Les Ro­mands sont dé­bous­so­lés par les tra­vaux sur leurs rails

Le Matin Dimanche - - SUISSE - SÉ­BAS­TIEN JUBIN

Au pays des trains, l’ef­fi­ca­ci­té du ré­seau a un prix: les tra­vaux tous les étés sur nos lignes fer­ro­viaires. Cet été 2018 est par­ti­cu­liè­re­ment per­tur­bant pour l’en­semble de la Suisse ro­mande. «Le Ma­tin Di­manche» est par­ti en re­por­tage sur ces tra­jets pro­blé­ma­tiques, pour la pre­mière fois de cette am­pleur.

Jus­qu’au bout de l’été

Le plus gros chan­tier se trouve sur la ligne Lau­sanne-berne et im­pacte de fac­to les 13 000 pen­du­laires qui, bien mal­gré eux, voient du pays. La faute au tron­çon entre Lau­sanne et Pui­doux-chexbres, qui fait l’ob­jet d’une fer­me­ture to­tale jus­qu’au 26 août. Le site des CFF est clair: «Les clients du tra­fic grandes lignes pour­ront voya­ger via Neu­châ­tel ou Bienne. Vous de­vez comp­ter en moyenne 25 mi­nutes de pro­lon­ga­tion de votre temps de par­cours.» C’est dit. Et éprou­vé.

«Je n’en peux dé­jà plus!»

Sur l’ap­pli­ca­tion mo­bile des CFF, on an­nonce la pâle cou­leur d’été: pour un tra­jet entre Ge­nève et Berne, il faut pas­ser par Neu­châ­tel (1 h 52) ou par Bienne (2 h 28). Les tra­jets sont al­lon­gés de plu­sieurs di­zaines de mi­nutes. Dans ce train-là, en fin d’après-mi­di, les pas­sa­gers n’ont vrai­ment pas en­vie de rire, comme Mar­co, un pen­du­laire qui vit à Berne. «C’est le troi­sième jour et je n’en peux dé­jà plus! Je perds 30 mi­nutes tous les jours, sans comp­ter mon éner­ve­ment et mon stress.» Pour­tant, le contrô­leur veut dé­tendre l’at­mo­sphère en pé­né­trant dans le wa­gon sur la liai­son Lau­sanne-bienne. Il tente même l’hu­mour pour les très nom­breux pen­du­laires obli­gés d’em­prun­ter la ligne du pied du Ju­ra pour re­joindre la ca­pi­tale: «Pour une fois, nous sommes à l’heure, lance-t-il à la vo­lée. Et à Bienne, c’est très fa­cile, la cor­res­pon­dance se trouve sur le quai d’en face. Mer­ci qui?»

Elle a bien failli se perdre

Ce n’est as­su­ré­ment pas cette voya­geuse ro­mande qui re­mer­cie­ra qui­conque. Et sur­tout pas les CFF. Au contrô­leur bla­gueur, elle lance un re­gard noir avant de se tour­ner vers nous: «Ce­la va du­rer six se­maines et lui, il nous fait des blagues lour­dingues.» Dans un autre wa­gon, une Alé­ma­nique, vi­si­ble­ment per­due en Suisse ro­mande, se plaint à un proche au té­lé­phone: «J’ai dû chan­ger de train à Yver­don et j’ai bien failli me perdre dans cette gare que je ne connais pas. Mon tra­jet est al­lon­gé d’au moins 45 mi­nutes.»

En gare de Bienne, des pas­sa­gers courent pour at­tra­per leur cor­res­pon­dance pour Berne. «C’est le bon train?» ques­tionne Sa­lo­mé, 20 ans, es­souf­flée et en sueur. Un ba­daud hoche la tête, in­dif­fé­rent. Elle par­vien­dra, in ex­tre­mis, à mon­ter dans le bon train. Sur la page Fa­ce­book des CFF, les com­men­taires aga­cés pleuvent, à l’ins­tar de Mar­tin Gon­zen­bach: «On a beau sa­voir qu’il y a des tra­vaux et se pré­pa­rer à pas­ser par Ve­vey pour al­ler de Ge­nève à Fri­bourg, mais si, à Ve­vey, la cor­res­pon­dance n’est pas as­su­rée pour quatre mi­nutes de re­tard, c’est in­ac­cep­table.» Un autre râ­leur s’in­ter­roge sur la sé­cu­ri­té de ces tran­sports d’ex­cep­tion: «Est-ce rai­son­nable de rou­ler sur l’autoroute dans un bus de ville sans cein­ture?»

Il y a les râ­leurs et les autres, qui voient la vie en rose, comme Gon­zague Bo­chud, qui ha­bite Fri­bourg et tra­vaille à Ge­nève: «Il est vrai que ça ral­longe mes tra­jets, mais c’est pour notre confort fu­tur. Par ailleurs, nous par­cou­rons une ré­gion ma­gni­fique au-des­sus du Lé­man.» Dans le Ju­ra, pays de ver­dure, les voyages sont de­ve­nus beau­coup moins bu­co­liques. Jus­qu’à la fin de l’été, ce sont des di­zaines de bus qui as­surent la liai­son De­lé­mont-por­ren­truy. Le tra­jet est aug­men­té de 15 à 20 mi­nutes. Bon­dés et sur­chauf­fés, ces cars pos­taux em­pruntent l’autoroute et font des haltes dans les vil­lages. «C’est une vraie bé­taillère!» s’ex­clame une cliente. Le dé­bat dé­marre avec son voi­sin de siège: «Les CFF in­ves­tissent des di­zaines de mil­lions de francs pour ga­ran­tir la liai­son vers la gare TGV. C’est un mal pour un mieux.» Ce mal du­re­ra in­évi­ta­ble­ment jus­qu’à la fin des va­cances.

De Ge­nève au Ju­ra, les pas­sa­gers des trains en voient de toutes les cou­leurs du­rant cette pé­riode in­édite de tra­vaux es­ti­vaux.

Yvain Ge­ne­vay

De­puis la se­maine der­nière, la ligne entre Lau­sanne et Pui­doux est fer­mée au tra­fic, obli­geant les voya­geurs à prendre un bus pour les gares des­ser­vies entre la ca­pi­tale vau­doise et Pa­lé­zieux.

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