DÉ­MIS­SION­NER, OU RES­TER?

MAU­DET, BA­RAZ­ZONE, SA­VA­RY... AU­TANT D’ÉLUS MIS SUR LA SELLETTE POUR DES QUES­TIONS D’AR­GENT. À QUEL MO­MENT EST-IL OP­POR­TUN DE DÉ­MIS­SION­NER? À QUEL PRIX PEUT-ON CONSER­VER SON SIÈGE? LE POINT SUR LA QUES­TION.

Bilan - - La Une - PAR MA­RY VAKARIDIS

Le di­lemme des di­ri­geants face à la dé­ci­sion la plus dure de leur car­rière

Q    Après Gé­ral­dine Sa­va­ry, Guillaume Ba­raz­zone et Pierre Mau­det, quel se­ra le nou­veau scan­dale po­li­tique qui fe­ra vas­cil­ler, voire coû­te­ra, sa car­rière à un po­li­ti­cien? «Un per­son­nage po­li­tique doit dé­mis­sion­ner à par­tir du mo­ment où il a ré­pé­té des men­songes, pen­dant une longue pé­riode, aux ins­tances po­li­tiques, aux mé­dias et au pu­blic, dé­trui­sant du même coup tout lien de confiance. C’est le syn­drome Ca­hu­zac.» Com­mer­çant et po­li­ti­cien lau­san­nois, To­to Mo­rand fus­tige la du­pli­ci­té de cer­tains élus. Le fon­da­teur de la chaîne Pompes fu­nèbres éta­blit une gra­da­tion dans la fa­çon dont les po­li­ti­ciens ré­agissent. «Il y a des durs qui ne dé­mis­sionnent ja­mais. Ils ont avoué une par­tie de leurs fautes, mais ils s’ac­crochent, comme Pierre Mau­det. Les po­li­ti­ciens les plus co­riaces n’avouent ja­mais rien même avec des preuves ir­ré­fu­tables contre eux pas plus qu’ils ne dé­mis­sionnent. Par exemple un cer­tain Ni­co­las Sar­ko­zy, une cer­taine Hi­la­ry Clin­ton ou un cer­tain Do­nald Trump, par­mi bien d’autres.»

Au­cun élu, même le plus sage, n’est au­jourd’hui à l’abri d’un scan­dale. Der­rière la po­lé­mique, sou­vent un ca­deau. Fon­da­teur du ca­bi­net SR Conseils, Serge Ro­gi­vue si­gnale: «Avec l’in­fluence crois­sante des mul­ti­na­tio­nales amé­ri­caines, la pra­tique usuelle des pré­sents entre par­te­naires d’af­faires a été ban­nie des en­tre­prises en Suisse. Il existe des règles très strictes en la ma­tière. Mais en po­li­tique, c’est tou­jours le flou qui règne.» Contro­ver­sé pour avoir ac­cep­té un voyage luxueux à Abu Dha­bi, le conseiller d’Etat li­bé­ral-ra­di­cal ge­ne­vois Pierre Mau­det s’est ar­ri­mé à son siège et semble prêt à tout sup­por­ter dans l’ob­jec­tif de ter­mi­ner son man­dat. Aux an­ti­podes, dans le can­ton de Vaud, la con­seillère aux Etats so­cia­liste Gé­ral­dine Sa­va­ry a ra­pi­de­ment re­non­cé à bri­guer un nou­veau man­dat en 2019, dans la fou­lée des ré­vé­la­tions du sou­tien fi­nan­cier à sa cam­pagne du mil­liar­daire Fre­de­rik Paul­sen.

Face aux pres­sions

«Ré­sis­ter à la pres­sion n’est pas une qua­li­té in­née. Il vous faut avoir l’ex­pé­rience de si­tua­tions conflic­tuelles et d’an­ta­go­nismes vio­lents. Si vous vou­lez es­ca­la­der le Cer­vin, il vous faut com­men­cer par le Re­cu­let», constate Ber­nard Ra­don, fon­da­teur de Coa­ching Sys­tems et blo­gueur sur bi­lan.ch. Le consul­tant men­tionne en­core le rôle dé­ci­sif que jouent la garde rap­pro­chée, les men­tors, col­lègues, col­la­bo­ra­teurs et al­liés. Et puis, bien sûr, l’ap­pui de la fa­mille.

