Le Bots­wa­na, la «Suisse de l’Afrique»

Bilan - - Leaders - PAR AR­NAUD DOTÉZAC

L    ac­cordent son in­dé­pen­dance au Bots­wa­na, en 1966, ce pays était l’un des plus pauvres de la pla­nète (70 dol­lars an­nuels per ca­pi­ta). Mais la chance lui sou­rit. A peine les Bri­tan­niques par­tis, le dia­man­taire De Beers dé­tec­ta d’im­por­tants gi­se­ments qui of­frirent pro­gres­si­ve­ment l’au­to­suf­fi­sance à ce pays, avec au­jourd’hui un re­ve­nu an­nuel de

18 000 dol­lars par ha­bi­tant.

De­puis l’ou­ver­ture de la mine de Jwa­neng en 1982, le Bots­wa­na est même de­ve­nu le 2e pro­duc­teur mon­dial, der­rière la Rus­sie. Là en­core, un coup de chance. La mine fut en ef­fet dé­cou­verte grâce à des ter­mites qui creu­sèrent pro­fon­dé­ment dans le sol pour y trou­ver de l’eau en pleine sé­che­resse et en re­mon­tèrent de la roche dia­man­ti­fère.

Ce pays en­cla­vé d’Afrique aus­trale, grand comme l’Ukraine (sans la Cri­mée), à 70% dé­ser­tique et peu­plé de seule­ment 2,2 mil­lions d’ha­bi­tants, ma­jo­ri­tai­re­ment chré­tiens, offre l’autre par­ti­cu­la­ri­té d’être une au­then­tique dé­mo­cra­tie. Stable po­li­ti­que­ment, exempt de pri­son­niers po­li­tiques et en paix, le taux de cor­rup­tion du Bots­wa­na est le plus bas d’Afrique (com­pa­rable au Por­tu­gal) et lui vaut le sur­nom de «Suisse de l’Afrique». Et c’est jus­te­ment chez nous que son pré­sident en fonc­tion de­puis avril 2018, Mokg­weet­si Ma­si­si (55 ans), s’est ren­du. Ar­ri­vé par un simple vol ré­gu­lier pour ce voyage of­fi­ciel fin oc­tobre, il a été re­çu par le pré­sident Alain Ber­set et a ren­con­tré de nom­breux chefs d’en­tre­prise al­lant de la banque à l’agri­cul­ture (le Bots­wa­na est une im­por­tante terre d’éle­vage) en pas­sant par l’in­dus­trie de pré­ci­sion et, bien sûr, la haute joaille­rie.

Comment ex­pli­quez-vous que le Bots­wa­na soit un ilôt dé­mo­cra­tique en Afrique?

Les tra­di­tions an­ces­trales de notre pays sont an­crées dans le res­pect des dé­ci­sions col­lec­tives. Le pou­voir a tou­jours été li­mi­té par la «Kgot­la», as­sem­blée ga­ran­tis­sant la libre concer­ta­tion col­lec­tive au sein des vil­lages, avec éga­li­té de droit à la pa­role, et dis­po­sant du pou­voir de ré­vo­quer le chef des­po­tique. Sur le plan ju­di­ciaire aus­si, notre pays pos­sède une longue tra­di­tion so­phis­ti­quée de conci­lia­tion et re­chigne à l’usage de l’em­pri­son­ne­ment. Quant à la peine de mort, elle n’a ja­mais été per­mise. La dé­mo­cra­tie, le mul­ti­par­tisme, le res­pect de la pa­role mi­no­ri­taire, tout ce­la n’a eu au­cun mal à se re­trou­ver en cor­res­pon­dance avec nos tra­di­tions.

Comment se fait-il que la ri­chesse mi­nière n’ait pas en­gen­dré de conflits, comme c’est le cas ailleurs en Afrique?

Nous avons tou­jours pri­vi­lé­gié une ges­tion pru­dente de cette ri­chesse, sous le contrôle très strict de nos ins­ti­tu­tions an­ti­cor­rup­tion, et en pre­nant soin de la ré­in­ves­tir dans le dé­ve­lop­pe­ment du pays. Les ré­sul­tats sont là, même s’il reste beau­coup à faire, no­tam­ment en termes d’in­ves­tis­se­ments sou­te­nant la di­ver­si­fi­ca­tion de notre éco­no­mie ain­si que le dé­ve­lop­pe­ment com­mer­cial. Le Bots­wa­na est, par exemple, un hub idéal vers des mar­chés avoisinants de plus de 300 mil­lions de consom­ma­teurs.

Votre pays pros­père at­tire beau­coup d’im­mi­gra­tion, comment voyez-vous ce­la?

Chez nous, les im­mi­grés doivent se sen­tir comme chez eux, mais toute per­sonne qui s’ex­pa­trie a la res­pon­sa­bi­li­té d’ap­por­ter une va­leur au pays d’ac­cueil, comme elle le fe­rait pour son propre pays d’ori­gine, à moins qu’il ne s’agisse de réels ré­fu­giés po­li­tiques. Mais les pays d’ac­cueil ne doivent pas ap­pau­vrir les pays dont viennent les im­mi­grés, si­non ces der­niers leur ré­ex­por­te­ront cette pau­vre­té. Il y a en­core beau­coup d’écarts à ré­sor­ber: nous res­pi­rons le même air et per­sonne ne peut en pri­ver qui­conque à son seul pro­fit.

Le pe­tit pays, de­ve­nu riche grâce aux gi­se­ments de dia­mants, a su évi­ter les conflits et im­po­ser une vé­ri­table dé­mo­cra­tie. Le pré­sident de la Ré­pu­blique ex­plique son fonc­tion­ne­ment. «LE BOTS­WA­NA

EST UN HUB IDÉAL VERS DES MAR­CHÉS AVOISINANTS DE PLUS DE 300 MIL­LIONS DE CONSOM­MA­TEURS»

Mokg­weet­si Ma­si­si a été élu pré­sident du Bots­wa­na le 1er avril 2018.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.