«L’on­shore reste un bu­si­ness de gens»

Bilan - - Sommaire - PAR MYRET ZAKI

L   qui res­tent en Suisse s’orientent vers la clien­tèle do­mes­tique. C’est le cas de CIC, fi­liale d’un grand groupe fran­çais, le Cre­dit Mu­tuel. La Banque CIC (Suisse), dont le siège suisse est à Bâle et le siège ro­mand à Neu­châ­tel, am­bi­tionne de gran­dir en Suisse. Ayant connu une crois­sance de 20% par an de­puis cinq ans, elle em­ploie à ce jour 360 col­la­bo­ra­teurs.

Pour Sel­man Bi­ca­co-Ur­ru­tia, di­rec­teur du site de CIC à Ge­nève, «les banques ac­tives au­près de la clien­tèle do­mes­tique doivent se dif­fé­ren­cier par les ser­vices qu’elles offrent». Car il règne une vive concur­rence. «Celles qui sont par­ties de Suisse ro­mande, et no­tam­ment les nom­breuses suc­cur­sales de banques étran­gères, sont celles qui dé­pen­daient de l’off­shore», pour­suit le res­pon­sable.

Né à Ge­nève, Sel­man Ur­ru­tia a tra­vaillé à Cre­dit Suisse du­rant dix ans et quelques an­nées chez Mer­rill Lynch à Londres avant de re­prendre il y a deux ans la di­rec­tion ge­ne­voise de CIC, où il avait dé­bu­té comme gé­rant de for­tune. Il est ti­tu­laire d’un MBA de l’IESE bu­si­ness school, clas­sée pre­mière en Eu­rope en 2018 par The Eco­no­mist.

«CIC est avant tout une banque de ges­tion de for­tune mais se veut la banque des en­tre­pre­neurs, s’éten­dant à l’en­semble de leurs be­soins com­mer­ciaux», ré­sume-t-il. Elle les aide à fi­nan­cer leur en­tre­prise, les conseille en fu­sions et ac­qui­si­tions, sur leur caisse de pen­sion, four­nit des cré­dits et hy­po­thèques, du fac­to­ring et du pri­vate equi­ty. CIC Ca­pi­tal, en par­ti­cu­lier, iden­ti­fie des cibles d’achat et de vente pour des clients et in­ves­tit des fonds propres de la banque dans des en­tre­prises suisses. Si les deux grandes banques suisses oc­cupent dé­jà le ter­rain du cor­po­rate fi­nance, Sel­man Ur­ru­tia re­lève que la clien­tèle d’en­tre­pre­neurs de CIC se veut plus pe­tite que celle des grandes banques, qui vont s’in­té­res­ser à des mon­tants plus im­por­tants. Le Ge­ne­vois joue la proxi­mi­té: «Même si le sec­teur de l’on­shore suisse est très concur­ren­tiel, ce­la reste un bu­si­ness de gens. Ici, tout re­pose sur la dis­po­ni­bi­li­té et la flexi­bi­li­té. Rien de mieux que des en­tre­pre­neurs pour al­ler dé­mar­cher des en­tre­pre­neurs», es­time-t-il.

Pri­vi­lé­gier les ac­tions «va­lue»

Pour Sel­man Ur­ru­tia, les atouts de la place ban­caire ge­ne­voise se ré­sument au ser­vice, cou­plé avec l’in­no­va­tion. «La fin­tech se­ra un le­vier qu’il fau­dra uti­li­ser dans le moyen terme. Nombre de banques y de­meurent ré­frac­taires, mais nous avons un pro­fes­sion­na­lisme et une connais­sance qu’il s’agit de cou­pler avec le ser­vice et l’in­no­va­tion.» Par­mi les risques pour la place, il es­time que le Brexit peut ré­ser­ver de nou­velles formes de concur­rence: «Londres pour­rait aus­si se tour­ner vers la ges­tion de for­tune. Cette place a une ex­per­tise im­por­tante, ce qui pour­rait être un risque pour la masse to­tale que gère la Suisse pour des pays comme le MoyenO­rient ou l’Asie.»

Quant aux pers­pec­tives des mar­chés fi­nan­ciers, le ban­quier juge que les per­for­mances vont beau­coup dé­pendre des ac­tions de la Fed. «Brexit, conflit com­mer­cial Chine-Etats-Unis, tous ces as­pects ne pré­oc­cupent pas réel­le­ment les mar­chés, à part qu’ils pro­voquent une cer­taine vo­la­ti­li­té. Mais si la Fed conti­nue à aug­men­ter les taux, au-de­là de la crois­sance po­ten­tielle (entre 1 et 2%), alors là nous au­rons une cor­rec­tion im­por­tante, en par­ti­cu­lier sur les ac­tifs les plus vul­né­rables.» Il pré­co­nise de pri­vi­lé­gier les ac­tions «va­lue» avec un faible ni­veau de dette et non plus les ac­tions «growth», qui ont beau­coup sur­per­for­mé ces der­nières an­nées. En gé­né­ral, il prône de ré­duire la part des ac­tions au pro­fit d’une al­lo­ca­tion plus dé­fen­sive (obli­ga­taire, hedge funds ou pri­vate equi­ty).

Le di­rec­teur de CIC Ge­nève mise sur la proxi­mi­té avec les en­tre­pre­neurs lo­caux. Se­lon lui, la Suisse pour­rait voir une concur­rence ac­crue de Londres dans la ges­tion de for­tune. «LES BANQUES AC­TIVES AU­PRÈS DE LA CLIEN­TÈLE DO­MES­TIQUE DOIVENT SE DIF­FÉ­REN­CIER

PAR LES SER­VICES QU’ELLES OFFRENT»

Sel­man Bi­ca­co-Ur­ru­tia, di­rec­teur du site de CIC à Ge­nève.

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