Mu­jin­ga Kam­bund­ji ter­mine une nou­velle fois au pied du po­dium

Alors qu’une gé­né­ra­tion pro­met­teuse dé­couvre l’âpre­té du ni­veau in­ternational aux Eu­ro­péens de Ber­lin, Lea Sprun­ger et Alex Wil­son s’érigent en exemple de té­na­ci­té.

Le Matin Dimanche - - LA UNE - SI­MON VUILLE si­mon.vuille @le­ma­tin­di­manche.ch

SPORTS Pour la deuxième fois des cham­pion­nats d’eu­rope de Ber­lin, la Ber­noise a dû se conten­ter de la qua­trième place. Ce­la n’en­lève rien au mé­rite de l’athlétisme suisse, qui construit ses suc­cès avec pa­tience, in­tel­li­gence et ré­flexion. Pour preuve, les deux mé­dailles de Lea Sprun­ger et d’alex Wil­son.

«J’ai en­fin prou­vé que je pou­vais cou­rir sous pres­sion, mais je veux en­core al­ler plus haut» Alex Wil­son, mé­daillé de bronze du 200 m eu­ro­péen «Ce titre, c’est la fin d’un long par­cours. Moi, je me suis nour­rie de mes échecs avant de goû­ter au des­sert» Lea Sprun­ger, cham­pionne d’eu­rope du 400 m haies

L’athlétisme suisse ne peut pas en­core comp­ter sur un phé­no­mène de pré­co­ci­té du ni­veau de Ja­kob In­ge­brigt­sen, au­teur d’un in­croyable dou­blé 15005000 m à seu­le­ment 17 ans. En marge de la Nor­vège et de sa gé­né­ra­tion d’ex­cep­tion, il construit ses suc­cès avec pa­tience, in­tel­li­gence et ré­flexion. Ce constat, dé­jà va­lable à Am­ster­dam en 2016, se re­flète en­core un peu plus dans les tra­jec­toires de Lea Sprun­ger et Alex Wil­son, mé­daillés d’or et de bronze à Ber­lin. Mu­jin­ga Kam­bund­ji s’est his­sée plus tôt dans le top 5 eu­ro­péen. Mais la Ber­noise, mal­gré des temps ca­non sur 100 m et 200 m, quit­te­ra la ca­pi­tale al­le­mande sans mé­daille in­di­vi­duelle (deux qua­trièmes places), quand Lea Sprun­ger sa­voure le pre­mier titre conti­nen­tal de l’his­toire pour une ath­lète suisse. «La roue tourne en­fin» En 2015, la Vau­doise de 28 ans bous­cule son des­tin à la fa­veur d’une re­con­ver­sion osée sur 400 m haies. Sa pro­gres­sion ra­pide, or­née du bronze aux cham­pion­nats d’eu­rope d’am­ster­dam en 2016, se heurte à trois dés­illu­sions ma­jeures en trois ans. Aux Jeux olym­piques de Rio, la Vau­doise dé­chante dès les séries. Alors que la vic­toire lui semble pro­mise à Bel­grade en 2017, elle se fige dans la der­nière ligne droite et ter­mine cin­quième du 400 m des Eu­ro­péens en salle. Et puis, pour fi­nir, ce mau­dit pied sur la ligne, sy­no­nyme de dis­qua­li­fi­ca­tion aux Mon­diaux en salle de Bir­min­gham cet hi­ver. «La roue tourne en­fin, c’était le mo­ment», lâche son coach, Laurent Meuw­ly, ému et sou­la­gé après la mé­daille d’or de sa pro­té­gée ven­dre­di soir à Ber­lin. «Une car­rière se construit sur la du­rée. Il faut ap­prendre de chaque dé­faite, ce que Lea Sprun­ger a très bien su faire», sa­lue Ja­cky De­la­pierre, le pa­tron du mee­ting Ath­le­tis­si­ma. Elle est par­ve­nue à pui­ser dans chaque dé­cep­tion les res­sources pour re­ve­nir sur la piste plus so­lide dans la tête et les jambes, jus­qu’à la consé­cra­tion du 10 août à Ber­lin.

Alex Wil­son n’a pas rem­por­té le 200 m mais sa mé­daille de bronze – conquise à 27 ans – sonne aus­si comme une li­bé­ra­tion. Trop long­temps, le Bâ­lois s’est conten­té de son sta­tut d’homme le plus ra­pide du pays avant de s’ef­fa­cer au contact de la concur­rence in­ter­na­tio­nale. Entre Zu­rich et Stutt­gart, il s’est cher­ché avant de trou­ver un nou­vel élan aux cô­tés du coach an­glais Cla­rence Cal­len­der à Londres. En­du­rance et ré­gime au pro­gramme; Wil­son a tout chan­gé pour se trans­for­mer en can­di­dat aux mé­dailles eu­ro­péennes. Il s’est aus­si for­gé un men­tal de vain­queur pour battre son re­cord na­tio­nal d’un dixième (20’’04) au mo­ment le plus im­por­tant.

Pro­jet ré­com­pen­sé

Un long chemin vers le suc­cès fa­ci­li­té par le lan­ce­ment du pro­jet Swiss Star­ters en 2008. Ce sou­tien pour la re­lève, dont les autres fi­na­listes suisses à Ber­lin ont aus­si bé­né­fi­cié, a per­mis aux jeunes de s’af­fir­mer et à l’athlétisme suisse de se re­lan­cer. Grâce à la mé­daille d’or de Ka­riem Hus­sein à do­mi­cile, la Fé­dé­ra­tion suisse a pu in­ves­tir sur la for­ma­tion. Swiss Ath­le­tics pré­voit d’ailleurs d’aug­men­ter son bud­get de 500 000 francs pour un mon­tant to­tal de 6 mil­lions de francs en 2019. «Ce qui se passe ici à Ber­lin est évi­dem­ment im­por­tant, mais 50% de nos ef­forts sont consa­crés à la re­lève», pré­cise Christophe Sei­ler, pré­sident de la fé­dé­ra­tion.

À Ber­lin, ces jeunes es­poirs ont dé­cou­vert à leurs dé­pens l’écart qui les sé­pare en­core du plus haut ni­veau. De­lia Scla­bas, consi­dé­rée à 17 ans comme l’une des plus grandes es­poirs du de­mi-fond hel­vé­tique, est res­tée à bonne dis­tance de la fi­nale sur 1500 m. Yas­min Gi­ger (18 ans) et Ja­son Jo­seph ont fait à peine mieux sur 400 m haies et 110 m haies. Pour­tant, de jeunes sprin­teuses, tou­jours en phase d’ap­pren­tis­sage, pour­raient bien ap­por­ter une nou­velle mé­daille à la Suisse ce soir à Ber­lin. Aj­la Del Ponte (22 ans), Sarah At­cho (23 ans), Sa­lo­mé Ko­ra (24 ans) et la lea­der Mu­jin­ga Kam­bund­ji ten­te­ront de pro­pul­ser le re­lais sur un pre­mier po­dium in­ternational. Sept ans après le lan­ce­ment du pro­jet, quatre ans après la dis­qua­li­fi­ca­tion tra­gique à Zu­rich le sym­bole se­rait là aus­si ce­lui de la per­sé­vé­rance.

Keys­tone

Bernd This­sen/keys­tone

Rayon­nante Lea Sprun­ger, qui sa­voure sa mé­daille d’or dé­cro­chée sur le 400 m haies. La Vau­doise a eu rai­son de se concen­trer sur cette dis­ci­pline.

La troi­sième place d’alex Wil­son a tout d’une li­bé­ra­tion.

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