Marre des lu­nettes, j’es­saie la chi­rur­gie

Le Matin Dimanche - - BIEN VIVRE - CLÉMENTINE FITAIRE cle­men­[email protected]­ne­te­sante.ch

Que vous soyez myope, astig­mate ou hy­per­mé­trope, vous avez peut-être en­vi­sa­gé de sau­ter le pas de la chi­rur­gie. Mais les tech­niques dis­po­nibles sont-elles fiables, ef­fi­caces et sans risque? On fait le point sur les nou­velles thé­ra­pies avec le Dr Fe­de­ri­co Mos­sa.

Les lu­nettes de­vien­dront-elles bien­tôt un ob­jet du pas­sé? «Cer­tai­ne­ment, as­sure le Dr Fe­de­ri­co Mos­sa, FMH en oph­tal­mo­lo­gie et oph­tal­mo­chi­rur­gie, di­rec­teur mé­di­cal du Centre de mi­cro­chi­rur­gie ocu­laire CEMO à l’hô­pi­tal de Saint-loup, à Pom­paples (VD). On peut dé­sor­mais cor­ri­ger pra­ti­que­ment tous les dé­fauts vi­suels avec les nou­velles tech­no­lo­gies.» La re­cherche en ma­tière d’oph­tal­mo­lo­gie avance vite, et chaque an­née de nou­velles mé­thodes ap­pa­raissent, de plus en plus per­for­mantes et de moins en moins in­va­sives. Elles ont dé­jà sé­duit des mil­liers de Suisses.

Si l’évo­lu­tion ra­pide des dis­po­si­tifs mé­di­caux per­met au­jourd’hui de cor­ri­ger la plu­part des ma­la­dies, le choix d’une mé­thode plu­tôt qu’une autre se fait au cas par cas. Deux prin­ci­paux pa­ra­mètres sont pris en compte: l’âge du pa­tient et son dé­faut vi­suel. «Par exemple, pour un pa­tient jeune avec un dé­faut mo­dé­ré, on va

fa­vo­ri­ser un trai­te­ment au la­ser de sur­face, ex­plique le spé­cia­liste. Mais dans le cas d’une ca­ta­racte sur une per­sonne âgée, on va pré­fé­rer les im­plants.» Cha­cune de ces mé­thodes pos­sède donc ses propres in­di­ca­tions et ses li­mites.

LA RÉ­VO­LU­TION DU LA­SER SANS CONTACT

«La mé­thode de chi­rur­gie au la­ser sans contact di­rect avec l’oeil est la grande ré­vo­lu­tion de ces der­niers temps, af­firme le Dr Mos­sa. Car jus­qu’à pré­sent on dis­po­sait de mé­thodes qui pré­voyaient une découpe de la cor­née, ce qui n’est plus né­ces­saire.» Ce nou­veau trai­te­ment de sur­face (Smart­sur­face Trans-prk) est une vraie avan­cée mé­di­cale, aus­si bien en termes d’ef­fi­ca­ci­té que de confort pour les pa­tients. «J’avais une myo­pie tel­le­ment forte que je m’at­ten­dais à une in­ter­ven­tion lourde et dou­lou­reuse, confie Sé­bas­tien. J’ai été très éton­né quand on m’a dit que tout se pas­sait en quelques mi­nutes… Le jour J, je suis res­sor­ti de la cli­nique moins d’une heure après y être en­tré. Avec des yeux neufs. Mon seul re­gret est de ne pas avoir sau­té le pas plus tôt.»

Com­ment ça se passe? Une par­tie de l’épi­thé­lium (couche la plus su­per­fi­cielle de la cor­née) est re­ti­rée au la­ser, sans contact et sans découpe. Un fais­ceau est en­suite di­ri­gé sur la par­tie de la cor­née ain­si mise à nu pour ef­fec­tuer le trai­te­ment. En­fin, l’épi­thé­lium re­ti­ré est re­pla­cé sur la sur­face de l’oeil trai­tée. La pro­cé­dure prend quelques se­condes et se réa­lise sous anes­thé­sie lo­cale.

Pour trai­ter quoi? L’hy­per­mé­tro­pie, l’astig­ma­tisme et cer­taines myo­pies sé­vères. Avan­tages: L’in­ter­ven­tion reste to­ta­le­ment in­do­lore et la cor­rec­tion est dé­fi­ni­tive. Dans la plu­part des cas, l’acui­té vi­suelle s’avère su­pé­rieure à celle ob­te­nue au­pa­ra­vant avec des len­tilles ou des lu­nettes. Le risque de com­pli­ca­tions est qua­si nul car la cor­née (sur­face de l’oeil) n’est pas fra­gi­li­sée.

In­con­vé­nients: Une gêne ocu­laire, des lar­moie­ments ou une vi­sion trouble peuvent sur­ve­nir après l’in­ter­ven­tion. Par ailleurs, l’opé­ra­tion au la­ser sans contact ne convient pas à tous les dé­fauts vi­suels ni à tous les types d’yeux (épais­seur de la cor­née, taille des pu­pilles…).

DES AVAN­CÉES DANS LE TRAI­TE­MENT DE LA PRESBYTIE

En ma­tière de chi­rur­gie ré­frac­tive, une autre grande nou­veau­té concerne le trai­te­ment de la presbytie. «Jus­qu’à pré­sent, on op­tait pour la mo­no­vi­sion, en at­tri­buant à un oeil la vi­sion de loin et à l’autre la vi­sion de près, ex­plique le Dr Mos­sa. On peut main­te­nant pré­ser­ver en par­tie les deux vi­sions sur un même oeil.»

