Quand la Coupe du monde vire à l’eu­ro

Le Matin Dimanche - - COUPE DU MONDE -

Le Vieux-conti­nent va ga­gner son qua­trième Mon­dial de suite. Le «match» avec les Sud-amé­ri­cains est-il plié? «Je pense que le foot­ball eu­ro­péen est en constante évo­lu­tion, contrai­re­ment à d’autres conti­nents» Mi­chel De­cas­tel, en­traî­neur

Il était une fois, à Yo­ko­ha­ma. Le 30 juin 2002, le Bré­sil de Ro­nal­do do­mi­nait l’al­le­magne d’oli­ver Kahn et sou­le­vait la cin­quième Coupe du monde de son his­toire. Par la même oc­ca­sion, les «au­ri­verde» re­don­naient l’avan­tage aux Sud-amé­ri­cains dans leur duel à dis­tance avec les na­tions du Vieux-conti­nent (neuf tro­phées à huit). Un «match» ul­tra­ser­ré, in­dé­cis, ré­gi par la loi non écrite de l’al­ter­nance: si l’on ex­cepte le pre­mier triomphe bré­si­lien lors de l’édi­tion sué­doise de 1958, l’eu­rope fai­sait la loi chez elle, l’amé­rique du Sud s’im­po­sait par­tout ailleurs. Mais ça, c’était avant.

Rus­sie 2018. Après la vic­toire fran­çaise de ven­dre­di contre l’uru­guay (2-0), sui­vie par la sen­sa­tion belge face au Bré­sil (2-1), et sans même at­tendre le ver­dict des deux der­niers quarts de fi­nale d’hier, l’af­faire était en­ten­due. Su­pé­rieure dans tous les com­par­ti­ments du jeu, l’eu­rope, quoique am­pu­tée d’un sa­cré qua­tuor (Ita­lie, Al­le­magne, Es­pagne et Por­tu­gal), réa­lise le car­ton plein avec des in­vi­tés sur­prises.

Le «match», si dis­pu­té de­puis le sacre ini­tial uru­guayen en 1930, pa­raît plié. Douze Mon­diaux à neuf, un score par­tiel de 4-0 de­puis «il était une fois à Yo­ko­ha­ma», et cette sen­sa­tion que la ten­dance n’est pas près de s’in­ver­ser, sur­tout pas avec la pro­chaine ap­pa­ri­tion d’un tour­noi à 48 équipes. Ja­mais, à part en 2006 (Al­le­magne-ita­lie et Por­tu­gal-france), le der­nier car­ré d’une Coupe du monde n’avait été 100% eu­ro­péen.

À l’heure de cher­cher un «pour­quoi», on peut bien sûr ar­guer que le Vieux-conti­nent a l’avan­tage du nombre (qua­torze équipes, contre cinq sud-amé­ri­caines). Mais la (dis)pro­por­tion est la même de­puis long­temps, y com­pris lors­qu’il n’y avait que vingt-quatre par­ti­ci­pants (jus­qu’en 1994). Et en 2010, par­mi les seize hui­tièmes-de-fi­na­listes, on trou­vait six équipes européennes (pour sept re­pré­sen­tants des Amé­riques, deux asia­tiques et un afri­cain); en de­mies, c’était du trois sur quatre, avec l’uru­guay pour seul «in­trus».

In­utile de sou­pe­ser, en guise d’ex­pli­ca­tion, la dif­fé­rence de ni­veau entre les cham­pion­nats res­pec­tifs des deux cô­tés de l’at­lan­tique, puisque l’im­mense ma­jo­ri­té des stars «la­ti­nas» mon­naient leur ta­lent en Eu­rope. Tiens, est-ce là qu’elles perdent un peu de leur lé­gen­daire amour du maillot? À voir le Pé­rou, la Co­lom­bie ou l’uru­guay tom­ber dans les larmes et avec les hon­neurs, cette piste ne convainc pas non plus. Alors quoi? Le «match» peut-il re­trou­ver de son sel? On ver­ra ça au Qa­tar, en 2022. En at­ten­dant, on va vivre une belle fin d’eu­ro.

SI­MON MEIER, NI­J­NI NOV­GO­ROD

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