Slo­bo­dan Des­pot, écri­vain et es­sayiste

Le Matin Dimanche - - SUISSE - Quatre ques­tions

«C’est pa­ra­doxa­le­ment en re­ven­di­quant la mul­ti-iden­ti­té que l’on fait le lit des na­tio­na­lismes»

Je ne crois pas qu’il faille en­trer dans le jeu de la hié­rar­chi­sa­tion des stig­ma­ti­sa­tions. C’est plus dur pour un joueur en Eu­rope d’être noir, mu­sul­man? Noir et mu­sul­man? Le cri­tère de la re­li­gion peut jouer un rôle, mais ce n’est pas ce point que je sou­li­gne­rais.

Bien sûr. Il y a une exal­ta­tion du na­tio­na­lisme plus ou moins forte se­lon les époques, et nous sommes dans un temps dif­fi­cile. Pre­nez le cas de Sal­vi­ni, en Ita­lie. C’est d’abord un fan dur, in­con­di­tion­nel, en l’oc­cur­rence de L’AC Mi­lan. Son com­por­te­ment dans le stade se re­trouve dans sa vi­sion po­li­tique: ex­clu­sive et agres­sive. Le lien entre po­li­tique et sport existe de­puis tou­jours, et ra­re­ment pour le meilleur. Oui, ab­so­lu­ment. Si son coeur penche ailleurs, il a tou­jours la res­source de choi­sir de jouer pour l’autre pays. Nombre de foot­bal­leurs for­més ici sont al­lés jouer pour d’autres équipes, comme Ivan Ra­ki­tic, ali­gné par les Croates. Bien sûr qu’il y a des «iden­ti­tés mul­tiples», mais ce n’est pas le lieu de les re­ven­di­quer. Le sport est fait d’iden­ti­tés simples. C’est pré­ci­sé­ment en y in­té­grant d’autres dra­peaux que com­mencent les dif­fi­cul­tés. Si les joueurs de la Na­ti n’avaient pas mi­mé des aigles après leurs buts, si Özil n’était pas al­lé po­ser avec un chef d’état étran­ger, ces cas n’au­raient pas été un su­jet. C’est pa­ra­doxa­le­ment en re­ven­di­quant la mul­ti-iden­ti­té que l’on fait le lit des na­tio­na­lismes. Sans comp­ter, dans le cas suisse, une «ému­la­tion com­mu­nau­taire»: c’est parce qu’ils sont nom­breux à avoir des ra­cines au Ko­so­vo qu’ils se per­mettent ces gestes. De fa­çon gé­né­rale, im­po­ser une dis­ci­pline ci­vique ou po­li­tique aux joueurs de­vient un thème dans de nom­breux pays. Un joueur bi­na­tio­nal doit-il ou­blier son autre na­tio­na­li­té lors­qu’il dé­fend les cou­leurs d’un pays?

La dé­faite a-t-elle un rôle par­ti­cu­lier dans l’ap­pré­cia­tion des joueurs bi­na­tio­naux?

En Eu­rope, où la di­men­sion re­li­gieuse s’in­vite sou­vent dans ce dé­bat: les joueurs d’ori­gine mu­sul­mane ont-ils en­core plus à prou­ver leur in­té­gra­tion?

Ces his­toires disent-elles quelque chose de la mon­tée des na­tio­na­lismes en Eu­rope?

Cer­tai­ne­ment. Si les Suisses avaient fi­ni par perdre contre la Ser­bie, je ne suis pas sûr que les conseillers fé­dé­raux au­raient eu

Pa­trick Mar­tin

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