«En po­li­tique, vos pires en­ne­mis sont dans votre propre par­ti.» L’adage s’ap­plique par­ti­cu­liè­re­ment bien à Pierre Mau­det, en dé­li­ca­tesse avec sa fa­mille po­li­tique, le PLR. Fin no­vembre, il a été prié de dé­mis­sion­ner par la pré­si­dente na­tio­nale, la Schwyt­zoise Pe­tra Gös­si, alors qu’à Ge­nève, son col­lègue de par­ti, le vice-pré­sident Ch­ris­tian Lü­scher, sa­vonne vi­gou­reu­se­ment la planche. Plus le temps passe, plus l’af­faire ra­vive le cli­vage entre an­ciens li­bé­raux et ra­di­caux réunis dans le PLR de­puis la fu­sion réa­li­sée en 2009. Ap­par­te­nant à l’aile ra­di­cale, Pierre Mau­det conserve plus ou moins le sou­tien de son clan et re­ven­dique ce­lui de la base. Mais il est consi­dé­ré comme un pa­ria par le PLR na­tio­nal. «Comme di­sait Ma­chia­vel, la po­li­tique, c’est l’art du rap­port de force. Dans un par­ti, vos ad­ver­saires at­tendent le faux pas. Il y a de la frus­tra­tion, de l’en­vie, de la ri­va­li­té. Il y a aus­si les convic­tions éthiques: à Ge­nève, les va­leurs du pro­tes­tan­tisme. Au­tant d’ex­cel­lentes rai­sons de don­ner l’es­to­cade à ce­lui qui s’est pris les pieds dans le fi­let», ex­pose Ber­nard Ra­don.

«En Suisse, comme tous les prin­ci­paux par­tis par­ti­cipent au gou­ver­ne­ment, la thé­ma­ti­sa­tion du scan­dale par les ad­ver­saires po­li­tiques est rare. Les ten­sions sur­viennent sur­tout à l’in­terne, par­ti­cu­liè­re­ment en pé­riode d’élec­tions», dé­clare Os­car Maz­zo­le­ni. Le po­li­to­logue à l’Uni­ver­si­té de Lausanne ajoute: «En France, les po­li­ti­ciens sont des pro­fes­sion­nels qui peuvent re­bon­dir d’un poste à l’autre, sur­tout dans un ré­gime d’al­ter­nance. Le sys­tème de mi­lice hel­vé­tique fait que c’est beau­coup plus dif­fi­cile de re­ve­nir au pre­mier plan, après avoir dé­mis­sion­né d’un man­dat can­to­nal ou na­tio­nal.»

Tout avouer?

Face à des ré­vé­la­tions de la presse, comment ré­agir? «Per­son­nel­le­ment, je conseille tou­jours à mes clients qui ren­contrent un pro­blème de tout avouer et de pré­sen­ter des ex­cuses. Comme les en­fants. Les gens sont prêts à par­don­ner aux gen­tils, mais ils en veulent aux mé­chants», es­time Ber­nard Ra­don. La clé­mence de l’opi­nion s’avère par­fois éton­nante. La car­rière po­li­tique de Fi­lip­po Lombardi (PDC/TI) n’a pas eu à souf­frir d’une sor­tie de route en 2005, alors que le contrôle mé­di­cal mon­trait un taux d’al­cool de 0,6 pour mille. Condam­né à 60 jour­sa­mendes à l’époque, il siège tou­jours au Conseil des Etats au­jourd’hui. En 2016, la con­seillère na­tio­nale Cé­line Amau­druz (UDC/GE) est sor­tie in­demne de son ar­res­ta­tion pour al­cool au vo­lant et de son coup de fil in­tem­pes­tif au conseiller fé­dé­ral Guy Par­me­lin.

