Ch­ris Froome tra­verse la France sous les in­sultes et une forte pro­tec­tion po­li­cière

Ch­ris Froome s’est élan­cé sur le Tour avec un so­lide vent de face. La foule le re­jette en masse. Il ne manque que les to­mates.

Le Matin Dimanche - - MÉTÉO - STÉ­PHANE COMBE FON­TE­NAY-LE-COMTE

«Il y a tou­jours eu un doute au­tour de Sky, et Froome paie l’ad­di­tion» Da­vid Lap­par­tient, pré­sident de L’UCI

Heu­reu­se­ment, c’est la crise. Les di­zaines de ba­nanes et pommes mises à dis­po­si­tion des cou­reurs de Quick-step, équipe du fu­tur vain­queur, ne vol­ti­ge­ront pas sur la ca­boche de Ch­ris Froome. Car, à quelques hec­to­mètres der­rière la ligne, là où les équipes garent leur bus en file in­dienne, cette bonne dame et ce bon mon­sieur du coin s’en rem­plissent les bras à en tom­ber. Di­rec­tion la mai­son, ti­tu­bant sous le so­leil et les vé­hi­cules ru­ti­lants.

Par chance, la pro­vince que tra­verse le Tour de France ne connaît pas tou­jours les cou­reurs. Ces Ven­déens ne jet­te­ront donc ni to­mates ni pommes au nez de Ch­ris Froome, ni peaux de ba­nane de­vant ses pneus – il y ar­rive bien tout seul (voir ci-contre). Mais, pour un creux ras­sa­sié ou un goû­teux goû­ter, com­bien d’in­sultes à en­du­rer pour le maître de la course (quatre maillots jaunes sur les cinq der­nières an­nées)?

Le dé­but des va­cances, pour les uns, sonne comme un test pour les autres. Sur­tout lui. En une se­maine, Ch­ris Froome a été in­ter­dit de Tour par l’or­ga­ni­sa­teur, puis in­no­cen­té par L’AMA et L’UCI. In­no­cen­té? Qu’im­porte, l’hexa­gone a tran­ché. Il n’at­ten­dait que ça. Vieux dé­mons ou cible fa­cile. Par convic­tion ou simple dé­chaî­ne­ment li­bé­ra­teur. Tou­ristes de pas­sage ou lo­caux, fer­vents cy­clo­philes ou simples cu­rieux de cette ca­ra­vane qui rem­plit les poches – la crise?: tous ou presque se sont fait leur avis. Et il n’est pas jo­jo pour le cou­reur de 33 ans. Tiens, l’âge du Ch­rist. Qui a par­lé de che­min de croix?

Il tombe, la foule exulte

Près des pommes et des ba­nanes, un phy­sio du Team Sky aux mol­lets «sha­qi­riens» s’af­faire à po­ser les home-trai­ners du fu­tur dé­cras­sage. Der­rière le car. Tou­jours der­rière. Les cou­reurs sont en­core en route, Froome sur le point de s’en­voyer dans le dé­cor. Mais dé­jà on pense à l’es­sen­tiel: évi­ter les contacts avec le pu­blic. La proxi­mi­té ex­ci­te­ra le dé­trac­teur, dé­voi­le­ra les ran­coeurs, sti­mu­le­ra l’ar­deur. Tout ce­la n’est pas nou­veau pour Froome. Mais la foule, au­tre­fois pas­sive, a dé­ci­dé de se le payer.

Quand il tombe, quelques mi­nutes plus tard, une cla­meur, un rire jaillit de la zone d’ar­ri­vée, où les re­gards sont ri­vés sur les dif­fé­rents écrans géants. On ose par­ler d’exul­ta­tion. Qu’ils semblent loin, les for­çats de la route, que l’on rê­vait de tou­cher. À peine M. Du­pont ne re­proche-t-il pas à Ch­ris le ma­nant de croi­ser son che­min. De sa­lir «sa» course. «Le Tour de France, c’est aus­si le Tour de la France», ré­pé­tait à l’en­vi Thier­ry Adam sur France TV. On ri­ca­nait, il avait rai­son: le spec­ta­teur fran­çais lamb­da a un compte à ré­gler. «Ce­lui-là, je ne veux pas le voir», s’ex­clame un mous­ta­chu, in­dex poin­té sur une meute de jour­na­listes. Sa cible est juste der­rière, har­ce­lée par les mi­cros, écra­sée contre le car. Et qu’im­porte si Froome ar­bore un maillot dé­chi­ré et un re­li­quat d’herbe sur l’épaule. «J’aime le vé­lo, nos pe­tits Fran­çais, mais pas les tri­cheurs!»

Évi­ter le maillot jaune

Alors Froome va conti­nuer. Les ban­de­roles aus­si. Sur des ki­lo­mètres. La sé­cu­ri­té est aux aguets. Dans les roues, le Bri­tan­nique est plus à l’abri des quo­li­bets que du vent. La mi­nute de retard concé­dée hier lui offre un poil de ré­pit. Mieux: si son équipe brille de­main lors du chro­no par équipes, il ne pren­dra pas le maillot jaune. Pas de mé­dias à af­fron­ter, si ce n’est de­vant son car, là où ses ma­la­bars cou­pe­ront court à tout es­clandre. Là où les ho­me­trai­ners sont dis­po­sés en ca­chette. Là où les bandes de sé­cu­ri­té se ré­vèlent in­fi­ni­ment plus pro­tec­trices qu’un mi­cro de lea­der, as­sis de­vant des cen­taines de jour­na­listes qui guettent l’er­reur.

Il n’em­pêche, de­hors, pen­dant trois se­maines, ce se­ront les spec­ta­teurs qui prie­ront leurs dieux, ta­qui­ne­ront leur ma­ra­bout, brû­le­ront cierges et bottes de foin contre l’homme cou­pable de tous les maux. Il n’en fau­drait pas plus pour que des to­mates se mettent à vo­ler. Heu­reu­se­ment, c’est la crise.

Mar­co Ber­to­rel­lo/afp

La pré­sence d’un cou­reur avait ra­re­ment dé­chaî­né au­tant de pas­sion sur les routes du Tour de France.

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