Sagesse

Par Ro­sette Po­let­ti

Le Matin Dimanche - - PSYCHOLOGIE -

Notre correspondante pour­suit ain­si: «Moi, je vis très bien, j’ai mes ac­ti­vi­tés, j’ai huit ans de moins que mon ma­ri. Quand je lui fais part de mes craintes, il me dit qu’il aime ce qu’il fait et ne se voit pas al­ler à la pêche et re­gar­der la té­lé­vi­sion.»

La re­traite est une très belle chose. Elle per­met à des tra­vailleurs de ces­ser leur ac­ti­vi­té après un cer­tain nombre d’an­nées. Elle est la bien­ve­nue pour de nom­breux ou­vriers et em­ployés dont le tra­vail est phy­si­que­ment fa­ti­gant ou as­ser­vis­sant ou qui sont épui­sés par des an­nées de tra­vail stres­sant et ac­com­pli sous pres­sion. Elle per­met de choi­sir comment on va or­ga­ni­ser cette nou­velle tranche de vie à par­tir de 65 ans en ayant un re­ve­nu as­su­ré. On voit pour­tant des gens d’un cer­tain âge conti­nuer à tra­vailler, sur­tout lors­qu’ils ont une ac­ti­vi­té in­dé­pen­dante. Ce­la peut s’ex­pli­quer par le fait que le ca­pi­tal re­traite n’est pas ga­ran­ti comme il l’est pour les sa­la­riés. Mais la rai­son pre­mière est sou­vent l’in­té­rêt qu’ils portent à leur tâche.

Le grand psy­chiatre amé­ri­cain Ir­vin Ya­lom, 87 ans, re­çoit en­core trois pa­tients par jour; à To­kyo, le Dr Shi­gea­ki Hi­no­ha­ra tra­vaillait en­core dans un grand hô­pi­tal et en­sei­gnait à 104 ans. Mort à 105 ans, il dé­fen­dait avec fer­veur le droit à tra­vailler.

Paul Su­ther­land, cher­cheur qui a étu­dié ce su­jet toute sa vie, dé­fi­nit la re­traite ain­si: «Tra­vailler quand on veut, comme on veut, et où on veut.»

Il donne cinq «conseils» ou ré­flexions sur le vieillis­se­ment:

1. L’âge n’a au­cune si­gni­fi­ca­tion en soi. Cer­tains sont «vieux» à 45 ans, d’autres «jeunes» à 85 ans. Tout dé­pend de la ma­nière dont on se per­çoit, dont on reste ou­vert et prêt au chan­ge­ment.

2. Il est im­por­tant de pas­ser du temps avec des gens qui aiment la vie et qui sou­hai­te­raient vivre pour tou­jours. Pour Su­ther­land, si vous vou­lez être jeune dans votre tête, soyez ac­tifs, li­sez, mar­chez, tra­vaillez, faites du bé­né­vo­lat et sur­tout, im­pli­quez-vous dans ce qui a du sens à vos yeux.

3. N’uti­li­sez ja­mais votre âge comme une ex­cuse! Trop de gens au­tour de 40-45 ans disent: «Si seule­ment j’avais choi­si une autre pro­fes­sion, si j’avais ap­pris les langues…» À cet âge-là, il reste, pour beau­coup, la se­conde moi­tié de la vie! Ce­la vaut la peine d’ap­prendre, de faire. On peut ap­prendre une langue, créer une en­tre­prise… Le fon­da­teur de l’em­pire Ken­tu­cky Fried Chicken, qui vend du pou­let frit dans le monde en­tier, a créé son en­tre­prise à 62 ans.

4. Vivez, en ac­cep­tant de vous trom­per! Se­lon Su­ther­land, ce qui em­pêche tant de se­niors d’oser – chan­ger de tra­vail, re­tour­ner en for­ma­tion, com­men­cer une en­tre­prise – est la peur d’échouer. Vivre plei­ne­ment, ce­la ne si­gni­fie pas «réus­sir» mais avoir ten­té de réa­li­ser ses rêves, avoir cher­ché à être co­hé­rent avec ses va­leurs.

5. La vie est une aven­ture, et l’es­sen­tiel de la vie se trouve dans les re­la­tions! Chaque conflit, chaque fa­tigue, chaque re­la­tion est une aven­ture. Per­sonne ne sait ce que de­main

À LIRE

«Vi­ve­ment la re­traite!», Quentin Pé­ri­nel, Flam­ma­rion. «Quoi faire à la re­traite?», Ma­rie-paule Des­saint, Bro­quet. «Le grand oui à la vie!»,

Pierre Pra­der­vand, Jou­vence. va lui ap­por­ter. Trou­ver la joie de vivre, c’est consi­dé­rer l’in­con­nu et l’in­cer­ti­tude comme une aven­ture. Vivre une re­traite heu­reuse, c’est in­ves­tir dans les re­la­tions: la re­la­tion à soi­même et à son âme, la re­la­tion à ses proches, à ses amis, la re­la­tion à ceux que l’on ren­contre.

Cha­cun a le droit d’or­ga­ni­ser sa re­traite comme il veut. Lors­qu’on est en couple, ce­la de­mande d’en par­ler et de trou­ver comment vivre ce­la dans le res­pect de soi-même, et dans la bien­veillance en­vers l’autre.

Le Dr Hi­no­ha­ra don­nait le con­seil sui­vant: pla­ni­fier l’ave­nir, s’en­ga­ger pour des ac­ti­vi­tés ou des évé­ne­ments dans les an­nées qui viennent; en d’autres termes, re­gar­der en avant, se ré­jouir de ce qui vien­dra!

Ce­la n’em­pêche pas d’être réa­liste, et de se sou­ve­nir que la vie hu­maine est in­cer­ti­tude. Je me sou­viens avoir in­vi­té mes pa­rents à ve­nir me voir aux États-unis, en 1975. Ma mère, qui était très croyante, écri­vait: «Nous pren­drons tel vol et ar­ri­ve­rons à New York à telle heure! (DV)» Ce­la vou­lait dire «Dieu vou­lant». On fait des plans – et il est es­sen­tiel d’en faire – mais on sait que ce sont nos dé­si­rs et que nous n’avons au­cun contrôle sur le len­de­main.

J’aime cette at­ti­tude! Al­ler de l’avant, faire des plans, s’en­thou­sias­mer pour ce qui pour­rait être tout en étant conscient de l’im­per­ma­nence de toute chose et de notre «non-toute-puis­sance»! Alors, prendre sa re­traite ou conti­nuer à tra­vailler, ce n’est pas le coeur du pro­blème! C’est plu­tôt se de­man­der si l’on vit plei­ne­ment, si l’on cultive la re­la­tion à soi, à son âme et aux autres et si l’on vit ce qui nous sem­blait im­por­tant de vivre!

À vous, chère correspondante, et à cha­cun de vous, amis lecteurs, je sou­haite une très belle se­maine.

«Mon ma­ri, 73 ans, a tou­jours tra­vaillé et veut conti­nuer. Il est thé­ra­peute à son compte. Par­fois, je me de­mande si c’est bien pour lui. Il est en bonne san­té, mais j’ai peur qu’il fasse un ar­rêt car­diaque» «On peut dé­ci­der de na­ger dans le sens du cou­rant et connaître la paix, la joie et l’amour, ou on peut dé­ci­der de se battre, de s’ac­cro­cher et de vivre dans l’amer­tume et le déses­poir, c’est nous qui choi­sis­sons!» Leo Bus­ca­glia

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.