Loi sur les mé­dias: un grand re­set!

Bilan - - Un Oeil Sur Les Médias - PAR ROMAINE JEAN

E ,    Main­te­nant que tout le monde, les édi­teurs, les pri­vés, les ré­gio­naux, la presse écrite, la gauche, la droite, ab­so­lu­ment tout le monde a re­fu­sé la nou­velle loi sur les mé­dias élec­tro­niques, on fait quoi? On re­prend tout à zé­ro? On ac­tionne le grand «re­set», en at­ten­dant de connaître le nom de celle ou ce­lui qui re­pren­dra le dos­sier? Se­lon la pro­messe of­fi­cielle, la nou­velle loi de­vait ré­pondre «aux chan­ge­ments tech­no­lo­giques et aux nou­veaux modes d’uti­li­sa­tion des mé­dias». Ce­la sonne bien, mais la ré­ponse n’est pas ve­nue et l’Of­fice fé­dé­ral de la com­mu­ni­ca­tion donne plu­tôt l’im­pres­sion de dis­ser­ter sur l’âge du ca­pi­taine alors que le ba­teau se di­rige à toute va­peur vers le mur qui pointe au loin.

Tout est éton­nam­ment dé­pas­sé dans cette loi, à com­men­cer par son ap­pel­la­tion. Comment Berne dé­fi­nit-il au­jourd’hui un mé­dia élec­tro­nique?

L’écla­te­ment des pla­te­formes de dif­fu­sion a mis fin au mo­dèle his­to­rique de sé­pa­ra­tion TV, ra­dio, web et presse écrite. Cette der­nière est en ligne, elle pod­caste et pro­duit des vi­déos. Alors comment le lé­gis­la­teur peut-il se dés­in­té­res­ser de son sort?

Et pour­quoi avoir évi­té le né­ces­saire dé­bat sur la no­tion même de ser­vice pu­blic, dont la dé­fi­ni­tion a évo­lué en même temps que s’ef­fon­drait le mo­dèle éco­no­mique des mé­dias? Il s’agit bien de dire, pour l’ave­nir, qui pro­duit l’in­for­ma­tion utile à la plu­ra­li­té d’opi­nion et à la co­hé­sion de ce pays et qui mé­rite donc un sou­tien fi­nan­cier. La nou­velle loi, de ce point de vue, pé­jore en­core la si­tua­tion des ra­dios et TV lo­cales, dont les 6% de la re­de­vance pro­mis de­vront être par­ta­gés avec d’autres pro­duc­tions en ligne.

Bref, en un mot comme en cent, Berne a ar­ro­sé un peu tout le monde et lais­sé cha­cun à sec! Il a sur­tout évi­té de s’at­ta­quer à la seule vraie ques­tion, ur­gente, qui in­ter­roge la presse: comment rem­pla­cer le mo­dèle du fi­nan­ce­ment des mé­dias par la pu­bli­ci­té, qui, comme cha­cun le sait, a vé­cu?

Les chiffres, de ce point de vue, sont tê­tus. La Suisse avait en­core, l’an der­nier, 408 quo­ti­diens, hebdos, ré­gio­naux et do­mi­ni­caux. Un foi­son­ne­ment unique, en com­pa­rai­son in­ter­na­tio­nale. Tous ces titres ne manquent pas de lec­teurs mais de PU-BLI-CI-TÉ, ava­lée par les géants du net! «Les ré­dac­tions dé­pendent dé­sor­mais d’une poi­gnée de tren­te­naires ca­li­for­niens qui conçoivent l’in­for­ma­tion comme un pro­duit in­ter­chan­geable», com­mente désa­bu­sé l’heb­do­ma­daire Ma­rianne. On ne sau­rait mieux dire.

L’ef­fon­dre­ment est im­pres­sion­nant! En Suisse même, en dix ans, la presse écrite a per­du la moi­tié de ses re­ve­nus pu­bli­ci­taires. Et le phé­no­mène s’ac­cé­lère. L’an der­nier, ceux-ci sont pas­sés de 549 à 473 mil­lions pour la presse écrite. De 105 à 77 mil­lions pour la presse do­mi­ni­cale. Quelle in­dus­trie sur­vi­vrait à un tel dé­sastre?

«En bref, avec cette nou­velle loi, Berne a ar­ro­sé un peu tout le monde et lais­sé cha­cun à sec! »

Le mé­ce­nat au se­cours des titres his­to­riques

Les mé­dias, tous les mé­dias, sont au­jourd’hui en crise de mo­dèle, écra­sés par Fa­ce­book et Google. Et c’est pour l’ins­tant en vain que le Par­le­ment eu­ro­péen tente de faire cra­cher leur dû aux deux géants, qui trans­forment en di­vi­dendes des conte­nus qu’ils n’ont ni pro­duits ni fi­nan­cés.

Aux Etats-Unis, le mé­cé­nat vient au se­cours de titres his­to­riques et dans un cu­rieux re­tour­ne­ment, des mil­liar­daires du high-tech in­ves­tissent dans le pa­pier, du Time Ma­ga­zine au Los An­geles Times, ra­che­tés par Marc Be­nioff et Pa­trick Soon-Shiong.

En France, Le Monde se­ra peut-être contraint de se vendre à un ri­chis­sime Tchèque, dont on ne sait rien des in­ten­tions.

A le­ver la tête du gui­don fé­dé­ral, il ap­pa­raît donc que le pro­blème est vaste, glo­bal et que Berne ne peut se conten­ter de nous ser­vir une pe­tite loi «mé­diane», se­lon la dé­fi­ni­tion of­ferte ré­cem­ment par un res­pon­sable de l’OFCOM. Oui, dé­ci­dé­ment, comme pour le dos­sier eu­ro­péen, un grand re­set s’im­pose!

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