Sa­gesse

Je vous pro­pose pour l’été de lais­ser de cô­té les pro­blèmes quo­ti­diens abor­dés dans vos mails pour évo­quer des tra­di­tions, spi­ri­tua­li­tés, «sa­gesses» qui nous sont moins connues. Au­jourd’hui: la sa­gesse des In­diens na­va­jos.

Le Matin Dimanche - - PSYCHOLOGIE - Par Ro­sette Po­let­ti

Les In­diens na­va­jos font par­tie de ce qu’on nomme «peuples ra­cines» ou «peuples pre­miers». Ils ont long­temps été per­sé­cu­tés par leurs en­va­his­seurs avant de re­ve­nir sur leurs terres et de pou­voir s’or­ga­ni­ser à nou­veau avec le sou­tien du Bu­reau des af­faires in­diennes, du gou­ver­ne­ment fédéral des États-unis ou de l’état dans le­quel ils vivent. Au­jourd’hui, de nom­breux Na­va­jos sont confron­tés à l’al­cool et au chô­mage, ils ont su­bi cinq siècles de dé­cul­tu­ra­tion for­cée. Mal­gré tout ce­la, lors­qu’on prend la peine de vivre avec eux, de s’in­té­res­ser à leur culture, qu’on est ad­mis au sein de leurs rites, alors, on dé­couvre l’ex­tra­or­di­naire ri­chesse de leur culture, leur im­mense sa­gesse.

C’est ce qu’a pu faire et vivre Lo­ren­za Gar­cia, plas­ti­cienne et chan­teuse, qui a été adop­tée par une fa­mille de la com­mu­nau­té na­va­jos et au­to­ri­sée par les «hommes-mé­de­cine» à re­pré­sen­ter leur culture en France. Elle en­seigne les chants na­va­jos, la pein­ture de sable tra­di­tion­nelle et la phi­lo­so­phie ou sa­gesse «Hoz­ho».

Les bases de cette sa­gesse

«Hoz­ho», c’est un mot qui dé­signe un cercle sym­bo­lique à l’in­té­rieur du­quel se trouvent 9 ca­rac­té­ris­tiques: la beau­té, la joie, la com­pas­sion, la pros­pé­ri­té, l’amour, la conscience, la san­té, l’har­mo­nie et l’hu­mour. «Hoz­ho», c’est la rai­son pour la­quelle les hu­mains sont sur Terre. Tant que l’être hu­main est en lien avec ce­la, il peut être une voie de pas­sage har­mo­nieuse entre le Ciel­père et la Mère-terre, en lien avec ce que la na­ture lui a don­né.

Ce qui semble très beau dans cette sa­gesse, c’est qu’on ne juge pas, on in­tègre. Si un pro­blème (phy­sique, psy­chique, spi­ri­tuel) sur­git, on tente de re­créer l’uni­té qui a été en­dom­ma­gée. S’il y a des actes ou des as­pects émo­tion­nels qui ne sont pas fi­dèles à «Hoz­ho», ce­lui qui les vit de­vient son propre en­ne­mi, et l’ur­gence c’est qu’il re­trouve la paix avec lui-même. «Hoz­ho» ne com­prend que des as­pects po­si­tifs. Un acte né­ga­tif in­dique une rup­ture d’har­mo­nie de la com­mu­nau­té, qu’il fau­dra «gué­rir».

Lo­ren­za Gar­cia ra­conte une si­tua­tion vé­cue chez les Na­va­jos: un jeune avait été em­pri­son­né pour conduite en état d’ébrié­té. À son re­tour, sa fa­mille or­ga­ni­sa une cé­ré­mo­nie avec un «homme-mé­de­cine» pour que le jeune homme puisse res­tau­rer «Hoz­ho» en lui. L’homme-mé­de­cine lui de­man­da: «Ra­conte-moi la pri­son, je n’y suis ja­mais al­lé.» Tous étaient heu­reux de l’ac­cueillir, sans au­cune forme de culpa­bi­li­sa­tion. L’idée n’est pas de ju­ger, mais de ré­pa­rer.