Mai 2017: Chris­tophe Dar­bel­lay est confor­ta­ble­ment élu au Conseil d’Etat va­lai­san. Il ve­nait de tout ré­vé­ler sur son en­fant illé­gi­time, pre­nant de cours la presse qui al­lait pu­blier ce scoop. Qua­si­ment un cas d’école. L’an­cien pré­sident du PDC est même sor­ti gran­di de cet épi­sode par la ma­nière dont il a gé­ré la crise. Po­li­to­logue à

Lausanne, Georg Lutz dé­crypte: «Au mo­ment où les faits ont été connus par les mé­dias, Chris­tophe Dar­bel­lay a pris les de­vants. Une ré­ac­tion ju­di­cieuse car le pu­blic peut par­don­ner beau­coup aux po­li­ti­ciens se­lon l’ar­gu­ment que tout le monde fait des er­reurs.» Le conseiller na­tio­nal va­lai­san a joué cette carte à fond, en af­fi­chant im­mé­dia­te­ment ses re­grets et le sou­tien de sa fa­mille.

Peut-être bien­tôt un autre exemple d’in­dul­gence, tou­jours en Valais et tou­jours au PDC, avec le sort du conseiller na­tio­nal Yan­nick But­tet. Après la ré­vé­la­tion de ses frasques ex­tracon­ju­gales et d’un com­por­te­ment in­ap­pro­prié avec les femmes sié­geant sous la Cou­pole, il s’est re­ti­ré du Par­le­ment fin 2017. Puis il a été condam­né à 30 jour­sa­mendes avec sur­sis pen­dant deux ans par le Mi­nis­tère pu­blic va­lai­san. Dans un ar­ticle dé­ton­nant du Ma­tin, pa­ru en ligne en août der­nier, l’élu dé­chu pose avec son épouse qui lui a par­don­né ses écarts. Il ad­met un pro­blème d’al­cool, re­grette son com­por­te­ment et s’ex­cuse. Lors de ses der­nières ap­pa­ri­tions dans les mé­dias, le pré­sident de la com­mune de Col­lom­bey-Mu­raz n’ex­cluait pas de se re­pré­sen­ter à la Chambre du peuple en 2019. «Pour que la stra­té­gie du mea-culpa fonc­tionne, les ci­toyens doivent avoir l’im­pres­sion que toute la vé­ri­té a été dé­voi­lée. Il n’y a rien de pire que des aveux li­vrés par tranche, à me­sure que la pres­sion monte», sou­ligne Georg Lutz. Au­tant d’af­faires où le po­li­ti­cien s’en est sor­ti avec le sou­tien de son par­ti. «La ques­tion mo­rale peut alors être dé­lé­guée à la jus­tice. Le dé­pu­té et le par­ti s’en re­mettent aux com­mis­sions d’en­quête par­le­men­taires et aux juges. Si l’élu res­sort la­vé des ac­cu­sa­tions, il reste à son poste. Puis le temps fait son oeuvre et le scan­dale se tasse», note Os­car Maz­zo­le­ni.

Un choix per­so­nel

Les exi­gences de trans­pa­rence au­to­risent au­jourd’hui que l’on ob­serve les fré­quen­ta­tions des élus, leur consom­ma­tion d’al­cool et leur vie fa­mi­liale. Il en va de même pour les sommes re­çues ou dé­pen­sées, les ca­deaux et les fa­veurs. Leur vie est su­jette à une mo­ra­li­sa­tion exer­cée par l’opi­nion. Tou­jours est-il que la plu­part des po­li­ti­ciens ter­ras­sés par un scan­dale ont été sanc­tion­nés en pre­mier lieu pour avoir tar­dé à re­con­naître l’am­pleur de leurs fautes. «Les po­li­ti­ciens sont dans une po­si­tion de pou­voir qui in­duit des abus po­ten­tiels. Certes, en Suisse, on ne fait pas de la po­li­tique pour de­ve­nir riche. Ce­pen­dant, il reste jus­ti­fié de po­ser des ques­tions sur un ca­deau car ce­lui-ci im­plique des at­tentes en re­tour. Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler de cor­rup­tion, mais d’une zone grise où l’opi­nion joue un rôle dé­ci­sif, faute de règles éta­blies», consi­dère Georg Lutz.

