Ai­der la presse: estce pos­sible?

Le monde po­li­tique hé­site: com­ment ve­nir en aide à la presse écrite qui perd ses re­cettes tra­di­tion­nelles? Une so­lu­tion tran­si­toire existe.

Le Matin Dimanche - - ECONOMIE - Pierre Veya Chef de la ru­brique Éco­no­mie

Com­ment ai­der la presse écrite, en par­ti­cu­lier les quo­ti­diens? Jus­qu’à pré­sent, le sou­tien de la Con­fé­dé­ra­tion est très li­mi­té; 30 mil­lions de francs ac­cor­dés par La Poste sous forme de ra­bais sur les ta­rifs pos­taux pour les titres dif­fu­sés à moins de 40 000 exem­plaires. Dans une prise de po­si­tion, les édi­teurs ro­mands (Me­dias Suisses) sou­haitent que cette aide in­di­recte soit ren­for­cée. Car tout in­dique que les frais de dis­tri­bu­tion et d’im­pres­sion de­viennent de plus en plus lourds et mettent en dan­ger l’exis­tence de pu­bli­ca­tions cen­te­naires. Glo­ba­le­ment, ces frais re­pré­sentent entre 30 et 40% des coûts de pro­duc­tion des jour­naux; la dis­tri­bu­tion, à elle seule, comp­tant pour 15 à 20% de charges dites in­com­pres­sibles. Agir sur ces dé­penses per­met­trait d’ai­der les édi­teurs, sans in­fluen­cer le conte­nu.

En soi, l’aide in­di­recte à la presse n’a ja­mais été contes­tée. La ques­tion qui se pose au­jourd’hui est de sa­voir s’il faut l’étendre au mo­ment où les ra­dios et les TV pri­vées tou­che­ront une part plus sub­stan­tielle de la re­de­vance ac­cor­dée à la SSR. His­toire de sou­la­ger la presse écrite qui tra­verse une crise struc­tu­relle (chute des re­ve­nus pu­bli­ci­taires et des abon­ne­ments) qui s’ag­grave mal­gré la pro­gres­sion des au­diences sur In­ter­net. Mais peut-on oc­troyer des sub­ven­tions à des groupes qui de­meurent ren­tables? La ques­tion est sen­sible. Y consen­tir re­vient à ad­mettre qu’une par­tie du ser­vice pu­blic, dans le do­maine de l’in­for­ma­tion, peut être confiée au sec­teur pri­vé. Est-ce si ex­tra­va­gant? L’as­su­rance-ma­la­die obli­ga­toire ne pré­voit-elle pas que les cli­niques pri­vées peuvent ac­cé­der aux rem­bour­se­ments des soins pré­vus par la LAMAL?

Du point de vue comp­table, l’aide in­di­recte de­vrait se li­mi­ter à cou­vrir les frais à prix coû­tant, au­tre­ment dit sans bé­né­fice. Une ex­ten­sion de l’aide à tous les titres, in­dé­pen­dam­ment de leur ti­rage, exi­ge­rait que les édi­teurs ac­ceptent cer­tains cri­tères pré­cis et s’en­gagent à ne pas ré­duire leurs ef­forts ré­dac­tion­nels en ma­tière d’in­for­ma­tions lo­cales, na­tio­nales ou cultu­relles que la col­lec­ti­vi­té juge es­sen­tielles à l’exer­cice de la dé­mo­cra­tie. Ac­ti­vi­tés au­tre­fois fi­nan­cées par la pu­bli­ci­té mais qui peinent au­jourd’hui à trou­ver un fi­nan­ce­ment com­mer­cial. Les titres ro­mands y sont fa­vo­rables. En Suisse alé­ma­nique, le dé­bat est moins avan­cé; la «crise des mé­dias» étant plus ré­cente.

Lo­gi­que­ment, ces ques­tions au­raient dû faire par­tie de la nou­velle loi sur les mé­dias élec­tro­niques, cen­sée en­trer en vi­gueur en 2021. Or, elles ne sont pas ins­crites dans le pro­jet de loi mis en consul­ta­tion par les ser­vices de Do­ris Leu­thard. On pour­rait ima­gi­ner une aide in­di­recte condi­tion­nelle et tran­si­toire, fi­nan­cée par le bud­get fédéral ou une taxe sur les échanges nu­mé­riques, comme l’en­vi­sagent la France ou l’al­le­magne.

Si l’on ad­met que la presse in­dé­pen­dante est un «bien com­mun», son éco­sys­tème éco­no­mique mé­rite d’être étu­dié avant que le mar­ché n’im­pose une sé­lec­tion na­tu­relle sans égards aux en­jeux dé­mo­cra­tiques.

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