Les cures de pol­len ré­col­té par les abeilles font flo­rès

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - MAR­TINE BROCARD

Po­pu­la­ri­sé par des people telles Vic­to­ria Beck­ham et Kourt­ney Kar­da­shian, le pol­len d’abeilles fait par­ler de lui. Éner­gi­sants, riches en pro­téines et sus­cep­tibles de do­per le sys­tème im­mu­ni­taire, ces gra­nules do­rés semblent convaincre ins­tan­ta­né­ment ceux qui y goûtent. Mais les pro­fes­sion­nels sont plus ré­ser­vés.

Toast avo­cat-pol­len, glace au pol­len, thé au pol­len, smoo­thie kom­bu­cha-pol­len, masque hy­dra­tant fraise-pol­len… au­cun doute, le ré­seau so­cial Pin­te­rest n’a pas échap­pé à l’en­goue­ment pour le pol­len d’abeilles. De son cô­té, le ma­ga­zine fran­çais «Femme ac­tuelle» l’a pla­cé en tête de ses dix «ten­dances food» 2018.

Et pour cause, le fruit du tra­vail des bu­ti­neuses s’est his­sé ces der­nières an­nées au rang de «su­per-ali­ment», no­tam­ment pour sa ri­chesse en pro­téines, en acides ami­nés et en fer­ments lac­tiques. En outre, ces pe­tites billes do­rées ont un po­ten­tiel dé­co­ra­tif et pho­to­gé­nique non né­gli­geable pour car­ton­ner sur les ré­seaux so­ciaux. Des stars les ont adop­tées, comme l’ex-spice Girl Vic­to­ria Beck­ham, qui dé­cla­rait sur sa page Twit­ter être «to­ta­le­ment ob­sé­dée» par le pol­len «si bon pour la san­té», tan­dis que la ve­dette de té­lé­réa­li­té amé­ri­caine Kourt­ney Kar­da­shian dit en sau­pou­drer tous les ma­tins son smoo­thie du pe­tit-dé­jeu­ner.

Plus près d’ici, les per­sonnes qui y goûtent semblent ins­tan­ta­né­ment convain­cues. «J’en prends de­puis deux ans, et ce­la a boos­té mon sys­tème im­mu­ni­taire. Je n’ai plus de pro­blème d’al­ler­gies, plus un pi­co­te­ment, s’en­thou­siasme Vé­ro­nique Ros­set, fon­da­trice de l’épi­ce­rie Tour­ne­sol, à Rolle (VD), qui pri­vi­lé­gie les produits na­tu­rels et bio. Les clients qui l’ont tes­té, même ceux qui n’étaient pas convain­cus par les thé­ra­pies al­ter­na­tives, réa­lisent qu’ils sont de­ve­nus une autre per­sonne, qu’ils se sentent plus forts éner­gé­ti­que­ment et qu’ils n’at­trapent plus la grippe.»

À cha­cun son pol­len

L’api­cul­trice Syl­via Favre, qui ré­colte du pol­len de­puis huit ans, a elle aus­si consta­té que son al­ler­gie aux aca­riens a for­te­ment di­mi­nué de­puis qu’elle en consomme. «Des fois j’ou­blie d’en prendre pen­dant quelques se­maines et je sens que ce­la re­prend», dit-elle. Quant à la na­tu­ro­pathe et api­thé­ra­peute Edith Bru­chez, elle fait des cures de pol­len chaque hi­ver de­puis douze ans. «Ce­la me donne de l’éner­gie», ex­plique-t-elle. Plu­sieurs pa­tients qu’elle re­çoit dans son ca­bi­net du Châble (VS) ont consta­té des «ef­fets po­si­tifs au ni­veau de la ré­gu­la­tion du tran­sit», tan­dis qu’ils sont nom­breux à ve­nir la voir pour une dé­sen­si­bi­li­sa­tion au rhume des foins.

