Ky­lie Mi­nogue La chan­teuse s’offre un nou­vel al­bum pour ses 50 ans

Elle fête ses 50 ans en ne lais­sant rien pa­raître d’autre qu’un sou­rire et un nou­vel al­bum «dance». Mais sa mé­lan­co­lie perce.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - CH­RIS­TOPHE PAS­SER

Ce n’est même pas le sem­pi­ter­nel «al­bum de la ma­tu­ri­té». L’aus­tra­lienne est pour­tant al­lée en­re­gis­trer «Gol­den», sor­ti en avril der­nier, à Na­sh­ville, es­pé­rant trou­ver dans la Mecque de la chan­son d’amé­rique quelque chose qui son­ne­rait comme la sin­cé­ri­té ou le dé­ta­che­ment. Ce n’est pas qu’elle n’es­saie pas de ga­gner en pro­fon­deur, Ky­lie Mi­nogue: les chan­sons évoquent les amours ra­tées, les regrets, l’es­pé­rance. Mais il s’agit de­puis tou­jours de l’his­toire de n’im­porte quelles pop songs. Et celles de Ky­lie ont évi­dem­ment sur­tout dans l’idée de sé­duire des gens qui ont moins de la moi­tié de son âge.

Il se passe ce­pen­dant quelque chose dans l’elec­tro-coun­try qui sous-tend ses nou­velles chan­sons. Une em­pa­thie. Le sou­rire de sur­vi­vante de celle qui semble là de­puis l’en­fance: elle a com­men­cé sa car­rière – des té­lés en Aus­tra­lie – à 11 ans. La mé­lan­co­lie aus­si, dis­crète, presque une ombre élé­gante au coeur de «Dancing», le titre qui ouvre l’al­bum: on y chante la beau­té de la vie, mais en rappe- lant sur le beat que la joie d’exis­ter se com­prend seule­ment quand on sait la mort et le temps qui passe.

Com­men­çons donc par ce temps qui passe. Ky­lie Mi­nogue, pour ses 50 ans, a po­sé nue en train d’en­la­cer une gui­tare. Une pho­to plus mu­tine qu’éro­tique, mais qui est ty­pique de sa ma­nière. Une lé­gè­re­té de­meure chez elle, mal­gré cette vé­ri­té éri­gée en dogme par le mu­sic bu­si­ness: ne ja­mais vieillir. Mais, con­trai­re­ment à Ma­don­na, pour qui ce fut de­puis trente ans un tra­vail vi­sible, sé­rieux, bio, fit­ness, muscles, chi­rur­gie et tout ce qui y res­semble, Ky­lie Mi­nogue a cette chance des filles au corps éter­nel­le­ment ado­les­cent. Elle semble ré­sis­ter aux an­nées avec une grâce es­piègle. Bien sûr qu’elle fait tout pour, elle aus­si: chi­rur­gie et bo­tox, robes courtes sur scène, elle ne rate au­cun des pas­sages obli­gés pour re­tar­der le mo­ment où il s’agi­ra de pas­ser à autre chose. Mais tout a l’air plus simple, ou tein­té de cette iro­nie qui semble sug­gé­rer une dis­tance un brin mo­queuse.

Mo­ments-clés

Il y a pour­tant deux mo­ments clés dans son exis­tence. Le pre­mier est ar­tis­tique, et c’est son duo avec Nick Cave en 1996. Le maître vé­né­neux du rock aus­tra­lien la convie à chan­ter avec lui «Where the Wild Roses Grow» sur son al­bum «Mur­der Bal­lads». La chan­son, une des plus belles de la dé­cen­nie, ra­conte à deux voix l’his­toire d’un meurtre pas­sion­nel. Mais en prime, elle fait pas­ser Ky­lie Mi­nogue du sta­tut de reine dance et pop à ce­lui de vé­ri­table ar- tiste et de sex-sym­bol as­su­mé, sta­tut lié à l’in­croyable in­ten­si­té amou­reuse de la chan­son de Cave. Le se­cond mo­ment, ce fut la mort croi­sée. Son can­cer du sein, dé­ce­lé en pleine tour­née, en 2005. Elle s’en sor­ti­ra une an­née plus tard, mais en au­ra fait une utile caisse de ré­so­nance pour encourager les femmes au dé­pis­tage. On par­le­ra même alors d’«ef­fet Ky­lie», au vu de l’aug­men­ta­tion du nombre de mam­mo­gra­phies. De­puis, le temps qui passe semble ne plus comp­ter la même chose. Une mé­lan­co­lie en est res­tée. Celle d’avoir frô­lé le pire, sans doute. Mais celle aus­si d’avoir peu­têtre eu tant de mal à vivre ses amours, de Mi­chael Hut­chence à l’ac­teur fran­çais Oli­vier Mar­ti­nez, de Len­ny Kra­vitz au der­nier en cours: il s’ap­pelle Paul So­lo­mons, est di­rec­teur ar­tis­tique du «GQ» bri­tan­nique, on la dit «folle amou­reuse». Mais lors des in­ter­views, elle parle plu­tôt de sa pe­tite soeur, Dan­nii, chan­teuse à la car­rière confi­den­tielle, mais de­ve­nue sa confi­dente de­puis sa ma­la­die de 2005. Les reines pop paient par­fois leur jeu­nesse éter­nelle au prix de leur so­li­tude. C’est cette ride bleue sur leur coeur qui fait par­fois de leurs chan­sons des hymnes ou des prières dan­santes.

Axel Sch­midt/afp

Gi­se­la Scho­ber/get­ty

au­près de sa pe­tite elle a trou­vé du ré­con­fort De­puis quelques an­nées, à Londres, en 2014. ici en sa com­pa­gnie, soeur, Dan­nii, sai­sie Su­blime en robe longue, lors d’un ga­la ber­li­nois, en avril der­nier.

Instagram/ky­lie­mi­nogue Rex/shut­ter­stock/du­kas An­drew Co­wie/afp

courte Ci-des­sus: une coupe son lors de son re­tour après can­cer, en août 2006. Ci-contre: la pho­to sexy 50 ans, il y a quelques de ses jours.

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