Lo­ren­za Gar­cia parle de son éton­ne­ment en pre­nant conscience que chez les Na­va­jos, la per­sonne qui ne se sent pas bien, n’est pas per­çue fau­tive ou ayant un pro­blème, c’est la com­mu­nau­té qui doit se re­mettre en ordre pour l’in­té­grer.

Les cé­ré­mo­nies na­va­jos ont lieu dans un ho­gan, lieu sa­cré de forme oc­to­go­nale où sont chan­tés des chants sa­crés, trans­mis de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. C’est à tra­vers ces chants et leurs vi­bra­tions que s’opère un «net­toyage» et se re­crée une har­mo­nie in­té­rieure, un re­tour au «hoz­ho», la voie de la beau­té.

Leur vi­sion de la mort et de la vie

«Pour eux, la mort est juste un chan­ge­ment de monde, et même si nous sommes dans ce monde, vi­vant là au­jourd’hui, nous ne sommes pas sé­pa­rés de la mort, parce que nous ap­par­te­nons à la vi­bra­tion uni­ver­selle du tout. Pas­ser de l’un à l’autre n’est qu’un cycle, un re­cy­clage. Et quand nous se­rons dans l’autre monde, nous ne se­rons pas sé­pa­rés de la vie.» (Fre­de­ri­ka Van In­gen)

Les Na­va­jos qui cultivent «Hoz­ho» cherchent à com­po­ser har­mo­nieu­se­ment avec ce que la vie leur offre. Com­po­ser har­mo­nieu­se­ment, ce­la ne veut pas dire être pas­sif ou se ré­si­gner, ce peuple sait aus­si se battre lors­qu’il s’agit de pré­ser­ver la vie.

Les Na­va­jos ont conscience du ca­rac­tère sa­cré de la vie; être vi­vant, c’est un souffle. Chaque jour est un souffle. Il est es­sen­tiel de re­mer­cier chaque jour lors­qu’on se lève. Rien ne nous est dû, on doit tout à la vie. Ce qui compte, c’est l’ins­tant pré­sent, bien vé­cu.

Quelques idées clés

Le fu­tur est un «stock de pos­sibles», l’homme peut in­fluen­cer ces pos­sibles, non pas en pro­je­tant ce qu’il vou­drait voir ad­ve­nir, mais en en­tre­te­nant «Hoz­ho».

Le chant sa­cré na­va­jo est une vi­bra­tion qui re­lie le monde vi­sible et le monde in­vi­sible. Il per­met de se connec­ter à plus grand que soi.

Réa­li­ser des pein­tures de sable éphé­mères na­va­jos confronte à tous les blo­cages, hé­si­ta­tions, li­mi­ta­tions que nous ren­con­trons dans nos vies, puis les dis­sout comme par en­chan­te­ment. (Fre­de­ri­ka Van In­gen)

«Main­te­nir Hoz­ho est un tra­vail de Pe­tit Pou­cet, jour après jour, mi­nute après mi­nute… c’est une vi­bra­tion que l’on émet vers l’uni­vers et que la vie ren­voie!» (Lo­ren­za Gar­cia)

Nous avons tel­le­ment à ap­prendre de ces sa­gesses, entre autres: le non­ju­ge­ment de l’autre et de soi; la pré­sence à l’ins­tant; la re­cherche d’har­mo­nie; la res­pon­sa­bi­li­té de la com­mu­nau­té en­vers les in­di­vi­dus; la ca­pa­ci­té de vivre dans la gra­ti­tude; l’ab­sence de peur face à la mort; la pri­mau­té de l’être sur l’avoir.

À cha­cun de vous, amis lec­teurs, je sou­haite une très belle se­maine res­sour­çante.

À LIRE «Sa­gesses d’ailleurs pour vivre au­jourd’hui», Fre­de­ri­ka von In­gen, J’ai Lu. «Le livre des In­diens na­va­jos», Paul G. Zol­brod, Éd. du Ro­cher.

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