La na­tu­ro­pathe en est per­sua­dée: «Le pol­len d’abeilles est un su­per-ali­ment que tout le monde de­vrait man­ger», en cure d’en­tre­tien ou pour trai­ter des pro­blèmes plus spé­ci­fiques. «Le pol­len contient tous les acides ami­nés dont nous avons be­soin, ce qui est rare dans un seul ali­ment.» Ceux-ci exercent entre autres des fonc­tions bé­né­fiques pour les muscles, le foie, la di­ges­tion ou le som­meil et agissent aus­si comme an­ti­dé­pres­seurs et contre le cho­les­té­rol. «Le pol­len frais contient entre 5 et 8 fer­ments lac­tiques qui aident énor­mé­ment au ni­veau de la flore in­tes­ti­nale, très im­por­tante pour le sys­tème im­mu­ni­taire, pré­cise-t-elle. En­fin, le pol­len est in­té­res­sant pour sa te­neur en pro­téines, ce qui en fait un bon com­plé­ment ali­men­taire pour les vé­gé­ta­riens.»

Si les pol­lens «toutes fleurs» sont in­di­qués pour les cures d’en­tre­tien, les pol­lens mo­no­flo­raux peuvent s’uti­li­ser de ma­nière plus ci­blée: le pol­len de saule pour les ma­la­dies des yeux, de bruyère pour ré­gu­ler la cir­cu­la­tion ou de pa­vot pour ses ver­tus cal­mantes, dé­taille Edith Bru­chez.

Quelques ré­ti­cences

Tous à nos gra­nules, alors? Pas si vite, ré­pondent les spé­cia­listes de dis­ci­plines plus tra­di­tion­nelles. «La com­po­si­tion nu­tri­tion­nelle du pol­len est très variable se­lon les fleurs bu­ti­nées, pointe la dié­té­ti­cienne Mu­riel Ja­quet, du ser­vice d’in­for­ma­tion nu­tri­tion­nelle Nu­trin­fo. Cer­tains peuvent pré­sen­ter des te­neurs im­por­tantes en vi­ta­mines du groupe B ou en mi­né­raux comme le fer ou le zinc. Mais sans in­di­ca­tion dé­taillée sur l’em­bal­lage d’un pro­duit spé­ci­fique, il n’est pas pos­sible d’en éva­luer l’in­té­rêt nu­tri­tion­nel.»

Sa col­lègue Séverine Ché­del, dié­té­ti­cienne pour le bu­reau Es­pace Nu­tri­tion à Neu­châ­tel, sou­ligne de son cô­té que les pro­téines du pol­len n’ont pas la même qua­li­té nu­tri­tive que les pro­téines ani­males. Elle pré­cise que si un de ses pa­tients mange du pol­len, «je ne vais pas le lui dé­con­seiller, mais à l’in­verse, je ne le conseille ja­mais. Ce n’est sim­ple­ment pas quelque chose dont nous avons be­soin.»

Et bien que la ré­colte des abeilles ne pro­vienne en prin­cipe pas de plantes dont les pol­lens causent de fortes al­ler­gies, la Fon­da­tion aha! Centre d’al­ler­gie Suisse in­vite à la pru­dence en rai­son de ré­ac­tions al­ler­giques po­ten­tielles. «Pour le trai­te­ment à long terme contre les al­ler­gies au pol­len, nous re­com­man­dons la dé­sen­si­bi­li­sa­tion avec des ex­traits de pol­lens, pré­pa­rés in­dus­triel­le­ment et pres­crits par les mé­de­cins», sou­ligne la conseillère et char­gée de pro­jet Se­rei­na de Zor­do.

Alors, le pol­len, gra­nules mi­racles ou poudre aux yeux? Le dé­bat conti­nue…

Istock

Istock

Riches en pro­téines, les grains de pol­len s’in­tègrent idéa­le­ment dans un ré­gime vé­gé­ta­rien.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.