LES BATX CHI­NOIS: AL­TER­NA­TIVE CRÉ­DIBLE AUX GA­FA?

Bilan - - Dossier -

FACE AUX GA­FA (GOOGLE, APPLE, FA­CE­BOOK ET AMA­ZON) ET AUTRES NATU (NET­FLIX, AIRBNB, TES­LA ET UBER), DES SITES CONCUR­RENTS ÉMERGENT, TELS LES BATX (BAIDU, ALI­BA­BA, TENCENT ET XIAMI). QU’EN PEN­SER? PAR MAT­THIEU HOFFSTETTER

JAN­VIER 2018 : ALI­BA­BA : pré­sente des ex­cuses pu­bliques à plu­sieurs cen­taines de mil­lions d’uti­li­sa­teurs. La rai­son? Le «cré­dit Sé­same», ser­vice de no­ta­tion des in­ter­nautes pour éva­luer leur sol­va­bi­li­té, avait été ac­ti­vé par dé­faut par le géant chi­nois de l’ecom­merce sur sa pla­te­forme de paie­ment en ligne Ali­pay pour 300 mil­lions d’uti­li­sa­teurs.

Un évé­ne­ment pas­sé presque in­aper­çu en Eu­rope, mais ré­vé­la­teur du re­cours tou­jours plus im­por­tant aux don­nées per­son­nelles par les géants du web chi­nois dans le but de no­ter les in­ter­nautes. De fa­çon as­su­mée: «En Chine, les gens sont moins pré­oc­cu­pés par les ques­tions de vie pri­vée, ce qui nous per­met d’al­ler plus vite», dé­cla­rait ain­si Xian-Sheng Hua, di­rec­teur de la branche in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle d’Ali­ba­ba, lors d’un fo­rum pro­fes­sion­nel à Am­ster­dam en oc­tobre 2017.

Ci­toyens sous haute sur­veillance

Lan­cé en 2015, le «cré­dit Sé­same» in­ter­ve­nait quelques mois après les an­nonces du

gou­ver­ne­ment de Pé­kin sur la mise en place d’un «cré­dit so­cial»: chaque ci­toyen est re­pé­ré et sui­vi, et s’il com­met une in­frac­tion sur la voie pu­blique, son por­trait est en­voyé aux pres­ta­taires de ser­vices en­vi­ron­nants pour qu’ils s’as­surent que le dé­lit com­mis ne reste pas sans suite. Ain­si, un pié­ton qui tra­verse au feu rouge voit sa fiche trans­mise sur les écrans des ar­rêts de bus et aux res­pon­sables d’ad­mi­nis­tra­tion des en­vi­rons jus­qu’à ce qu’il paie une amende de 20 yuans (2,60 eu­ros) au com­mis­sa­riat du quar­tier.

Cette sur­veillance de la voie pu­blique fait ap­pel à un ré­seau de ca­mé­ras de vi­déo­sur­veillance qui de­vrait at­teindre les 400 mil­lions d’ici à 2021, ob­jec­tif af­fi­ché du gou­ver­ne­ment chi­nois. Et elle s’ap­puie sur des tech­no­lo­gies de pointe, mises au point no­tam­ment par deux li­cornes chi­noises, Sen­seTime et Meg­vii, qui com­binent la cap­ture d’images de haute pré­ci­sion et le deep lear­ning, afin d’iden­ti­fier les in­di­vi­dus fil­més.

Or, si leurs tech­no­lo­gies équipent les sys­tèmes de vi­déo­sur­veillance, elles sont aus­si im­plé­men­tées dans les smart­phones chi­nois des prin­ci­paux fa­bri­cants (Hua­wei, Op­po, Vi­vo, Xiao­mi) ou en­core sur Ali­ba­ba, afin de per­mettre les paie­ments par re­con­nais­sance fa­ciale. Les ban­co­mats de la Chi­na Construc­tion Bank per­mettent dé­jà de re­ti­rer du cash sim­ple­ment en pré­sen­tant son vi­sage à la ca­mé­ra.

Doutes

Le pro­gramme de «cré­dit so­cial» des au­to­ri­tés «consiste éga­le­ment à dis­po­ser de don­nées pro­ve­nant de so­cié­tés pri­vées. Si un par­te­na­riat avec huit grandes so­cié­tés de l’ecom­merce, comme Se­same Cre­dit (Ali­ba­ba) ou Tencent Cre­dit, a été ge­lé pour di­verses rai­sons liées à la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles et à des craintes de conflits d’in­té­rêts, dix so­cié­tés de par­tage de vé­los ont dé­jà si­gné un ac­cord», constate Sé­ve­rine Ar­sène, po­li­to­logue à l’Asia Glo­bal Ins­ti­tute de la Hong Kong Uni­ver­si­ty. Et d’ajou­ter que «cet ac­cès aux don­nées des so­cié­tés pri­vées est sans doute l’un des as­pects les plus cru­ciaux du pro­jet, car elles dis­posent d’in­di­ca­teurs beau­coup plus fins sur le com­por­te­ment des in­di­vi­dus que n’im­porte quelle ad­mi­nis­tra­tion: heures de connexion, achats, conte­nus des conver­sa­tions, etc.».

Le blo­cage des GA­FA en Chine ayant pous­sé l’en­semble des in­ter­nautes chi­nois à re­cou­rir aux BATX, ces der­niers res­tent très dé­pen­dants des de­si­de­ra­ta du gou­ver­ne­ment chi­nois. Ils pour­raient très bien ac­cep­ter d’ou­vrir leurs don­nées (y com­pris celles des clients étran­gers) aux au­to­ri­tés, afin de conser­ver leurs li­cences d’ac­ti­vi­té sur le mar­ché chi­nois. Et ce, même si Hua­wei dé­men­tait en fé­vrier 2018 ce genre de pra­tiques à la suite de ru­meurs d’un ac­cord avec Pé­kin: «Ja­mais au­cun gou­ver­ne­ment ou agence n’a de­man­dé de don­ner l’ac­cès à nos tech­no­lo­gies, ou de four­nir de quel­conques don­nées ou in­for­ma­tions sur un ci­toyen ou une or­ga­ni­sa­tion.» Sans convaincre ce­pen­dant l’en­semble des ob­ser­va­teurs. En étant ac­tif sur WeC­hat, Ali­ba­ba ou Baidu, ou en pré­fé­rant un smart­phone Xiao­mi au der­nier iP­hone, le client suisse qui pen­se­rait échap­per à la NSA et à Google pour­rait en réa­li­té confier ses don­nées au gou­ver­ne­ment chi­nois et à Tencent.

Pé­kin a mis en place un «cré­dit so­cial»: chaque ci­toyen est re­pé­ré et sui­vi élec­tro­ni­que­ment.

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