Un an­cien ma­gis­trat pas­sé par l’en­fer d’un scan­dale té­moigne: «Une fois que la ma­chine est lan­cée, vous vous trou­vez dans une spi­rale qui va com­plè­te­ment dé­té­rio­rer votre image. Les jour­na­listes vont scru­ter chaque dé­tail de votre vie et les af­faires vont se mul­ti­plier. Comme les soup­çons planent dé­jà, même les in­for­ma­tions fausses vont pa­raître cré­dibles au pu­blic.» Toute car­rière po­li­tique semble in­en­vi­sa­geable si l’on ne sait pas un mi­ni­mum en­cais­ser. «Je n’osais plus ou­vrir un jour­nal ou bran­cher la ra­dio. Lorsque les mé­dias com­mencent à s’in­té­res­ser à la fa­çon dont vous ver­sez vos co­ti­sa­tions à votre par­ti, c’est que tout va y pas­ser, de vos im­pôts à votre voi­ture de fonc­tion, sou­pire le quin­qua­gé­naire. Et puis par la suite, il y au­ra en­core les nu­mé­ros des hu­mo­ristes à votre su­jet.»

Au sein de l’opi­nion, l’ap­pel à la dé­mis­sion s’est ba­na­li­sé au plus haut point. En France, on voit le Mou­ve­ment des gi­lets jaunes ré­cla­mer d’em­blée le dé­part du pré­sident Ma­cron. «Le choix de dé­mis­sion­ner ou non est une ques­tion in­di­vi­duelle liée à la ca­pa­ci­té de l’élu à sup­por­ter la pres­sion. Le po­li­ti­cien doit avoir la convic­tion in­terne qu’il reste lé­gi­time», pointe Pas­cal Scia­ri­ni, pro­fes­seur de sciences po­li­tiques à l’Uni­ver­si­té de Ge­nève. Mis en cause pour des notes de frais quelque peu ex­tra­va­gantes, le conseiller ad­mi­nis­tra­tif Guillaume Ba­raz­zone a dû à Ge­nève af­fron­ter des ma­ni­fes­tants qui de­man­daient son re­trait. Pas­cal Scia­ri­ni pour­suit: «L’ap­pel à la dé­mis­sion pro­duit tou­jours un gros ef­fet mé­dia­tique. Mais cette re­mise en ques­tion n’est pas tou­jours ex­pri­mée par un groupe lé­gi­time.» Tou­jours est-il que le dé­mo­crate-chré­tien a d’ores et dé­jà an­non­cé qu’il ne bri­gue­ra pas de nou­veaux man­dats, ni à Ge­nève ni à Berne.

Dif­fé­rents fac­teurs in­fluencent la dé­ci­sion de par­tir ou pas. Il y a les pers­pec­tives de re­con­ver­sion, les am­bi­tions po­li­tiques per­son­nelles, la fa­çon dont l’en­tou­rage sup­porte la si­tua­tion ou en­core la na­ture des in­dem­ni­tés. Elé­ment sup­plé­men­taire, les re­la­tions avec le par­ti à qui le ma­gis­trat a aus­si des comptes à rendre en échange de son sou­tien. Pa­ral­lè­le­ment, dans le cadre de ses fonc­tions, un conseiller d’Etat prend des di­zaines de dé­ci­sions par jour, il ac­cu­mule les séances et doit vendre ses pro­jets au col­lège. «Ce n’est plus te­nable si tout le monde pense seule­ment à l’af­faire», ré­vèle un an­cien élu ro­mand.

