Des mé­ca­nos se­raient-ils dal­to­niens?

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Le nombre de si­gnaux igno­rés at­teint des va­leurs re­cords. Les syn­di­cats cri­tiquent la for­ma­tion.

Un peu en re­tard, le mé­ca­no de l’om­ni­bus avait lan­cé sa ma­chine. «Il m’a sem­blé que le si­gnal de dé­part était pas­sé au vert», avait-il dé­cla­ré à la po­lice. Vingt-huit se­condes plus tard, un Re­gioex­press ar­ri­vait en face et, mal­gré le frei­nage d’ur­gence, c’était la col­li­sion. C’était il y a cinq ans à Granges-mar­nand (VD). Bi­lan: un mort, le mé­ca­no du Re­gio, et 26 bles­sés. Comme il a pu fuir dans le wa­gon der­rière la lo­co­mo­tive, le fau­tif s’en est ti­ré (condam­né avec sur­sis, il tra­vaille dé­sor­mais comme in­for­ma­ti­cien). Suite à cette col­li­sion, les CFF ont mis en ser­vice une app aver­tis­sant que le si­gnal est à l’ar­rêt et ont ren­for­cé la sé­cu­ri­té dans cer­taines gares.

Pour­tant, se­lon un rap­port de l’of­fice fédéral des trans­ports (OFT), de nom­breux si­gnaux au rouge conti­nuent à être fran­chis. Ré­per­to­riés de­puis 2010 comme «com­por­te­ments er­ro­nés» aux si­gnaux, on en comp­tait alors 232 contre un nombre re­cord de 325 en 2017, une aug­men­ta­tion de 40%. La plu­part du temps, ces si­gnaux sont igno­rés dans les gares de triage.

Se­lon le syn­di­cat des mé­ca­ni­ciens de lo­co­mo­tives, le pro­blème prend «des pro­por­tions in­quié­tantes». Les nou­veaux sont trop peu for­més, ex­plique la der­nière édi­tion du jour­nal syn­di­cal. «Nous exi­geons que les res­pon­sables en­fin la du­rée de la for­ma­tion afin que nos jeunes col­lègues puissent ac­qué­rir as­sez d’ex­pé­rience avant de cir­cu­ler seuls.»

De­puis 2010, on re­cense 75 bles­sés lé­gers et 15 graves dus à des com­por­te­ments er­ro­nés aux si­gnaux. Les dom­mages sont énormes (10 mil­lions de francs à Granges-mar­nand, 13 mil­lions à Rafz/zh où le conduc­teur est par­ti mal­gré «un si­gnal in­di­quant l’ar­rêt», se­lon le rap­port fi­nal).

De­puis les an­nées 1930, un sys­tème de sé­cu­ri­té existe qui freine le train pas­sant un si­gnal au rouge. Ce dis­po­si­tif a été com­plé­té dans les an­nées 1990 par une sur­veillance des trains plus mo­derne, mais les temps de frei­nage sont plus longs. En ef­fet, les com­po­si­tions ac­cé­lèrent tou­jours plus vite et at­teignent des vi­tesses de pointe plus éle­vées. Mal­gré l’in­tro­duc­tion du sys­tème eu­ro­péen ETCS (Eu­ro­pean Train Con­trol Sys­tem) presque par­tout en 2018, les er­reurs hu­maines n’ont pas di­mi­nué. On compte 87 er­reurs aux si­gnaux au pre­mier tri­mestre de cette an­née. À ce rythme, le re­cord 2017 se­ra dé­pas­sé.

L’OFT sou­ligne que les in­ci­dents en tra­fic pas­sa­ger sont constants, «mal­gré un tra­fic qui aug­mente chaque an­née». Le porte-pa­role des CFF Gre­gor Sa­la­din ré­fute l’ar­gu­ment de la for­ma­tion au ra­bais. Les jeunes ont des cours pra­tiques et théo­riques, et passent un exa­men d’ap­ti­tude. «Ain­si, il est ga­ran­ti que seules des per­sonnes ca­pables d’as­su­rer de fa­çon au­to­nome les pres­ta­tions at­ten­dues dans la pra­tique re­çoivent un per­mis de conduire.» RO­LAND GAMP

ET NAD­JA PASTEGA

Phi­lippe Mae­der

Une col­li­sion entre deux trains à Granges-mar­nand (VD) avait fait un mort et plu­sieurs bles­sés en juillet 2013.

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