Re­mon­tées mé­ca­niques: «Evi­ter le dé­gat d’image»

Bilan - - Sommaire - PAR JEAN-PHI­LIPPE BUCHS

Aqui le tour? Après les re­mon­tées mé­ca­niques de Gla­cier 3000, CransMon­ta­na, Sa­vo­gnin et d’An­der­matt-Se­drun, ce sont celles de Saas-Fee qui ont été ac­quises par un in­ves­tis­seur étran­ger. Pré­sident du Con­seil na­tio­nal, des Re­mon­tées mé­ca­niques suisses et de la Fé­dé­ra­tion suisse du tou­risme, le PDC Do­mi­nique de Bu­man re­grette la fri­lo­si­té des Hel­vètes dans l’in­jec­tion de ca­pi­taux dans le tou­risme.

Le ra­chat de re­mon­tées mé­ca­niques hel­vé­tiques par des ca­pi­taux étran­gers vous in­quiète-t-il?

Ce n’est pas un su­jet d’in­quié­tude comme tel, pour au­tant que les sta­tions dans les­quelles les ac­teurs étran­gers in­ves­tissent par­viennent à né­go­cier des condi­tions d’ex­ploi­ta­tion qui visent à conser­ver les va­leurs et les stan­dards hel­vé­tiques. Je pense en par­ti­cu­lier à la ga­ran­tie d’ou­ver­ture des do­maines skiables et à la sta­bi­li­té des condi­tions de tra­vail. Les conven­tions d’ac­tion­naires offrent la pos­si­bi­li­té de ré­gler de tels scé­na­rios. Il faut à tout prix évi­ter des dé­gâts d’image nui­sibles à l’at­trac­ti­vi­té d’une sta­tion et du tou­risme en Suisse.

Vous pen­sez à la fer­me­ture des pistes de Crans-Mon­ta­na en avril der­nier…

Les deux or­ga­ni­sa­tions faî­tières que je re­pré­sente n’ont la com­pé­tence ni de la ges­tion ni de la com­mer­cia­li­sa­tion d’une sta­tion. Je m’ex­prime en outre de fa­çon gé­né­rale.

Comment le pré­sident du Con­seil na­tio­nal ré­agit-il aux nou­velles me­naces de fer­me­ture de ce do­maine skiable?

Je re­grette tout risque d’at­teinte à l’image de sé­cu­ri­té qu’offre ha­bi­tuel­le­ment la Suisse et qui nous vaut une re­cru­des­cence de clien­tèle étran­gère cette an­née. Mais il ap­par­tient aux au­to­ri­tés lo­cales et can­to­nales d’in­ter­ve­nir sur le plan opé­ra­tion­nel pour que ce genre d’an­nonces ne se re­pro­duise pas.

Comment ex­pli­quez-vous l’ar­ri­vée de ces in­ves­tis­seurs étran­gers?

Ils in­ves­tissent dans notre pays en rai­son de sa sta­bi­li­té et non pour ob­te­nir for­cé­ment un ren­de­ment éle­vé.

Pour­quoi les Suisses se re­tirent-ils de cette branche?

Les in­ves­tis­seurs hel­vé­tiques es­timent pro­ba­ble­ment que cette ac­ti­vi­té n’est pas suf­fi­sam­ment ren­table. Ils pré­fèrent se tour­ner vers des pla­ce­ments plus lu­cra­tifs mais pas au­to­ma­ti­que­ment plus sûrs!

Vous le re­gret­tez?

Bien sûr, parce que je suis per­sua­dé que le tou­risme suisse est in­té­res­sant à long terme en rai­son de notre sa­voir-faire, de la beau­té de nos pay­sages et de la sé­cu­ri­té in­té­rieure.

Les com­munes doivent-elles dé­te­nir une mi­no­ri­té de blo­cage pour in­fluer sur la stra­té­gie?

Je n’aime pas le terme «blo­cage». Ce­la étant dit, les com­munes doivent être des par­te­naires. Elles peuvent dé­te­nir des ac­tions pour être im­pli­quées. Mais il faut tou­jours veiller aux exi­gences de gou­ver­nance. Et les mo­dèles fi­nan­ciers sont presque à chaque fois dif­fé­rents.

On dit que les re­mon­tées mé­ca­niques consti­tuent la co­lonne ver­té­brale d’une sta­tion. Par­ta­gez-vous cet avis?

Elles ont un rôle-clé, à cô­té du sec­teur de l’hé­ber­ge­ment, de la gas­tro­no­mie et de l’offre cultu­relle. Il faut éga­le­ment exa­mi­ner au cas par cas la pro­por­tion ap­pro­priée entre les ac­ti­vi­tés hi­ver­nales et l’offre es­ti­vale, qui per­met d’op­ti­mi­ser le rôle des re­mon­tées mé­ca­niques.

Si elles ap­par­tiennent à des in­ves­tis­seurs pri­vés, les re­mon­tées mé­ca­niques doivent-elles bé­né­fi­cier de sub­ven­tions pu­bliques?

Si l’in­ves­tis­seur est pri­vé, il n’y a nor­ma­le­ment pas be­soin de sub­ven­tions pu­bliques, sous ré­serve d’ac­ti­vi­tés spé­ci­fiques et af­fec­tées. Autre chose est la prise de par­ti­ci­pa­tion au ca­pi­tal-ac­tions; la re­la­tion ju­ri­dique est alors dif­fé­rente.

Les re­mon­tées mé­ca­niques sont-elles des in­fra­struc­tures pu­bliques au même titre qu’une route ou qu’une voie fer­ro­viaire?

Non, elles ne sont pas pu­bliques, mais peuvent re­vê­tir un ca­rac­tère d’in­té­rêt gé­né­ral, comme fai­sant par­tie d’un équi­pe­ment glo­bal utile à une éco­no­mie lo­cale et à une com­mu­nau­té don­née. Une in­ter­ven­tion pu­blique peut se jus­ti­fier par­fois, se­lon le prin­cipe de sub­si­dia­ri­té. Les routes et les che­mins de fer sont payés par le contri­buable, les re­mon­tées mé­ca­niques, non, ou alors que par­tiel­le­ment.

Pré­sident du Con­seil na­tio­nal et à la tête de deux or­ga­ni­sa­tions faî­tières ac­tives dans le tou­risme, Do­mi­nique de Bu­man s’ex­prime sur les ra­chats de re­mon­tées mé­ca­niques par des étran­gers. «LES RE­MON­TÉES MÉ­CA­NIQUES NE SONT PAS PU­BLIQUES,

MAIS ELLES PEUVENT RE­VÊ­TIR UN CA­RAC­TÈRE D’IN­TÉ­RÊT GÉ­NÉ­RAL»

«Je suis per­sua­dé qu’[in­ves­tir dans] le tou­risme suisse est in­té­res­sant à long terme.»

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