Dé­con­nec­tés de la réa­li­té

Mais les puis­sants ne ré­agissent pas for­cé­ment comme vous et moi. Sur­tout les plus brillants. «J’ai vu énor­mé­ment de per­son­nages en pleine as­cen­sion perdre tout

contact avec la réa­li­té. Ils sont per­sua­dés qu’ils sont les plus forts, que tout leur est dû et qu’ils n’ont à ré­pondre à per­sonne», at­teste Ber­nard Ra­don. C’est jus­te­ment cet aplomb qui cause la chute. Un man­que­ment mi­nime, un conflit avec un ci­toyen lamb­da consti­tue pour eux des brou­tilles qu’ils traitent par le mé­pris. Puis les mé­dias s’en mêlent, re­montent les fils et dé­terrent toutes sortes d’en­torses. Ber­nard Ra­don rap­pelle: «Dans l’af­faire OM-Va­len­ciennes, Ber­nard Ta­pie est tom­bé en rai­son des ré­vé­la­tions d’un obs­cur joueur de foot­ball. Mais l’an­cien mi­nistre s’est en­tê­té à ré­fu­ter l’évi­dence. C’est cette at­ti­tude qui a cau­sé sa chute.»

Mal­gré tout, les conseillers d’Etat se posent comme des brutes de tra­vail, bien plus mo­ti­vés par le sou­ci de la com­mu­nau­té que par leurs in­té­rêts per­son­nels. Une dé­mis­sion consti­tue un choc bru­tal qu’on au­rait tort de mi­ni­mi­ser. Tout ma­gis­trat qui quitte ses fonc­tions passe for­cé­ment par une sorte de dé­pres­sion post-par­tum. Cette si­tua­tion fait l’ob­jet de plai­san­te­ries connues: on ne re­çoit plus les in­vi­ta­tions à des évé­ne­ments où on ne se­rait de toute fa­çon pas al­lé; lors­qu’on s’as­sied dans une li­mou­sine, elle ne dé­marre pas toute seule. «Les conseillers d’Etat sont des stars lo­cales, sol­li­ci­tées et flat­tées. Une fois que vous n’exer­cez plus cette fonc­tion, vous le voyez dans le re­gard des gens. Alors, ima­gi­nez lorsque c’est en plus une dé­mis­sion. Du jour au len­de­main, c’est le vide. Plus un ren­dez-vous à votre agen­da. Le sen­ti­ment de ne plus ser­vir à rien», rap­porte un an­cien élu.

«Moi, à la place de Pierre Mau­det, je res­te­rais», sou­rit Ber­nard Ra­don. Le cal­cul est ef­fec­ti­ve­ment vite fait. S’il dé­mis­sionne, le conseiller d’Etat touche 437 000 francs d’in­dem­ni­té. En re­vanche, s’il ter­mine son man­dat, le Ge­ne­vois au­ra droit à une rente an­nuelle de quelque 90 000 francs jus­qu’à la fin de ses jours, soit quelques mil­lions de francs sur quatre dé­cen­nies. Quelles sont les chances de re­ve­nir un jour sur le de­vant de la scène après un re­trait du monde po­li­tique? Mieux vaut soi­gner sa re­con­ver­sion dans la vie ci­vile car elles pa­raissent bien minces. Pen­sif, Ber­nard Ra­don cherche un pré­cé­dent de re­tour réus­si: «A part de Gaulle, vous sa­vez…»

A par­tir de quel point de dé­gra­da­tion est-il ju­di­cieux de dé­mis­sion­ner?

C’est à chaque homme po­li­tique de prendre la me­sure des cir­cons­tances et de dé­ci­der, seul, en son âme et conscience, s’il est ou non op­por­tun de se dé­mettre de ses fonc­tions. Il faut tou­te­fois se mé­fier des ana­lyses hâ­tives puisque cer­taines tem­pêtes mé­dia­tiques fi­nissent par s’es­souf­fler.

Est-ce dan­ge­reux de s’ac­cro­cher lorsque la po­pu­la­tion ré­clame une dé­mis­sion?

