Les chances de sur­vie d’un re­nard va­rient d’un can­ton à l’autre

Le Matin Dimanche - - SUISSE - DR

lien avec le re­nard qu’il a aper­çu la veille au soir. C’était donc ce­la! Le vo­leur de chaus­sures n’est pas un va­ga­bond, mais un gou­pil.

Ce jour-là, Jean-claude Bro­chel­laz fait d’autres dé­cou­vertes. Il re­marque, un peu plus loin, d’autres go­dasses tout au­tant mor­dillées. Et en­core d’autres, tou­jours un peu plus loin. Il suit cette piste, s’en­fonce dans la vigne et tombe sur la ta­nière du cha­par­deur. «Il y avait six trous. Cer­tai­ne­ment pour ac­cueillir une ni­chée.» À cô­té de l’abri, un mur sur le­quel une quin­zaine de sou­liers sont ali­gnés. Tous ont été mor­dillés.

La nou­velle se ré­pand dans le quar­tier. La fa­mille Bro­chel­laz a trou­vé le vo­leur et ré­cu­pé­ré les ob­jets dis­pa­rus. «Les ha­bi­tants se sont pré­sen­tés spon­ta­né­ment chez nous», ra­conte le vi­gne­ron. Les uns veulent re­trou­ver une paire. Les autres ap­portent d’autres chaus­sures, tou­jours mor­dillées, qu’ils ont trou­vées. L’écho mé­dia­tique, «Le Nou­vel­liste» a ra­con­té cette his­toire mer­cre­di der­nier, am­pli­fie le mou­ve­ment: de plus en plus de voi­sins rendent vi­site à la fa­mille Bro­chel­laz. Les po­li­tiques can­to­nales à l’égard du re­nard ne sont pas les mêmes par­tout en Suisse ro­mande. En Va­lais, ces ca­ni­dés ont in­té­rêt à ne pas se fa­mi­lia­ri­ser avec l’homme. «S’ils s’ap­prochent trop des ha­bi­ta­tions, nous les abat­tons», ex­plique Pe­ter Schei­bler. Le di­rec­teur du Ser­vice va­lai­san de la faune af­firme ne pas te­nir de sta­tis­tiques sur ces tirs de ré­gu­la­tion. «Mais ce­la ne re­pré­sente pas une grande quan­ti­té. Au maxi­mum 5 à 6 bêtes par an­née pour un garde-chasse.»

Le can­ton de Vaud a la gâ­chette plus fa­cile. L’an­née der­nière, il a au­to­ri­sé le tir de 158 re­nards. C’est moins qu’en 2016 (223) et beau­coup moins qu’il y a trois ans (628). «Compte te­nu de la dy­na­mique de l’es­pèce, une bête étant vite rem­pla­cée par une autre, et de l’ef­fi­ca­ci­té re­la­tive des tirs, nous avons chan­gé ra­di­ca­le­ment de politique. Dé­sor­mais, nous prio­ri­sons cha­cune de nos in­ter­ven­tions», com­mente Fré­dé­ric Hof­mann, qui trans­met ces chiffres. Le res­pon­sable can­to­nal de la sur­veillance de la faune tient à pré­ci­ser que les routes vau­doises tuent en­core plus de re­nards, soit 399 en 2017.

Le can­ton de Neu­châ­tel est plus to­lé­rant. Jean-laurent Pfund, chef du Ser­vice de la faune, pré­co­nise la co­ha­bi­ta­tion avec la po­pu­la­tion. Il dé­clare au­to­ri­ser le tir d’une ving­taine de re­nards par an­née pour des rai­sons sa­ni­taires: ces bêtes col­portent la gale ou l’échi­no­coc­cose, qui est trans­mis­sible à l’homme. Le can­ton de Ge­nève, qui a in­ter­dit la chasse sur son ter­ri­toire, est en­core plus ferme. Au­cun re­nard n’au­rait été abat­tu par un gar­de­chasse en 2017.

Pe­ter Schei­bler, di­rec­teur du Ser­vice va­lai­san de la faune, n’est pas sur­pris. Le re­nard est cha­par­deur, c’est connu. Les pa­rents volent les chaus­sures pour s’amu­ser ou pour les ap­por­ter à leurs pe­tits. D’autres gardes-chasse, ailleurs en Suisse ro­mande, confirment cette réa­li­té.

Se­lon ces spé­cia­listes, cette affaire de Ful­ly ré­vèle la fron­tière tou­jours plus mince entre l’homme et l’ani­mal sau­vage, sur­tout dans les zones se­mi-ur­baines où le mi­tage du ter­ri­toire est im­por­tant. Les re­nards vivent ain­si tou­jours plus près des ha­bi­ta­tions. Ils s’ha­bi­tuent à l’homme et n’ont plus peur. Cer­tains s’in­tro­duisent dans les mai­sons, pro­fi­tant de la cha­tière. Les ser­vices de la faune re­com­mandent aux ha­bi­tants de ne pas les nour­rir. Ils disent in­ter­ve­nir seule­ment si l’ani­mal est ma­lade ou s’il re­pré­sente un dan­ger (lire en­ca­dré). Jean-claude Bro­chel­laz n’a pas dé­non­cé le gou­pil de son quar­tier. Il ne tient pas à le faire. Au contraire. Il s’est pris d’af­fec­tion pour le vo­leur de chaus­sures.

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