée et les sa­laires réels n’ont qua­si­ment pas aug­men­té en dix ans. En re­vanche, le prix des ac­tifs, comme l’im­mo­bi­lier, a conti­nué sa crois­sance sou­te­nue. Ain­si, comment in­té­res­ser les moins de 35 ans à la pro­blé­ma­tique de l’im­po­si­tion de la va­leur lo­ca­tive par exemple, alors même que la pers­pec­tive de l’achat d’un bien im­mo­bi­lier leur semble in­ac­ces­sible?

Le règne de l’image

En­fin, un autre fac­teur ag­gra­vant dans ces af­faires concerne l’image, c’est-à-dire les pho­to­gra­phies. Des ar­ticles étaient ti­trés: «Des images in­édites pré­cisent les ren­contres de Ba­raz­zone à Abu Dha­bi.» Sauf qu’une poi­gnée de main ne pré­cise pas grand-chose. Suf­fit-il d’un cli­ché pour être pré­su­mé cou­pable? Cette lo­gique est d’au­tant plus in­quié­tante que pho­to­mon­tages et fausses vi­déos pul­lulent sur le web. Mais le cer­veau hu­main est en­core au stade où pour lui, pho­to égale réa­li­té ob­jec­tive. En­fin, un peu de re­cul s’im­pose: les pho­to­graphes ne sont pas là où se dé­roulent les plus grosses af­faires de cor­rup­tion… Tout se passe la plu­part du temps dans l’ombre, et non lors d’évé­ne­ments rem­plis d’of­fi­ciels et d’hommes d’af­faires.

AU­JOURD’HUI,

LA PE­TITE PHRASE

QUI FAIT MOUCHE L’EM­PORTE SUR UN DIS­COURS TECH­NIQUE ET CONSENSUEL

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