C’est une ques­tion de sen­si­bi­li­té. Elle dif­fère d’une si­tua­tion à une autre. Il est en outre dif­fi­cile de sa­voir si la po­pu­la­tion ré­clame vé­ri­ta­ble­ment une dé­mis­sion: les voix les plus au­dibles ne sont pas tou­jours les plus re­pré­sen­ta­tives. L’em­bal­le­ment mé­dia­tique ne tra­duit pas for­cé­ment l’avis du plus grand nombre. Il y a une ten­dance à dé­pla­cer les pro­cès des tri­bu­naux vers la presse. Ce dé­bat est com­plexe puisque, d’un cô­té, la presse doit jouer son rôle es­sen­tiel de «chien de garde de la dé­mo­cra­tie». De l’autre, le dé­bat gagne en sé­ré­ni­té lors­qu’il n’est pas pol­lué par des avis d’in­ter­nautes dont la va­leur ajou­tée est sou­vent dis­cu­table. Les ré­seaux so­ciaux ont chan­gé la donne.

Faire le dos rond le temps que l’orage passe peut-il, dans cer­tains cas, s’avé­rer une stra­té­gie op­por­tune?

Si l’on est ca­pable de mon­trer que, même dans l’ad­ver­si­té la plus ex­trême, les dos­siers sont bien me­nés et que les in­té­rêts su­pé­rieurs de la po­pu­la­tion sont sau­ve­gar­dés, la stra­té­gie a du sens. Elle ne se dis­tingue de l’en­tê­te­ment que par la ca­pa­ci­té de s’adon­ner avec ef­fi­ca­ci­té aux tâches de sa charge.

Dans le cadre d’un scan­dale frap­pant un po­li­tique, est-il ju­di­cieux de prendre

des me­sures face à la presse?

Sui­vant la gra­vi­té de l’at­teinte, un droit de ré­ponse, une de­mande de rec­ti­fi­ca­tif ou une ré­cla­ma­tion LRTV (l’or­gane de mé­dia­tion de la Ra­dio Té­lé­vi­sion Suisse ro­mande) peuvent suf­fire. Lorsque les droits de la per­son­na­li­té sont vio­lem­ment mis à mal, une ac­tion en jus­tice peut s’im­po­ser. Il y a dans tous les cas un risque de se faire re­pro­cher d’user de pro­cé­dés re­le­vant de la cen­sure au sens large. Un re­proche er­ro­né puisque la cen­sure est pros­crite par le droit suisse. Tou­jours est-il que les me­sures su­per­pro­vi­sion­nelles d’ex­trême ur­gence (celles qui visent à in­ter­dire à un mé­dia de dif­fu­ser une in­for­ma­tion en amont de la pu­bli­ca­tion) sont à ma­nier avec une grande pré­cau­tion.

Dans tous les cas, face à une at­teinte à sa ré­pu­ta­tion, main­te­nir une com­mu­ni­ca­tion ac­tive per­met d’oc­cu­per lé­gi­ti­me­ment une par­tie de l’es­pace pu­blic. Ce­la per­met d’évi­ter que le per­son­nage po­li­tique ne soit ré­duit qu’à l’af­faire qui le concerne, sans égard pour le reste de ses ac­ti­vi­tés.

«LES PRO­CÈS SE DÉPLACENT VERS LA PRESSE» AVO­CAT AUX BAR­REAUX DE GE­NÈVE ET DE PA­RIS, NI­CO­LAS CAPT ÉVOQUE LES STRA­TÉ­GIES POS­SIBLES FACE À UN AP­PEL PU­BLIC À DÉ­MIS­SION­NER.

Par­mi les re­proches adres­sés au conseiller d’Etat ge­ne­voisPierre Mau­det, ce­lui de s’ac­cro­cher à son poste.

La con­seillère aux Etats Gé­ral­dine Sa­va­ry a re­non­cé à bri­guer un nou­veau man­dat.

Conseiller ad­mi­nis­tra­tif de la Ville de Ge­nève, Guillaume Ba­raz­zone a été blâ­mé pour ses notes de frais.

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