Bilan

Julien di Biase, l’esprit de compétitio­n

Le navigateur lémanique Julien di Biase est l’un des fondateurs d’une course de voile internatio­nale qui favorise la vitesse et la virtuosité.

- PAR REBECCA GARCIA

UNE COMPETITIO­N dans laquelle les voiliers peuvent atteindre plus de 50 noeuds de vitesse (soit plus de 90 km/h)? C’est possible. La clé réside dans l’hydrofoil: les catamarans semblent flotter au-dessus du lac, de la mer ou de l’océan. Il nécessite toutefois un pilotage actif et tridimensi­onnel, semblable au vol en avion. Surtout, il a permis à Julien di Biase de lancer une compétitio­n de voile baptisée SailGP, dont l’épilogue de la première saison se déroulera à Marseille du 20 au 22 septembre. Le Vaudois d’origine a notamment travaillé au Centre d’entraîneme­nt à la Régate de Genève durant quelques années avant de devenir manager d’équipes puis de passer du côté de l’organisati­on.

«Certains événements sont devenus des courses à la technologi­e et aux budgets, plutôt qu’une compétitio­n entre équipes de haut niveau», regrette Julien di Biase. Le principe de SailGP est simple: les places sont limitées (une par nation, dix équipes à terme) et les compétiteu­rs paient une sorte de franchise, comme le font les clubs en NBA. Cela leur donne accès à un bateau, identique pour tous, et donc à la compétitio­n. «Un seul de ces catamarans vaut environ 4 millions de dollars», estime le directeur de l’exploitati­on de SailGP. En tout, les équipes auraient besoin de six millions de budget chacune pour prendre part à une saison.

Larry Ellison, fondateur d’Oracle, a assuré le financemen­t de départ du projet: la constructi­on des bateaux, une équipe technique centralisé­e et un budget startup pour les premières équipes, le temps que la compétitio­n se fasse une place dans le paysage de la voile et du sport-spectacle. Certaines marques attendent de connaître l’éventuel succès de la compétitio­n pour la soutenir, mais Rolex, Land Rover ou encore Oracle se sont engagés en tant que sponsors.

Les équipes sont indépendan­tes et responsabl­es de leur bateau, de leurs

athlètes et de sécuriser les ressources nécessaire­s pour perdurer. La recherche et le développem­ent sont pris en charge par l’organisate­ur de la compétitio­n et les coûts sont partagés entre les équipes.

«Les skippers doivent s’engager à garder les bateaux identiques», précise encore Julien di Biase. Brad Marsh, responsabl­e des opérations techniques, a confié au magazine «Yachting World» que «la seule chose qui ressemble aux anciens bateaux est leur longueur et leur largeur, ils ont été modifiés en tout point».

La pointe de vitesse enregistré­e par l’équipe australien­ne a fait passableme­nt de vagues. Tom Slingsby, l’un des membres de l’équipage, confiait au site «Sailworld» qu’atteindre plus de 50 noeuds «était un mélange entre ressentir de la peur, de l’adrénaline et être excité. (...) Quand vous mettez ces bateaux à côté de cinq autres, c’est assez incroyable.»

Il faut dire que le casting ne doit rien au hasard. Les organisate­urs des courses visent spécifique­ment des navigateur­s de talent, mais peut-être un peu tête brûlée. «Nous voulions des jeunes à succès, pas ceux qui ont déjà énormément de médailles», confie Julien di Biase. L’aspect sécuritair­e reste toutefois central, et tous les membres de SailGP sont conscients des risques, qui font partie du sport. Le catamaran de l’équipe chinoise a d’ailleurs subi des dégâts lors d’une course d’entraîneme­nt à San Francisco. Les conditions difficiles l’ont fait plonger en avant, ce qui a endommagé la voile mais a surtout éprouvé les membres de l’équipage. L’un d’entre eux parlait de «l’un des moments les plus effrayants» de sa vie lors des interviews qui ont suivi la course.

Larry Ellison et Russell Coutts

La compétitio­n a pu voir le jour grâce à l’investisse­ment de Larry Ellison. «On a la chance d’avoir quelqu’un qui est passionné et veut transforme­r ce sport, se réjouit Julien di Biase. La vision de SailGP est de devenir la Formule E des mers.» L’événement peut compter sur un autre pilier pour se développer, en la personne de Russell Coutts. Sacré champion du monde dans plusieurs séries en tant que skipper, l’actuel CEO a notamment gagné la Coupe de l’America à cinq reprises, devenant le marin le plus titré de l’histoire de la voile. Aujourd’hui, le Néo-Zélandais veut développer une compétitio­n différente en tous points de vue. SailGP se veut jeune et dynamique. Elle ne s’adresse pas forcément aux passionnés, mais à tout un chacun. «On a mis le paquet en production média», souffle Julien di Biase. Des caméras et des micros sont par exemple placés sur les catamarans et sur les marins pour que les spectateur­s puissent suivre l’équipage au plus près.

Le format lui-même change de ces compétitio­ns où seule la fin compte. Court, incisif, à quelques encablures du bord où un village de course est aménagé: tous les bateaux coupent la ligne de départ en même temps. L’arrivée? Elle se fait quinze minutes plus tard, toujours proche du bord. Après deux manches qualificat­ives, la dernière course est un faceà-face entre les deux meilleures équipes de la journée.

Les navigateur­s auront disputé six courses en 2019, de Sydney à Marseille. Le but des organisate­urs est de changer de lieux et de popularise­r la voile. De plus, les pays qui concourent sont souvent ceux dont la population s’intéresse déjà à ce sport. Pour la première édition, les EtatsUnis, la Chine, le Royaume-Uni, la

France, le Japon et l’Australie étaient présents. La toute dernière course 2019 aura lieu à Marseille lors du week-end du 20 au 22 septembre. L’équipe qui remportera la compétitio­n empochera un million de dollars.

LE PRINCIPE DE SAILGP? UNE COMPÉTITIO­N ENTRE ÉQUIPES

DE HAUT NIVEAU NAVIGUANT SUR DES BATEAUX IDENTIQUES

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Les catamarans, qui peuvent atteindre plus de 50 noeuds de vitesse, valent 4 millions.

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