Ren­contre avec Phi­lippe Rielle

Bilan - - Sommaire - PAR CHAN­TAL DE SENGER

L’en­tre­pre­neur Phi­lippe Rielle se dit prêt à re­dy­na­mi­ser le com­merce de proxi­mi­té, comme il vient de le faire pour la cho­co­la­te­rie Mi­che­li. Mais il dé­plore les nom­breux obs­tacles.

R l’af­faire en gar­dant les em­ployés, telle a été l’as­pi­ra­tion de Phi­lippe Rielle dès l’an­nonce de la fer­me­ture de la cho­co­la­te­rie Mi­che­li. L’ar­cade de re­nom, si­tuée au 1, rue Mi­che­li-duC­rest, est em­blé­ma­tique de la Ci­té de Cal­vin. Elle a d’abord ac­cueilli le pre­mier com­merce de ta­bac d’Hen­ri Da­vi­doff, père de Zi­no, en 1911. Puis, ce der­nier l’avait trans­for­mée en tea-room, où Vla­di­mir Ilitch Ou­lia­nov (Lé­nine) y avait ses ha­bi­tudes avant d’en­ta­mer la ré­vo­lu­tion russe de 1917. La con­fi­se­rie Mi­che­li a vu le jour en 1964, sous l’im­pul­sion de Pierre Pon­cio­ni et de son épouse Li­liane. Un tel éta­blis­se­ment ne pou­vait mettre la clé sous la porte, a dé­ci­dé le jeune en­tre­pre­neur de 40 ans, dont l’agence im­mo­bi­lière se trouve dans la même rue.

Ori­gi­naire de CransMon­ta­na, Phi­lippe Rielle est né dans une fa­mille d’en­tre­pre­neurs. Son père, ac­tif dans l’im­mo­bi­lier, est pro­prié­taire de plu­sieurs res­tau­rants et du Grand Hô­tel du Golf dans la sta­tion va­lai­sanne. Il com­mence par suivre une for­ma­tion en sport-études à Mar­ti­gny afin de pra­ti­quer sa pas­sion, l’équi­ta­tion. Puis, il voyage avant de po­ser ses va­lises à Ge­nève au dé­but des an­nées 2000 où il tra­vaille pour le groupe Jel­mo­li et dé­couvre le monde de l’im­mo­bi­lier com­mer­cial. En­tre­pre­neur dans l’âme, il se met à son compte en créant Sa­ni­va, so­cié­té de vente de bai­gnoires pour per­sonnes âgées et dont l’usine se trouve en Rou­ma­nie.

Il la re­vend quelques an­nées plus tard pour lan­cer en 2006, avec un ami, une so­cié­té de ges­tion de for­tune bap­ti­sée

Aris Wealth Ma­na­ge­ment. En pa­ral­lèle, il crée l’agence Rielle Im­mo­bi­lier qui fait du con­seil en in­ves­tis­se­ment im­mo­bi­lier. Par la même oc­ca­sion, il cherche à lan­cer un fonds im­mo­bi­lier, mais les banques ne le suivent pas. D’autres op­por­tu­ni­tés s’ouvrent alors à lui. En 2014, un res­tau­rant ma­ro­cain ferme à quelques pas de son agence, qu’il ra­chète pour créer le bis­trot La Fa­brique. Même scé­na­rio en 2017 dans la ci­té sarde où il crée le res­tau­rant Bleu-Ca­rouge avec un ami.

Quand la cho­co­la­te­rie Mi­che­li ferme, la même an­née, c’est une nou­velle oc­ca­sion de ra­che­ter l’en­seigne et de l’ex­ploi­ter.

La base: avoir du bon sens

Ce­la fait main­te­nant six ans que le Va­lai­san sou­haite re­dy­na­mi­ser le com­merce à Ge­nève. Il a ce­pen­dant ren­con­tré de nom­breux obs­tacles. No­tam­ment au ni­veau de la fis­ca­li­té sur les biens im­mo­bi­liers et sur l’ou­til de tra­vail. «Ça de­vient dif­fi­cile d’in­ves­tir à Ge­nève. On vous taxe sur tout. No­tam­ment sur les en­tre­prises qui créent de l’em­ploi. C’est aber­rant.

Les per­sonnes phy­siques de­vraient être taxées mais pas l’ou­til de tra­vail.» Les dif­fi­cul­tés sont ve­nues aus­si des banques, peu en­clines à prê­ter, qui ont exi­gé des ga­ran­ties «dis­pro­por­tion­nées». Phi­lippe Rielle pointe en­core les ré­gies, les pro­prié­taires d’im­meubles ou en­core la Ville qui n’ai­de­raient en rien les com­merces lo­caux: «C’est très frus­trant et ce­la ne mo­tive pas les en­tre­pre­neurs à prendre des risques.»

Ce der­nier am­bi­tionne tout de même d’ou­vrir d’autres en­seignes, no­tam­ment une bou­lan­ge­rie et une épi­ce­rie, non loin de la cho­co­la­te­rie.

«Je ne crois plus aux centres com­mer­ciaux et aux grands ma­ga­sins. Il faut re­ve­nir à des pro­duits d’ar­ti­sa­nat de qua­li­té à des prix com­pé­ti­tifs.»

Père de deux en­fants, bien­tôt trois, Phi­lippe Rielle peut se tar­guer d’être au­jourd’hui le pro­prié­taire de l’une des cho­co­la­te­ries les plus pri­sées de Ge­nève. La clien­tèle d’ha­bi­tués a pu re­trou­ver la même équipe qu’alors, les cho­co­la­tiers Lu­do­vic Graillot et Va­lé­rie Thié­ry ain­si que la res­pon­sable des ventes de­puis vingt-sept ans, Ana­be­la Rede. Tout est va­li­dé par Phi­lippe Rielle qui se rend plu­sieurs fois par jour dans ses dif­fé­rents éta­blis­se­ments. «J’ai de la peine à dé­lé­guer. J’aime par­ti­ci­per di­rec­te­ment, de l’éla­bo­ra­tion des plans aux tra­vaux de ré­no­va­tion, en pas­sant par le gra­phisme ou la sé­lec­tion des plats. J’aime por­ter l’at­ten­tion jus­qu’au moindre dé­tail.» La clé du suc­cès? «Dans la res­tau­ra­tion, il faut sur­tout avoir du bon sens.»

«ON VOUS TAXE

SUR TOUT. (...)

C’EST TRÈS FRUS­TRANT

ET CE­LA NE MO­TIVE PAS

LES EN­TRE­PRE­NEURS À

PRENDRE DES RISQUES»

Phi­lippe Rielle:«Il faut re­ve­nir à des pro­duits d’ar­ti­sa­nat de qua­li­té à des prix com­pé­ti­tifs.»

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