Les ado­les­cents s’en­flamment pour la sur­vie

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Le stage d’été or­ga­ni­sé à Lu­try (VD) connaît un suc­cès ex­po­nen­tiel au­près des en­fants. Faire du feu, sau­ter dans le vide, sor­tir d’un coffre… La sur­vie trans­for­mée en jeu.

«Bra­vo pour avoir sur­vé­cu à la pre­mière jour­née!» L’ac­cueil ma­ti­nal ré­sonne presque comme une mise en garde de ce qui va suivre. Ag­glu­ti­nés au­tour de Six­tine Mo­rin, de l’équipe de Co­balt Pro­ject, qua­rante jeunes vi­sages af­fichent au­tant d’at­ten­tion que d’ex­ci­ta­tion. Cette école de la dé­brouille d’un genre nou­veau gé­nère beau­coup d’en­goue­ment, sur­tout au­près des 12-13 ans. «C’est ma fille de 11 ans qui m’a don­né l’idée de ce camp», confie Adrien de Meyer. Il est le pro­mo­teur de ces camps de sur­vie pour en­fants et ados qui ren­contrent un vif suc­cès. Une se­maine du­rant, les par­ti­ci­pants sont ame­nés à se dé­pa­touiller dans une jungle d’ac­ti­vi­tés va­riées en­ca­drées par des pro­fes­sion­nels sur quelque 30 000 m2 de ter­rain sé­cu­ri­sé.

Cap sur l’ate­lier feu. Pour l’al­lu­mer, les sur­vi­va­listes en herbe ont à dis­po­si­tion un bâ­ton de ma­gné­sium, une pile ou en­core une corde. «C’est beau­coup plus dur que ce que je pen­sais, re­lève Alex Torche, 16 ans. J’ai es­sayé quatre fois, mais je n’ai pas réus­si.» S’il fait par­tie des aî­nés, le Neu­châ­te­lois s’est sur­tout ins­crit par at­trait pour la na­ture. «J’adore la sur­vie, être tout seul en fo­rêt, pour l’au­to­no­mie qu’on peut dé­ve­lop­per.» Ici aus­si, l’ac­cent est mis sur le men­tal. «Je veux qu’ils com­prennent, qu’ils se rendent compte que, avec la tête froide, en ob­ser­vant leur en­vi­ron­ne­ment, ils peuvent se sor­tir de n’im­porte quelle si­tua­tion», ex­plique la mo­ni­trice Nel­ly Billan.

Pics d’adré­na­line

Se sor­tir d’une fâ­cheuse pos­ture, c’est aus­si se mettre dans la peau d’un kid­nap­pé. En­fer­mées à tour de rôle dans le coffre d’une vieille Cor­sa jaune, les vic­times consen­tantes du jour doivent par­ve­nir à pous­ser les deux barres mé­tal­liques qui servent à dé­blo­quer le ver­rou. «C’est plu­tôt fa­cile et, au cas où, je sais comment m’en sor­tir», com­mente Léa Ban­de­lier, 13 ans, qui a dé­ci­dé de par­ti­ci­per au stage après avoir eu un coup de coeur pour l’air­soft avec des amis. D’ailleurs, ce qu’elle pré­fère, «c’est le paint­ball, car c’est là qu’il y a le plus d’ac­tion et qu’on s’amuse le plus».

Or­ga­ni­sée dans un dé­cor pos­ta­po­ca­lyp­tique, la par­tie vise à mettre en pra­tique la col­la­bo­ra­tion et le fair-play. «On ne donne pas d’arme à des en­fants qui ne sont pas res­pon­sables, re­la­ti­vise Nel­ly Billan. Il ne faut pas ti­rer à moins de 10 mètres. Vous avez l’op­por­tu­ni­té de tou­cher des armes, mais ça se mé­rite.» Au coeur de ce joyeux dé­fou­le­ment col­lec­tif, les joueurs éla­borent ra­pi­de­ment des stra­té­gies pour ti­rer avan­tage du ter­rain. Tout en es­sayant d’éco­no­mi­ser les mu­ni­tions. Si­gnal de fin. Sous les casques, les éclats de rire animent les vi­sages bar­bouillés de traces de gri­mage, mal­gré les bleus et autres pe­tits bo­bos que cer­tains ra­mènent du front.

Autre mo­ment fort, le saut dans le vide sur un sac gon­flé. «Je ne peux pas, je n’ose pas», souffle Ga­ry Trae­ger, fixant de ses yeux écar­quillés les 7 mètres qui le sé­parent du ma­te­las. Su­jet au ver­tige, le gar­çon est à deux doigts de faire de­mi-tour. Il fi­nit par s’élan­cer sous les en­cou­ra­ge­ments. «Une fois qu’on a sau­té, on a juste en­vie d’y re­tour­ner», re­con­naît-il, ra­vi.

«La phi­lo­so­phie du camp, c’est le sur­pas­se­ment de soi, ap­prendre aux en­fants à oser tout en res­tant dans un cadre sé­cu­ri­sé, re­lève Adrien de Meyer. J’es­père qu’ils re­par­ti­ront du camp avec une plus grande confiance en eux, l’en­vie d’ap­prendre et le goût de l’aven­ture.»

La se­maine de stage fac­tu­rée quelque 500 francs n’est pas en­core fi­nie alors que le boss planche sur la for­mule de l’an­née pro­chaine. Grande nou­veau­té: le camp com­pren­dra éga­le­ment l’hé­ber­ge­ment dans des ca­banes. His­toire d’en­ri­chir l’ex­pé­rience des ju­niors avec des défis noc­turnes taillés sur me­sure. ANETKA MÜHLEMANN

Anetka Mühlemann

Par­mi les exer­cices de sur­vie, l’ate­lier feu a ra­vi les par­ti­ci­pants au camp or­ga­ni­sé à Lu­try par Co­balt Pro­ject. Le jeune Ga­ry Trae­ger s’ap­plique à faire sur­gir une flamme à l’aide d’une pile et d’un em­bal­lage de che­wing-gum.

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