«La vie est aus­si rare et im­pro­bable que de ga­gner à la lo­te­rie»

Le Matin Dimanche - - ACTEURS -

JIM AL-KHA­LI­LI

Phy­si­cien ira­ko-bri­tan­nique et pro­duc­teur d’émis­sions scien­ti­fiques

Pour­rions-nous être réel­le­ment seuls dans l’es­pace?

Il peut exis­ter des mil­liards de mil­liards de pla­nètes dans l’uni­vers, sem­blables à la Terre et pré­sen­tant des condi­tions pro­pices à la vie, rien ne dit que cette der­nière y existe. Au vu des der­nières connais­sances scien­ti­fiques, il s’avère que la vie est rare, voire im­pro­bable. Dès lors, la com­mu­nau­té scien­ti­fique n’ex­clut pas que ce­la ne se soit pro­duit qu’une seule fois, comme de ga­gner à la lo­te­rie. L’exis­tence de la vie re­lève d’une lo­te­rie.

Si nous sommes uniques, si, comme le dé­montre votre livre, la sur­ve­nance de la vie sur Terre n’a pas en­core d’ex­pli­ca­tion scien­ti­fique, est-ce à dire que nous re­ve­nons à la Bible: «Et Dieu créa la Terre et l’homme à son image»?

Je ne le pense pas. Les hom­terre, mes ont long­temps at­tri­bué à une en­ti­té nom­mée Dieu les phé­no­mènes qu’ils ne s’ex­pli­quaient pas. Au­jourd’hui, la science per­met une ap­proche beau­coup plus ra­tion­nelle de ces phé­no­mènes in­ex­pli­qués, en ar­ti­cu­lant des théo­ries, en cher­chant à les va­li­der. Je suis, en re­vanche, ra­vi qu’on ne sache pas en­core exac­te­ment com­ment sur­git la vie, ici ou ailleurs. Le monde se­rait très en­nuyeux s’il n’y avait pas en­core des choses à dé­cou­vrir.

N’est-ce pas une fa­çon de nous dire que l’es­pèce hu­maine n’a qu’une pla­nète et qu’il faut en prendre soin?

Il n’y a rien d’idéo­lo­gique dans cet état des lieux concer­nant la ra­re­té d’une vie com­plexe et in­tel­li­gente dans l’uni­vers. Les cher­cheurs n’ex­cluent rien. Mais oui! Si ce­la peut convaincre nos di­ri­geants à prendre conscience de tout ce qu’il faut pour que la vie non seule­ment existe dans l’uni­vers, mais sur­tout per­dure, sur­vive, qu’elle est pré­cieuse et à quel point il n’est pas évident de trans­por­ter notre es­pèce sur une Terre bis, de comp­ter sur un plan B, j’en se­rais le pre­mier heu­reux. Même l’idée que nous évo­lue­rons sous forme d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle doit nous po­ser la ques­tion du com­ment, avec quelles va­leurs et quelle conscience.

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