Le psy­cho­drame entre la Suisse et l’eu­rope est aus­si une af­faire d’ego

Le Matin Dimanche - - SUISSE - LISE BAILAT

Alors qu’ils s’ap­prêtent à quit­ter la scène, trois bris­cards de la po­li­tique font des re­la­tions bi­la­té­rales une ques­tion per­son­nelle. Les élec­tions de 2019 re­bat­tront les cartes.

On peut par­ler tech­nique. Dé­tailler les me­sures d’ac­com­pa­gne­ment ou dé­battre de la né­ces­si­té de ré­no­ver la voie bi­la­té­rale. Mais, au fond, le psy­cho­drame qui a écla­té cette se­maine sur la ques­tion eu­ro­péenne est aus­si une his­toire d’hu­mains, celle de trois po­li­ti­ciens à l’ego bles­sé.

Un pré­sident vexé

D’abord, il y a Jean-claude Jun­cker, l’homme des bi­sous, le gar­dien du temple, pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne. De­puis 1984 en po­li­tique, il quit­te­ra le pou­voir l’an pro­chain. On di­sait le dé­mo­cra­te­chré­tien luxem­bour­geois ami de la Suisse. On avait ou­blié à quel point il peut être soupe au lait. Et qu’un homme po­li­tique en fin de car­rière de­vient moins pré­vi­sible et rai­son­nable. Quand Jean-claude Jun­cker vient trou­ver Do­ris Leu­thard, alors pré­si­dente de la Con­fé­dé­ra­tion, à Berne, en no­vembre der­nier, la pe­tite mu­sique semble douce et har­mo­nieuse. Il parle de la si­gna­ture d’ici le printemps 2018 d’un «ac­cord d’ami­tié» entre la Suisse et l’union eu­ro­péenne. Mais dès le len­de­main, le dé­lai avan­cé par Jean-claude Jun­cker est re­la­ti­vi­sé en Suisse au plus haut ni­veau. Se sen­tant tra­hi, roulé dans la fa­rine, lui, l’homme fort de l’union eu­ro­péenne se met dans une co­lère noire. Il est vexé. Deux mois plus tard, il an­nonce que l’équi­va­lence bour­sière ac­cor­dée à la Suisse, ce sé­same pour les né­go­ciants de titres, se li­mi­te­ra à an.

Un syn­di­ca­liste ré­vol­té

La Suisse est donc mise au dé­fi d’avan­cer, en­fin, quatre ans après le dé­but de la né­go­cia­tion sur un ac­cord-cadre avec L’UE. Igna­zio Cas­sis, nou­veau au Conseil fé­dé­ral, veut al­ler au bout des dis­cus­sions, que ça passe ou que ça casse. À la veille de l’été, il braque la gauche en met­tant sou­dain sur la table la ques­tion des me­sures d’ac­com­pa­gne­ment, ces dis­po­si­tions qui pro­tègent le mar­ché du tra­vail. C’est une ligne rouge, un point au­quel on ne de­vait pas tou­cher. Il faut les dé­ta­boui­ser, dit le Tes­si­nois. C’est là qu’entre en scène le so­cia­liste Paul Rech­stei­ner, l’homme à la mous­tache lé­gen­daire, 31 ans de po­li­tique et sur­tout 20 ans de pré­si­dence de l’union syn­di­cale

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.