L’IOT, ARME DE DES­TRUC­TION FUR­TIVE

CONÇU POUR FA­CI­LI­TER LA VIE QUO­TI­DIENNE, L’IN­TER­NET DES OB­JETS, OU IOT, EST EN GÉ­NÉ­RAL PEU SÉ­CU­RI­SÉ. UN PA­RA­DIS POUR LES HA­CKERS, UN CAU­CHE­MAR POUR LES UTI­LI­SA­TEURS PI­RA­TÉS. PAR AR­NAUD DOTÉZAC

Bilan - - Dossier -

L’iot (in­ter­net of things) est un sys­tème per­met­tant à des ob­jets phy­siques dé­jà ha­bi­tuel­le­ment connec­tés (smart­phones, éti­quettes RFID, GPS, alarmes, etc.) ou non (ma­chines à ca­fé, fri­gos, chau­dières, mi­roirs, brosses à dents, len­tilles de contact, pa­ce­ma­kers, puces d’ani­maux, lits, ha­bits, pi­lu­liers, prises et am­poules élec­triques, pots de fleurs, casques au­dio, ra­quettes de ten­nis, etc.) de trans­fé­rer des don­nées sur une pla­te­forme cloud, via in­ter­net, de ma­nière au­to­nome. Cou­plé à des tech­no­lo­gies «Ma­chine to Ma­chine» ou M2M, il trans­forme tout ob­jet en ac­teur ca­pable de per­ce­voir, d’ana­ly­ser, d’ap­prendre, de com­mu­ni­quer avec d’autres ob­jets et d’agir par lui-même sans in­ter­ven­tion hu­maine. Bien­ve­nue dans les «smar­thomes».

Tous les ar­gu­ments com­mer­ciaux ima­gi­nables sont mo­bi­li­sés pour nous convaincre d’en faire usage: confort, san­té, éco­no­mies, ef­fi­ca­ci­té, sé­cu­ri­té. La jus­ti­fi­ca­tion maî­tresse est al­truiste: al­lant de la fa­ci­li­ta­tion de vie des per­sonnes dé­pen­dantes (cap­teurs de san­té, mé­ca­nismes d’alerte au­to­ma­tique, etc.) au com­bat contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique.

N’est-il pas mer­veilleux, ce ther­mo­stat qui tient compte des pré­vi­sions mé­téo et ap­prend tout seul à connaître nos ho­raires ha­bi­tuels de pré­sence et d’ab­sence à la mai­son ou dans cer­taines pièces, afin d’adap­ter la tem­pé­ra­ture de notre in­té­rieur? N’est-il pas for­mi­dable, ce bou­ton de son­nette qui re­con­naît le vi­sage du vi­si­teur et nous le re­trouve dans nos contacts de smart­phone? N’est-elle pas trop ai­mable, cette ca­mé­ra de sur­veillance qui sait faire la dif­fé­rence entre les oc­cu­pants ha­bi­tuels et les in­trus avant de dé­clen­cher l’alarme? N’est-il pas bien ap­pri­voi­sé, ce pis­to­let 9 mm qui ne tire que s’il re­con­naît les em­preintes di­gi­tales au­to­ri­sées et garde en mé­moire les don­nées ba­lis­tiques en cas d’ac­ci­dent ou de ba­vure policière? Ce­la semble fonc­tion­ner à mer­veille puisque, de 9 mil­liards en 2017, les ob­jets connec­tés pas­se­ront à 40 voire 80 mil­liards d’ici à deux ans. Et c’est sans par­ler des «villes in­tel­li­gentes», des «usines in­tel­li­gentes» ou des «ba­tailles in­tel­li­gentes» (In­ter­net of Bat­tle­field Things).

Des cibles di­rectes

Seule­ment voi­là, on le pressent, qui dit connec­ti­vi­té dit ha­cking. Et il se trouve que les ob­jets connec­tés sont les moins bien pro­té­gés, par­fois sans pro­to­coles de mise à jour, voire pas sé­cu­ri­sés du tout, es­sen­tiel­le­ment pour des rai­sons de coûts. Tous ces ap­pa­reils sont dès lors des cibles di­rectes ou des en­trées dé­ro­bées vers d’autres cibles, quand ils ne sont pas as­ser­vis comme ro­bots d’at­taque (bot­net). En 2017, Wi­kiLeaks pu­bliait le guide uti­li­sa­teur de l’im­plant de la CIA per­met­tant de trans­for­mer un simple écran de TV fa­mi­lial, ap­pa­rem­ment éteint, en sta­tion d’écoute. Nom de code: «Wee­ping An­gel», ti­ré des créa­tures pré­da­trices d’une sé­rie té­lé, jus­te­ment. Que dire de ce que savent faire les ser­vices concur­rents?

Sou­ve­nons-nous du vi­rus sux­net qui avait per­tur­bé le fonc­tion­ne­ment des cen­trales nu­cléaires ira­niennes. La même chose pour­rait ar­ri­ver à notre chauf­fage tom­bant en panne en plein hi­ver, à nos ser­rures qui se bloquent, à nos ali­men­ta­tions d’eau et d’élec­tri­ci­té cou­pées, etc. A l’échelle d’une ville en­tière, ce se­rait un acte de guerre. Mais ve­nant d’où? S’agi­rat-il d’une vé­ri­table agres­sion ex­té­rieure ou d’un «false flag» c’est-à-dire d’une provocation éma­nant d’un Etat tiers, voire de son propre gou­ver­ne­ment, dans le but de faire ad­mettre la lé­gi­ti­mi­té de re­pré­sailles ar­mées? Bien­ve­nue dans les smart troubles.

Connec­tés, les ob­jets as­surent la ges­tion de la mai­son tout seuls.

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