COP24: où sont les pro­messes de Pa­ris?

Bilan - - Décryptage - MAT­THIEU HOFFSTETTER

Trois ans après la COP21 à Pa­ris, qui avait mar­qué le temps fort de la di­plo­ma­tie fran­çaise, avec un ac­cord ob­te­nu à la qua­siu­na­ni­mi­té des pays de la pla­nète, notre Terre a des rai­sons de déses­pé­rer: re­trait amé­ri­cain et at­taques in­ces­santes du cli­ma­tos­cep­tique Trump, ar­ri­vée au pou­voir au Bré­sil d’un Bol­so­na­ro qui an­nule l’or­ga­ni­sa­tion de la COP25 en 2019 dans son pays, stra­té­gies dé­con­nec­tées des en­jeux de nom­breux pays dé­ve­lop­pés… et même les plus fer­vents avo­cats de l’Ac­cord de Pa­ris, des di­ri­geants comme Tru­deau ou Ma­cron, qui, sous des dis­cours vo­lon­ta­ristes, mènent la po­li­tique de l’au­truche.

Et en­suite?

Ces der­niers jours à Ka­to­wice qui a ac­cueilli la COP24, la Terre est plus ma­lade que ja­mais. Les ro­do­mon­tades «twit­te­riennes» d’un Trump, les re­culs fis­caux d’un Ma­cron ou les fo­reuses gar­gan­tuesques d’une Mer­kel qui ra­vage des fo­rêts mil­lé­naires pour­ront ras­su­rer mar­chés et mé­nages pen­dant quelques se­maines. Mais au-de­là? Il ne s’agit pas de ver­ser quelques larmes pour les ours po­laires, de re­gret­ter les gla­ciers de cartes pos­tales de nos mon­tagnes suisses ou de pen­ser trente se­condes à une va­rié­té d’or­chi­dées qui va dis­pa­raître. Le pro­blème est im­men­sé­ment plus grave.

Certes, les gi­lets jaunes fran­çais peuvent être sou­la­gés: leur pou­voir d’achat est sau­ve­gar­dé et ils pour­ront ache­ter à leurs en­fants la der­nière console de jeux pour Noël. Certes, les tra- ders de Wall Street sont sa­tis­faits: leurs usines du Texas pour­ront conti­nuer à émettre du car­bone sans de­voir in­ves­tir dans des sys­tèmes de pu­ri­fi­ca­tion des re­jets.

Mais que di­ront leurs en­fants aux­quels on in­ter­di­ra de rou­ler un jour sur deux? Que di­ront leurs pe­tits-en­fants dans trente ans quand les cen­taines de mil­lions d’ha­bi­tants de mé­ga­poles si­tuées en bord de mer de­vront mi­grer vers des terres plus éle­vées? Que di­ront ces gé­né­ra­tions pour qui l’en­fant unique ne se­ra plus un cli­ché chi­nois mais une obli­ga­tion de sur­vie pour une pla­nète de­ve­nue sa­tu­rée?

Ces me­sures vont s’im­po­ser dans quelques an­nées. Mais Do­nald, Jus­tin, An­ge­la et Em­ma­nuel peuvent dor­mir en paix: ils ont ob­te­nu la paix so­ciale en 2018. Après Mu­nich en 1938, Chur­chill ju­geait sé­vè­re­ment Cham­ber­lain et Da­la­dier, sa­lués par les foules pour avoir ob­te­nu des pro­messes d’Hit­ler: «Ils de­vaient choi­sir entre le déshon­neur et la guerre. Ils ont choi­si le déshon­neur, et ils au­ront la guerre.» Nos di­ri­geants ac­tuels ne sont pas meilleurs: ils achètent la paix so­ciale mais pro­voquent la ruine de cette pla­nète. Cham­ber­lain et Da­la­dier n’ont ja­mais été in­quié­tés pour leur lâ­che­té. Il y a tout aus­si peu de chances de voir un jour Trump, Ma­cron, Mer­kel ou Tru­deau dans un «Nu­rem­berg de l’en­vi­ron­ne­ment». Heu­reu­se­ment pour nous, car nous se­rions nom­breux à être in­quié­tés pour com­pli­ci­té et pas­si­vi­té.

NOS DI­RI­GEANTS AC­TUELS ACHÈTENT LA PAIX SO­CIALE MAIS PRO­VOQUENT LA RUINE DE CETTE PLA­NÈTE

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