À Neu­châ­tel, l’hé­mor­ra­gie de la dé­pu­ta­tion ai­guise les ap­pé­tits

Le Matin Dimanche - - SUISSE - LISE BAILAT

La moi­tié des élus quittent Berne l’an pro­chain, tan­dis que Ray­mond Clot­tu, EX-UDC, se re­pré­sente. La si­tua­tion pour­rait dé­sta­bi­li­ser un can­ton qui a tra­vaillé dur pour re­trou­ver sa sé­ré­ni­té.

Dans le can­ton de Neu­châ­tel, comme en foot­ball, c’est la pé­riode du mer­ca­to. Avec l’an­nonce des dé­parts at­ten­dus des so­cia­listes Jacques-an­dré Maire et Di­dier Ber­be­rat et der­niè­re­ment le re­trait sur­prise du PLR Ra­phaël Comte, trois sièges sur les six que la dé­pu­ta­tion compte à Berne se re­trou­ve­ront libres en 2019. Par­mi eux, les deux fau­teuils de la Chambre des can­tons, ô com­bien im­por­tants pour un can­ton re­la­ti­ve­ment peu peu­plé. «Di­sons que la si­tua­tion n’est pas idéale pour la conti­nui­té de la dé­fense des in­té­rêts du can­ton», sou­ligne un proche du Conseil d’état.

Et, par­mi les trois élus fé­dé­raux res­tants, deux se trouvent en si­tua­tion dé­li­cate. Ex­clu de la sec­tion neu­châ­te­loise de L’UDC, le conseiller na­tio­nal Ray­mond Clot­tu nous an­nonce qu’il va se re­pré­sen­ter «soit en in­dé­pen­dant, soit sous la ban­nière UDC, on ver­ra. Mais sans doute en in­dé­pen­dant.» De­nis de la Reus­sille, maire po­pu­laire du Locle, a de la concur­rence. La Verte Cé­line Va­ra lui dis­pute ou­ver­te­ment son siège au Conseil na­tio­nal. À l’ar­ri­vée, Phi­lippe Bauer (PLR) pour­rait donc être le seul res­ca­pé de la dé­pu­ta­tion ac­tuelle neu­châ­te­loise à Berne.

Un risque ou une chance pour le can­ton? «Les per­son­na­li­tés qui s’en vont ont une grande ex­pé­rience. Il fau­dra re­créer un ré­seau et des al­liances. Après, ce­la offre aus­si l’op­por­tu­ni­té d’avoir un souffle nou­veau avec des per­sonnes plus jeunes», in­dique Mar­tine Do­court, dé­pu­tée PS au Grand Conseil et co­pré­si­dente des Femmes so­cia­listes, elle-même in­té­res­sée par le ni­veau fé­dé­ral. Le pré­sident de L’UDC Neu­châ­tel, Sté­phane Mo­ser, abonde: «Je pense qu’on ar­rive à la fin d’un cycle. C’est une chance de pou­voir mettre en avant d’autres per­son­na­li­tés qui ont en­vie de dé­fendre le can­ton à Berne.»

Avant de prendre sa dé­ci­sion, le PLR Ra­phaël Comte a aus­si ré­flé­chi au fait que la dé­pu­ta­tion de son can­ton al­lait être cham­bou­lée. «La seule rai­son qui au­rait pu me pous­ser à me re­pré­sen­ter au­rait été un in­té­rêt su­pé­rieur pour le can­ton. Mais cette lé­gis­la­ture mar­que­ra la fin d’un cycle pour Neu­châ­tel aus­si au ni­veau politique, avec les pro­jets fer­ro­viaires qui se­ront trai­tés l’an pro­chain», sou­ligne-t-il.

Et puis il y a la ques­tion de la re­pré­sen­ta­tion fé­mi­nine, dont Ra­phaël Comte s’est fait le dé­fen­seur ces der­niers mois à Berne. «Nous sommes au­jourd’hui clai­re­ment un mau­vais élève en ma­tière de re­pré­sen­ta­tion fé­mi­nine. Mon re­trait laisse la pos­si­bi­li­té à mon par­ti de mettre en avant une femme.» Mar­tine Do­court ren­ché­rit: «Avoir une re­pré­sen­ta­tion pa­ri­taire au ni­veau du can­ton se­ra dif­fi­cile, mais au PSN nous avons la vo­lon­té de faire élire un homme et une femme.» Le coup de sac se­rait donc bé­né­fique à tous les égards? Pas tout à fait, glisse un ob­ser­va­teur: «Ima­gi­nez qu’il y ait un re­tard dans le dos­sier fer­ro­viaire – qui com­prend l’im­por­tan­tis­sime pro­jet de ligne di­rect entre Neu­châ­tel et La Chaux-de-fonds – si nous n’avons que des bleus en 2020 à Berne, on est fou­tus!»

Dé­pouiller le Conseil d’état?

Et le risque existe aus­si de dé­sta­bi­li­ser un Conseil d’état am­bi­tieux, qui met un point d’hon­neur à fonc­tion­ner en équipe. Car le PLR paie en­core les pots cas­sés de cette gé­né­ra­tion mau­dite de per­son­na­li­tés qui ont été éva­cuées au fil des crises po­li­tiques. Du coup, pour rem­pla­cer Ra­phaël Comte, le par­ti pour­rait sol­li­ci­ter l’un de ses deux mi­nistres. Et, pour­quoi pas, lui de­man­der d’as­su­rer un double man­dat jus­qu’aux élec­tions neu­châ­te­loises en 2021. In­té­res­sés? En va­cances, Laurent Favre est res­té in­joi­gnable. Quant à Alain Ri­baux, il n’a pas re­tour­né notre ap­pel. Le PS ré­flé­chi­rait aus­si à cette stra­té­gie. Du coup, le scé­na­rio est sur toutes les lèvres dans le can­ton. «La règle est claire: seuls deux conseillers d’état peuvent sié­ger si­mul­ta­né­ment à Berne. S’il y a des in­té­res­sés, ils au­ront sans doute entre eux une dis­cus­sion préa­lable. Mais je trouve que, si l’un d’entre eux de­vait al­ler à Berne, ce se­rait po­si­tif pour le can­ton», es­time Ra­phaël Comte. Ray­mond Clot­tu a des ré­serves: «Vu les am­bi­tions et le tra­vail à faire au ni­veau can­to­nal, no­tam­ment sur la fis­ca­li­té et les in­fra­struc­tures, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.» Alain Ri­baux et Laurent Favre ne se­raient pas dé­pay­sés. Ils étaient jus­te­ment à Berne lorsque leur par­ti a eu be­soin d’eux pour le Conseil d’état en 2013 et 2014.

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