La po­lice cherche à iden­ti­fier une femme morte il y a quatre ans

Le Matin Dimanche - - SUISSE - JU­LIEN CULET

Un vi­sage, un ta­touage sur la main, une montre mais une iden­ti­té qui reste in­con­nue. Près de quatre ans après, la po­lice ge­ne­voise cherche déses­pé­ré­ment à mettre un nom sur le ca­davre d’une femme de 40-50 ans re­pê­ché dans l’arve. Un com­mu­ni­qué com­por­tant trois pho­tos de l’in­con­nue dé­cé­dée a été trans­mis aux mé­dias lun­di pas­sé. Des images ma­cabres et in­ha­bi­tuelles qui ap­pa­raissent comme une ul­time ten­ta­tive de la po­lice de faire abou­tir une en­quête de longue ha­leine.

Quelles sont les causes du dé­cès de l’in­con­nue? S’agit-il d’un meurtre? Le mi­nis­tère pu­blic se re­fuse à tout com­men­taire. Les re­cherches ont été me­nées par la bri­gade cri­mi­nelle, «comme pour toute mort sus­pecte», ex­plique Sil­vain Guillaume-gen­til, porte-pa­role de la po­lice can­to­nale. Une ex­pres­sion qui dé­signe tout dé­cès qui n’est pas na­tu­rel, qu’il s’agisse d’un meurtre, d’un ac­ci­dent ou en­core d’un sui­cide. Quelle que soit la cause de la mort, la dé­marche est faite dans le but no­tam­ment «de pouvoir prendre contact avec ses proches», pré­cise le Mi­nis­tère pu­blic ge­ne­vois.

L’énigme du ta­touage

Les quelques élé­ments re­cueillis et trans­mis par la po­lice donnent des in­di­ca­tions sur qui était cette femme. Son ta­touage, un trèfle à quatre feuilles entre son pouce et son in­dex droit, est l’in­dice le plus par­lant. «Il n’a pas été fait en stu­dio au vu de l’ir­ré­gu­la­ri­té du tra­cé et du manque de pig­ment, es­time Ai­to, ta­toueur à Pul­ly (VD). Il fait da­van­tage pen­ser à un ta­touage de tau­lard.» Ceux-ci sont gé­né­ra­le­ment faits avec de l’encre de Chine et des pe­tites ai­guilles et non avec une ma­chine.

Pour Ai­to, il est pos­sible que le des­sin ait été ef­fec­tué pour re­cou­vrir un autre mo­tif. «C’est sou­vent fait dans cette zone du corps pour dis­si­mu­ler les trois points du signe «Mort aux vaches», sym­bole de re­ven­di­ca­tion contre le sys­tème et la po­lice, avance l’ar­tiste vau­dois. Il se voyait il y a une tren­taine d’an­nées et ceux qui veulent le ca­cher sont sou­vent âgés entre 45 et 55 ans en­vi­ron.»

Le ta­toueur ge­ne­vois Jo­sé Gau­den­cio confirme que le ta­touage de l’in­con­nue n’a pas été fait en sa­lon mais donne une in­ter­pré­ta­tion dif­fé­rente du mo­tif. «Il est dif­fé­rent du trèfle porte-bonheur et il pour­rait si­gni­fier l’ap­par­te­nance à un groupe de quatre per­sonnes, sup­pose-t-il. Le ta­touage se si­tue sur une par­tie bien vi­sible, ce qui peut vou­loir dire que la per­sonne vou­lait mon­trer à tout le monde qui elle était.»

Pour Jo­sé Gau­den­cio, il est ain­si pos­sible que trois autres per­sonnes ont le même ta­touage au même en­droit. Si tel est le cas, cet in­dice pour­rait s’avé­rer cru­cial. «Si quel­qu’un le voit, il de­vrait s’en rap­pe­ler car il n’est pas cou­rant d’être ta­toué à la main, es­time le Ge­ne­vois. Une cais­sière pour­rait l’avoir re­mar­qué au mo­ment de payer par exemple.»

L’ap­pel à té­moins com­porte éga­le­ment la pho­to d’une montre ar­gen­tée de marque Lo­rus ac­cro­chée au poi­gnet gauche de la dé­funte. La marque ap­par­tient au groupe ja­po­nais Sei­ko et pro­pose des montres aux prix as­sez bas. «Elles sont gé­né­ra­le­ment dis­tri­buées dans des ma­ga­sins spé­cia­li­sés et dans des centres com­mer­ciaux», ex­plique l’hor­lo­ger ge- ne­vois Da­niel Mes­ser­li. La montre de l’in­con­nue est peu cou­rante en Suisse, où Lo­rus est pré­sent de­puis trente ans. «On ne peut mal­heu­reu­se­ment pas don­ner d’in­di­ca­tion sur son an­née de fa­bri­ca­tion», re­grette-t-il.

Re­cherches à l’in­ter­na­tio­nal

Ces élé­ments d’iden­ti­fi­ca­tion font par­tie des in­for­ma­tions trans­mises à l’in­ter­na­tio­nal via In­ter­pol par l’in­ter­mé­diaire de Fed­pol. Ce sont les po­lices can­to­nales qui four­nissent pho­tos, em­preintes ou en­core ADN. Les re­cherches ciblent d’abord un pays, un groupe de pays ou une zone géo­gra­phique don­née, ex­plique l’or­ga­nisme fé­dé­ral. Si elles ne donnent pas de ré­sul­tats, l’in­ves­ti­ga­tion s’étend au monde en­tier. Dans le cas ge­ne­vois, les dif­fu­sions in­ter­na­tio­nales n’ont rien don­né. Ne pas par­ve­nir à iden­ti­fier un ca­davre pen­dant plu­sieurs an­nées est re­la­ti­ve­ment rare. Sur les huit no­tices In­ter­pol ac­tives émises par la Suisse pour des corps non iden­ti­fiés, cinq datent de plus de quatre ans, in­dique Fed­pol. La plus an­cienne re­cherche re­monte à 1998.

Les forces de l’ordre du bout du lac tentent d’élu­ci­der un dé­cès mys­té­rieux sur­ve­nu en 2014. Un ap­pel à té­moins avec des pho­tos du ca­davre a été ren­du pu­blic lun­di der­nier. «Le ta­touage n’a pas été fait en stu­dio au vu de l’ir­ré­gu­la­ri­té du tra­cé. Il fait da­van­tage pen­ser à un ta­touage de tau­lard» Ai­to, ta­toueur à Pul­ly (VD)

DR

La po­lice ge­ne­voise es­père que les élé­ments ren­dus pu­blics lun­di per­met­tront d’iden­ti­fier la femme re­pê­chée dans l’arve en 2014.

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