Plus fa­rouche que l’al­pine, la mar­motte du Ju­ra se mul­ti­plie

Le Matin Dimanche - - SUISSE - FRÉ­DÉ­RIC RAVUSSIN

C’est bien à l’homme que l’on doit la pré­sence de ce mam­mi­fère dans une ré­gion com­prise entre le Chas­se­ral, dans le Ju­ra ber­nois, et le som­met du Noir­mont (VD).

Ani­mal al­pin par dé­fi­ni­tion, la mar­motte pro­li­fère en Suisse. Dans le can­ton de Vaud, cer­taines d’entre elles sont même consi­dé­rées comme des stars: la co­lo­nie des­ro­chers-de-naye, au-des­sus de Mon­treux, ai­mante l’ob­jec­tif des tou­ristes pho­to­graphes et éclipse même tous les autres lieux d’ob­ser­va­tion. Au point de fo­ca­li­ser l’im­mense ma­jo­ri­té des ré­ponses quand on de­mande où il est pos­sible d’ob­ser­ver ce sym­pa­thique ron­geur. Dès lors, af­fir­mer qu’il est pos­sible d’en voir s’égayer dans des pâ­tu­rages ju­ras­siens sus­cite sou­vent une ré­ac­tion d’in­cré­du­li­té. Pour­tant, Mar­mo­ta mar­mo­ta, son nom scien­ti­fique, semble dé­sor­mais se plaire dans l’autre chaîne mon­ta­gneuse du pays: de­puis quelques an­nées, les ter­riers s’y sont mul­ti­pliés (lire en­ca­dré).

Du Chas­se­ral au som­met du Noir­mont

Tor­dons tout de suite le cou aux se­crets es­poirs d’une mi­gra­tion na­tu­relle à tra­vers le Pla­teau, c’est bien à l’homme que l’on doit la pré­sence de ce «pe­tit» mam­mi­fère (cer­tains in­di­vi­dus ac­cusent tout de même 7 ki­los sur la ba­lance) dans une ré­gion com­prise gros­so mo­do entre le Chas­se­ral, dans le Ju­ra ber­nois, et le som­met du Noir­mont, si­tué dans le can­ton de Vaud. Une ré­in­tro­duc­tion plu­tôt qu’une in­tro­duc­tion, puisque cet ani­mal, qui hi­berne six mois par an, oc­cu­pait tout le ter­ri­toire avant la der­nière gla­cia­tion.

Leur com­por­te­ment pour­rait lais­ser pen­ser, à tort, qu’il s’agit de deux es­pèces dif­fé­rentes. Dans les Alpes, il n’est pas rare de les voir ap­pro­cher les pique-ni­queurs dans l’es­poir de leur bar­bo­ter quelques sub­sis­tances. Dans le Ju­ra, elles sont net­te­ment plus fa­rouches et ne se laissent pas fa­ci­le­ment ap­pro­cher à moins de 20 mètres, comme on en a fait l’ex­pé­rience, jeu­di après-mi­di, der­rière le Chas­se­ron, au mi­lieu de la pente ver­doyant des Roches Ébou­lées.

Reste que les mar­mottes sont là et plu­tôt bien là. «L’autre jour, j’ai dé­cou­vert des trous (ndlr: com­prendre des en­trées de ter­rier) du cô­té de La Mer­la. L’an­née der­nière, il n’y en avait pas», té­moigne un ran­don­neur, ha­bi­tué des lieux. Les mar­mottes ju­ras­siennes se portent vi­si­ble­ment bien, conqué­rant de nou­veaux ter­ri­toires, même si les don­nées manquent pour s’en as­su­rer scien­ti­fi­que­ment. «Elle ne fi­gure pas sur la liste rouge des ani­maux me­na­cés, nous n’avons donc pas de réel sui­vi pour cette es­pèce qui n’est pas chas­sable chez nous, contrai­re­ment à la lé­gis­la­tion en vi­gueur en Va­lais et dans les Gri­sons, no­tam­ment», sou­ligne De­nis Rych­ner, porte-pa­role de la Di­rec­tion gé­né­rale de l’en­vi­ron­ne­ment du can­ton de Vaud. Sur­veillant de la faune de la ré­gion Nyon-la Côte, Do­mi­nique Mo­rel sou­ligne de son cô­té que la dé­cou­verte de nou­veaux ter­riers n’im­plique pas for­cé­ment une ex­pan­sion de l’es­pèce, mais peut-être tout sim­ple­ment un dé­pla­ce­ment.

Guides et pro­me­neurs as­surent au contraire qu’ils en croisent plus sou­vent qu’avant et dans plus d’en­droits. Pour leur plus grand plai­sir. Ac­com­pa­gna­trice en mon­tagne, Thaïs Cor­naz leur consacre même de­puis quelques an­nées une ba­lade spé­ci­fique, à la de­mande de l’of­fice du tou­risme ré­gio­nal. Son ex­cur­sion (la pro­chaine au­ra lieu le 11 août) part der­rière Sainte-croix, entre le cha­let du Sollier et le site des Pierres Ébou­lées, puis contourne le Chas­se­ron. «Je suis qua­si cer­taine d’en voir à chaque fois.» Jeu­di, à ses cô­tés, il n’a fal­lu que quelques mi­nutes pour que l’une d’elles se pré­sente dans son at­ti­tude ca­rac­té­ris­tique, dres­sée sur ses pattes ar­rière, à un en­droit où on ne l’at­ten­dait pas for­cé­ment.

Mais plus loin, là où une co­lo­nie est confor­ta­ble­ment ins­tal­lée, il a fal­lu faire preuve de pa­tience pour aper­ce­voir la pe­tite boule de poils bruns se do­rer au som­met d’un de ces énormes blocs de cal­caire po­sés au mi­lieu d’un pâ­tu­rage aus­si ver­doyant que pen­tu. «On est un peu tard et il fait vrai­ment chaud au­jourd’hui», concède la guide. Sous le ro­cher, comme dans toute cette pente her­beuse, le nombre de trous at­teste de la vi­ta­li­té des bes­tioles qui, en l’oc­cur­rence, pré­fé­raient ron­fler au frais plu­tôt que de ba­ti­fo­ler et lan­cer leur sif­fle­ment stri­dent d’alerte vers l’azur.

Au fi­nal, la ti­mi­di­té de la mar­motte a ren­du la ren­contre de jeu­di plus belle en­core. Un peu comme si ce ron­geur – le deuxième plus gros d’eu­rope après le cas­tor – n’avait pas vou­lu trop se dé­voi­ler, his­toire de sus­ci­ter chez le ran­don­neur le sen­ti­ment d’avoir vé­cu un mo­ment pri­vi­lé­gié et l’en­vie de re­ve­nir pour y goû­ter à nou­veau.

Do­mi­nic Favre

Alors qu’elles avaient dis­pa­ru du mas­sif du Ju­ra après la der­nière pé­riode gla­ciaire, les mar­mottes sont de re­tour.

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