Vers le sou­ve­rai­nisme nu­mé­rique

Bilan - - En Couverture - FA­BRICE DE­LAYE Lire pages 30 à 41

   une mu­sique à nous évi­ter un em­bou­teillage en pas­sant par nous mettre en re­la­tion avec des lo­geurs meilleur mar­ché, la col­lecte des don­nées per­son­nelles via notre smart­phone a com­men­cé par res­sem­bler à un rêve de consom­ma­teur.

Avant qu’on ne dé­couvre que cette ex­trac­tion fré­né­tique de don­nées cache des pièges. Se ver­ra-t-on de­main re­fu­ser un chan­ge­ment d’as­su­rance ma­la­die parce qu’on a cher­ché le mot can­cer sur Google? Nos ca­pa­ci­tés à ob­te­nir un prêt et le taux de ce­lui-ci se­ront-ils in­fluen­cés par des posts de pho­tos de voyage trop luxueux sur Ins­ta­gram? On ne peut plus l’ex­clure.

La mois­son de don­nées per­son­nelles se fait dans un nuage opa­ci­fié par des contrats si tor­tueux qu’on les signe d’un clic sans lire. Sa­viez-vous par exemple que 88% des ap­pli­ca­tions d’An­droid par­tagent les don­nées qu’elles col­lectent avec Google, se­lon une re­cherche pu­bliée en oc­tobre par l’Uni­ver­si­té d’Ox­ford? Bien sûr, Google af­firme ne se ser­vir de ces don­nées que pour le ci­blage pu­bli­ci­taire. Mais est-on cer­tain que c’est leur seul des­tin? La même étude in­dique que ces ap­pli­ca­tions mo­biles par­tagent les don­nées qu’elles col­lectent avec pas moins de 10 par­te­naires tiers en moyenne. Des clients achètent ces in­for­ma­tions. Les­quels? Mys­tère.

Pas­sons sur le fait que cette col­lecte de don­nées, re­bap­ti­sées pé­trole du XXIe siècle, est pom­pée pour l’es­sen­tiel par des pla­te­formes ex­tra­eu­ro­péennes avec ce que ce­la sup­pose de trans­fert de ri­chesses. Pas­sons aus­si sur les vols ré­gu­liers de ces don­nées pour nous ar­rê­ter sur le pro­blème du mo­ment: l’uti­li­sa­tion des tech­no­lo­gies du pro­fi­lage pu­bli­ci­taire à des fins de pro­pa­gande po­li­tique.

Pour ceux qui en dou­te­raient en­core, l’af­faire Cam­bridge Ana­ly­ti­ca dé­montre qu’on n’est plus ici dans le fan­tasme com­plo­tiste. Ce n’est que le dé­but. La cam­pagne d’Oba­ma en 2018, le Prin­temps arabe, puis la vic­toire de Trump prouvent que l’usage po­li­tique des pla­te­formes nu­mé­riques prend le che­min du sou­ve­rai­nisme nu­mé­rique et de la sur­veillance de masse.

L’au­to­ri­ta­risme de Trump et d’autres na­tio­na­listes s’est lar­ge­ment construit sur les frus­tra­tions de la glo­ba­li­sa­tion: les mi­grants certes, mais aus­si les jobs «vo­lés» par le ca­pi­ta­lisme au­to­ri­taire chi­nois. Le mon­dia­lisme n’étant pas par­ve­nu à en­ca­drer le géant émergent, fai­sons comme lui en adop­tant des po­li­tiques na­tio­na­liste et au­to­ri­taire.

Main­te­nant que la Chine met en place un sys­tème de cré­dit so­cial ba­sé sur la sur­veillance de masse, d’autres pays se­ron­tils ten­tés de sur­en­ché­rir dans l’ef­fi­ca­ci­té? Im­pos­sible à pré­dire.

Mais des règles sur la pro­tec­tion des don­nées que vient d’adop­ter l’Union eu­ro­péenne au Cloud Act qui étend l’ex­tra­ter­ri­to­ria­li­té du droit amé­ri­cain au di­gi­tal, on est dé­jà dans la sur­en­chère du sou­ve­rai­nisme nu­mé­rique.

L’USAGE PO­LI­TIQUE DES PLA­TE­FORMES NU­MÉ­RIQUES

PREND LE CHE­MIN DE LA SUR­VEILLANCE DE MASSE

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