La na­tu­ra­li­sa­tion fa­ci­li­tée n’a pas at­ti­ré les jeunes

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Le pas­se­port suisse n’est pas un sé­same si re­cher­ché que ça. Seuls 482 jeunes de troi­sième gé­né­ra­tion sont de­ve­nus Suisses de­puis le chan­ge­ment de loi.

Le do­cu­ment à croix blanche sur fond rouge n’est pas aus­si convoi­té par les étran­gers que beau­coup de Suisses le pensent. De­puis la mi-fé­vrier, les jeunes de troi­sième gé­né­ra­tion is­sus de pa­rents im­mi­grés peuvent être na­tu­ra­li­sés Suisses en pro­fi­tant d’une pro­cé­dure fa­ci­li­tée. Or, fin juin, se­lon le Se­cré­ta­riat d’état aux mi­gra­tions (SEM), seuls 482 jeunes ont fait le pas. La na­tu­ra­li­sa­tion fa­ci­li­tée est confiée à la Con­fé­dé­ra­tion, les com­munes et les can­tons ont droit de re­cours. Emmanuelle Ja­quet, porte-pa­role du SEM, in­dique qu’il n’y a pas eu de re­cours jus­qu’à pré­sent.

Le pro­fes­seur de so­cio­lo­gie ge­ne­vois Philippe Wan­ner a re­cen­sé presque 25000 en­fants et jeunes entre 9 et 25 ans qui rem­pli­raient les cri­tères de cette na­tu­ra­li­sa­tion sim­pli­fiée. Il es­time que plu­sieurs fac­teurs ex­pliquent l’in­té­rêt tout re­la­tif des in­té­res­sés.

D’une part, les en­traves ad­mi­nis­tra­tives res­tent nom­breuses et les coûts de la dé­marche sont éle­vés. D’autre part, la mo­ti­va­tion n’est pas au ren­dez-vous. Ils ont bien vé­cu sans ce pas­se­port jus­qu’à au­jourd’hui. Chez les jeunes hommes, la pers­pec­tive du ser­vice mi­li­taire à ac­com­plir dé­cou­rage.

Ce bi­lan montre en outre com­bien L’UDC s’est four­voyée en mar­te­lant lors de la cam­pagne de fé­vrier 2017 qu’une vague «de na­tu­ra­li­sa­tions en masse» al­lait sub­mer­ger le pays. An­dreas Glar­ner, res­pon­sable de la cam­pagne de L’UDC à l’époque, de­meure per­sua­dé que «ces na­tio­na­li­sa­tions mas­sives» me­nacent. «Les chiffres vont aug­men­ter, le pire est à ve­nir», af­firme le conseiller na­tio­nal ar­go­vien.

Le so­cio­logue n’y croit guère. Ex­pé­rience faite, lorsque l’on in­tro­duit une nou­velle règle, «un cer­tain ef­fet d’eu­pho­rie s’ins­talle. J’es­time que les chiffres vont bais­ser.» L’étude du pro­fes­seur conclut que la moyenne s’éta­bli­ra à quelque 150 na­tu­ra­li­sa­tions fa­ci­li­tées par an. Isa­bel Gar­cia, pré­si­dente de l’or­ga­ni­sa­tion Se­con­das Zu­rich, ana­lyse: «Sou­vent les or­ga­ni­sa­tions des com­mu­nau­tés étran­gères n’in­forment pas as­sez leurs membres sur leurs droits et les pos­si­bi­li­tés exis­tantes; ils mettent sur pied des ma­ni­fes­ta­tions cultu­relles en lien avec le pays d’ori­gine. C’est ré­tro­grade et n’ap­porte pas grand­chose aux étran­gers vi­vant en Suisse.»

La na­tu­ra­li­sa­tion fa­ci­li­tée a été uti­li­sée d’abord par les Ita­liens (255 fois), sui­vis des Turcs (65), des Ko­so­vars (38), des Es­pa­gnols (30), des Ma­cé­do­niens (17) et des Por­tu­gais (17). En tout, l’an der­nier, 46 060 étran­gers ont été na­tu­ra­li­sés. Le re­cord date de 2006, avec 47 607 na­tu­ra­li­sés.

DO­MI­NIK BALMER

«Les or­ga­ni­sa­tions des com­mu­nau­tés étran­gères n’in­forment pas as­sez leurs membres sur leurs droits» Isa­bel Gar­cia, pré­si­dente de l’or­ga­ni­sa­tion Se­con­das Zu­rich

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