Le sa­laire ho­raire des chauf­feurs in­té­ri­maires de l’été est te­nu se­cret

Le Matin Dimanche - - SUISSE - SÉBASTIEN JUBIN

Entre le Ju­ra et la France, plu­sieurs chauf­feurs de bus tem­po­raires ont été en­ga­gés par Car­pos­tal via une agence de pla­ce­ment. Ils sont ré­tri­bués sur une base ho­raire.

Sur la ligne CFF entre De­lé­mont (JU) et Delle (F), les tra­vaux es­ti­vaux per­turbent le tra­fic des voya­geurs. De­puis deux se­maines, l’ex­ré­gie fé­dé­rale conduit 27 chan­tiers d’un coût de 48 mil­lions de francs. Jus­qu’au 20 août, les liai­sons sont as­su­rées par des bus de rem­pla­ce­ment qui ral­longent le tra­jet de quinze à vingt mi­nutes. Une ving­taine de chauf­feurs in­té­ri­maires ont été en­ga­gés par Car- Pos­tal via une agence de pla­ce­ment. À quelles condi­tions sa­la­riales? Le se­cret est bien gar­dé.

Du jaune ca­na­ri au jaune fluo

De­nis*, chauf­feur aguer­ri de Car­pos­tal, té­moigne de la réa­li­té du ter­rain: «Ces 20 chauf­feurs en ren­fort viennent prin­ci­pa­le­ment de France. Ils bossent pour l’ar­gent. Com­bien sont-ils payés? Je di­rais entre 10 et 15% de moins que nous. Ils ne nous parlent pas. Deux mondes co­ha­bitent: nous avec nos che­mises jaune ca­na­ri et eux avec leurs gi­lets jaune fluo.» La di­rec­tion de Car­pos­tal, par la voix de Pierre-alain Per­ren, res­pon­sable de la ré­gion ouest, ex­plique que ces ser­vices de rem­pla­ce­ment de train re­quièrent 26 conduc­teurs par jour. «Nous avons en­ga­gé 20 in­té­ri­maires. Ce­la per­met d’évi­ter un cu­mul des heures sup­plé­men­taires pour nos col­la­bo­ra­teurs fixes et de ne pas po­ser d’in­ter­dic­tion de va­cances. Lors d’un exer­cice com­pa­rable il y a trois ans, nous avions li­mi­té le droit aux va­cances du­rant une pé­riode et ce­la avait for­te­ment dé­plu.»

Re­cru­tés par Man­po­wer

Se­lon les in­for­ma­tions du «Ma­tin Di­manche», confir­mées par Car­pos­tal, le re­cru­te­ment des in­té­ri­maires a été confié à Man­po­wer. «Le mar­ché suisse n’offre pas suf­fi­sam­ment de chauf­feurs de bus, en par­ti­cu­lier cet été qui connaît de nom­breux rem­pla­ce­ments de train (De­lé­mont-delle, Lau­sanne-pui­doux). Cer­tains conduc­teurs viennent donc de loin, de Pa­ris ou de Lyon.» Ces chauf­feurs sont ré­mu­né­rés sur une base ho­raire que ni Car­pos­tal ni Man­po­wer ne com­mu­niquent. «Ce­la n’est pas pu­blic, mais cette base est dé­fi­nie d’après la grille de sa­laires de Car­pos­tal. Elle tient compte de l’âge et de l’ex­pé­rience. Elle a été contrô­lée par le Ser­vice des arts et mé­tiers et du tra­vail du can­ton du Ju­ra pour évi­ter tout dum­ping sa­la­rial.» Nous n’ob­tien­drons pas plus de pré­ci­sions au­près de l’agence de pla­ce­ment. Son porte-pa­role Ro­main Ho­fer n’est pas pro­lixe: «Le sa­laire ho­raire res­pecte la CCT et se si­tue au-des­sus des mi­ni­maux.» Il évoque sur­tout un re­cru­te­ment com­plexe. «Nous avons eu deux mois pour ac­ti­ver notre ré­seau fran­co­suisse pour dé­bus­quer ces chauf­feurs. Ils de­vaient dé­te­nir le per­mis de chauf­feur de car et avoir l’au­to­ri­sa­tion de vé­hi­cu­ler des per­sonnes en Suisse. Ils ont eu droit à une vi­site C’est le nombre de chauf­feurs tem­po­raires en­ga­gés du­rant la pé­riode des tra­vaux. La plu­part sont Fran­çais. mé­di­cale va­li­dée par l’of­fice ju­ras­sien des vé­hi­cules. Nous avons aus­si me­né des en­tre­tiens pour me­su­rer leur sa­voir-être.»

Que pensent les chauf­feurs de l’été de leur trai­te­ment en Suisse? Ma­lik* est Fran­çais. Il sillonne les routes ju­ras­siennes de­puis deux se­maines. Se­lon le tour­nus mis en place avec ses ho­mo­logues, il ter­mine par­fois à 2 h ou com­mence à 4 h du ma­tin. «Ce tra­jet est long et en­nuyeux. Les pay­sages ne sont même pas beaux.» Et on vous paie bien? Il lâche un pe­tit ouais. «Heu­reu­se­ment qu’en Suisse il y a une con­ven­tion col­lec­tive de tra­vail qui pro­tège aus­si les chauf­feurs étran­gers. De toute fa­çon, ce­la ne peut pas être pire qu’en France», sou­pire-t-il alors que nous tra­ver­sons les longs tun­nels de l’au­to­route Trans­ju­rane.

Pour­tant la di­rec­tion de Car­pos­tal dé­clare avoir mis les bou­chées doubles pour les in­té­ri­maires. «En sus du sa­laire ho­raire, tous les conduc­teurs touchent des in­dem­ni­tés pour le tra­vail du soir, de nuit ou du di­manche. Par ailleurs, ex­cep­tion­nel­le­ment, ils re­çoivent chaque jour une lunch box (sand­wich et bois­son). Nous avons aus­si né­go­cié un droit d’ac­cès gra­tuit aux pis­cines de De­lé­mont et de Por­ren­truy», vante en­core Pierre-alain Per­ren. Tous les chauf­feurs in­té­ri­maires fran­çais sont lo­gés dans un hô­tel brun­tru­tain moyen de gamme. Plus de 500 nui­tées ont été ré­ser­vées jus­qu’au 20 août. Les col­lègues suisses ra­content que, chaque soir, la plu­part d’entre eux achètent un snack à la sta­tion-ser­vice et s’en­ferment dans leur chambre avant de re­prendre, ca­hin-ca­ha, le ser­vice du len­de­main.

* Pré­noms d’em­prunt

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