Je sais que l’on se moque

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES - Tho­mas Lü­thi

Je n’ai pas be­soin d’étu­dier long­temps les feuilles de ré­sul­tats pour sa­voir que je tra­verse la crise la plus im­por­tante de ma car­rière spor­tive. Même si les ef­fets ne sont pas en­core ap­pa­rents, je tra­vaille comme un fou pour m’en sor­tir, en m’ap­puyant sur une équipe tech­nique qui donne tout.

Je ne me suis ja­mais voi­lé la face. J’as­sume mes res­pon­sa­bi­li­tés, mes dif­fi­cul­tés. Et je sais aus­si, même si j’es­saie de ne pas les écou­ter, que de plus en plus de gens sont dé­çus, se moquent gen­ti­ment de moi. Ce­la ne m’étonne pas: quand je ga­gnais en Mo­to2, que je mon­tais ré­gu­liè­re­ment sur les po­diums, j’étais ap­pro­ché par des fans qui m’as­su­raient qu’ils avaient tou­jours cru en moi; au­jourd’hui, ces mêmes voix disent: «On a tou­jours su qu’il n’y ar­ri­ve­rait pas…»

C’est exac­te­ment ce qui s’est pas­sé cette se­maine après l’éli­mi­na­tion de la Suisse à la Coupe du monde de foot­ball; après la dé­faite, il y a au­tant de ci­toyens qui au­raient fait mieux que le sé­lec­tion­neur dans un pays. En mo­to, même si les quan­ti­tés ne sont pas com­pa­rables, le phé­no­mène est exac­te­ment le même.

Mais at­ten­tion, on peut écou­ter… sans en­tendre, c’est ce que j’es­saie de faire en per­ma­nence. Mais ce n’est pas tou­jours ai­sé et il faut sa­voir que lors­qu’on roule à plus de 300 km/h sur un cir­cuit, la tête du pi­lote doit être à 100% concen­trée sur sa tâche, c’est là le pro­blème es­sen­tiel. Suis-je trop sen­sible? Je ne le crois pas, je dois juste faire le vide et m’ap­puyer sur des gens en qui j’ai en­tière confiance, comme mon ma­na­ger per­son­nel Da­niel-m. Epp.

En cette pé­riode agi­tée, il est l’un per­son­nage clé pour moi, puis­qu’il s’agit de pré­pa­rer l’ave­nir. Nos rap­ports vont au-de­là de ceux qui lient ha­bi­tuel­le­ment un spor­tif à son ma­na­ger. Il nous ar­rive de par­tir en va­cances en­semble et dans ces mo­ments, nous réus­sis­sons à ne pas par­ler de mo­to et de bu­si­ness. C’est tel­le­ment im­por­tant de se vi­der l’es­prit, pour ou­blier le stress conti­nu qui nous ac­com­pagne dans l’exer­cice de notre pro­fes­sion.

Nous pas­sons à peine le cap de la mi-sai­son. La courte pause es­ti­vale va me faire du bien et je suis tou­jours per­sua­dé qu’avec des ré­glages par­faits ma Hon­da RC213V peut al­ler très vite. Donc conti­nuons de tra­vailler!

Cette chro­nique est as­su­rée en al­ter­nance par Tha­bo Se­fo­lo­sha, Ni­no Nie­der­rei­ter, Fan­ny Smith, Tom Lü­thi et Yann Som­mer

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