Com­ment ça se passe? Le chi­rur­gien réa­lise un re­mo­de­lage de la sur­face de la cor­née as­sis­té par or­di­na­teur, via un la­ser de sur­face. Ce trai­te­ment qui mo­di­fie la mul­ti­fo­ca­li­té de la cor­née au­ra un ef­fet si­mi­laire à une cor­rec­tion à l’aide de verres de lu­nettes mul­ti­fo­cales. Ce dis­po­si­tif s’ap­pelle le Pres­by­max et l’in­ter­ven­tion ne dure que 30 se­condes pour chaque oeil.

Pour trai­ter quoi? La presbytie, qui ré­sulte d’une perte pro­gres­sive et na­tu­relle de l’élas­ti­ci­té du cris­tal­lin et pro­voque une dif­fi­cul­té à pas­ser de la vi­sion de loin à la vi­sion de près.

Avan­tages: Cette mé­thode per­met de pré­ser­ver en par­tie la vi­sion de loin. Elle est éga­le­ment ré­ver­sible en cas de troubles vi­suels gê­nants.

In­con­vé­nients: Ce trai­te­ment n’éli­mine pas to­ta­le­ment la presbytie. Il se­ra né­ces­saire de s’adap­ter à une dif­fé­rence de vi- sion entre les deux yeux, en conser­vant une cor­rec­tion avec des lu­nettes d’ap­point dans cer­taines si­tua­tions.

LES IM­PLANTS, TOU­JOURS

Les chi­rur­giens oph­tal­mo­logues dis­posent de­puis plu­sieurs an­nées dé­jà d’une plé­thore d’im­plants pour cor­ri­ger de nom­breux dé­fauts vi­suels. De plus en plus so­phis­ti­qués et per­for­mants, ils peuvent éga­le­ment trai­ter des ma­la­dies, en per­met­tant par exemple de dif­fu­ser des mé­di­ca­ments à l’in­té­rieur de l’oeil.

Com­ment ça se passe? L’im­plant ocu­laire est consti­tué de ma­té­riaux souples. Il est pla­cé de­vant ou der­rière l’iris, après in­ci­sion de la cor­née. Dans le cas du trai­te­ment d’une ca­ta­racte, l’im­plant est une len­tille ar­ti­fi­cielle qui rem­place le cris­tal­lin de­ve­nu opaque.

Pour trai­ter quoi? Gé­né­ra­le­ment, les im­plants sont in­di­qués aux per­sonnes avec de forts dé­fauts vi­suels comme une im­por­tante myo­pie, une hy­per­mé­tro­pie ou un astig­ma­tisme. La ca­ta­racte est aus­si sou­vent trai­tée par im­plan­ta­tion, à par­tir de 50 ans. Avan­tages: L’im­plant est qua­si in­do­lore et to­ta­le­ment in­vi­sible. Au­cune hos­pi­ta­li­sa­tion n’est né­ces­saire.

In­con­vé­nients: Cette mé­thode né­ces­site une chi­rur­gie in­va­sive, qui peut en­traî­ner des com­pli­ca­tions (jus­qu’à né­ces­si­ter le re­trait de l’im­plant). En­fin, contrai­re­ment au trai­te­ment la­ser, chaque oeil est opé­ré sé­pa­ré­ment avec quelques jours ou se­maines d’in­ter­valle.

L’ORTHOKÉRATOLOGIE: EN­CORE PEU CONVAIN­CANTE

Ce nom quelque peu bar­bare ne dé­signe pas une in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale mais une mé­thode qui consiste à porter des len­tilles de cor­rec­tion ocu­laire la nuit uni­que­ment, pour per­mettre à l’oeil de mieux voir le jour.

Com­ment ça se passe? Des len­tilles flexibles, adap­tables se­lon le dé­faut ocu­laire, sont pla­cées sur l’oeil du­rant la nuit et pro­cèdent au lis­sage de la cor­née. Elles sont re­ti­rées au ma­tin et per­mettent de di­mi­nuer une myo­pie pen­dant 24 à 48 heures en­vi­ron.

Pour trai­ter quoi? Une faible myo­pie ou un astig­ma­tisme.

Avan­tages: Pas d’in­ter­ven­tion mé­di­cale ni de chi­rur­gie. Mé­thode to­ta­le­ment ré­ver­sible.

In­con­vé­nients: «Cette mé­thode a beau­coup de li­mites», pré­vient le Dr Fe­de­ri­co Mos­sa. Tout d’abord, le risque im­por­tant de com­pli­ca­tions graves, comme des in­fec­tions, liées au dé­faut d’oxy­gé­na­tion de la cor­née. Ou en­core l’al­té­ra­tion de l’ho­mo­gé­néi­té de la sur­face de l’oeil, qui en­traîne une vi­sion double. En­fin, le spé­cia­liste rap­pelle que ces len­tilles noc­turnes «n’ap­portent pas une ré­ponse dé­fi­ni­tive à un dé­faut de vi­sion. Elles n’ap­portent qu’une cor­rec­tion par­tielle et tem­po­raire.»

Car­me­lo Ge­ra­ci/eyeem

Andrea Al­fa­no

Le Dr Fe­de­ri­co Mos­sa est le di­rec­teur mé­di­cal du Centre de mi­cro­chi­rur­gie ocu­laire CEMO à l’hô­pi­tal de Saint-loup, à Pom­paples (VD). «On peut dé­sor­mais cor­ri­ger pra­ti­que­ment tous les dé­fauts vi­suels avec les nou­velles tech­no­lo­gies», as­sure-t-il.

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