Dent leurs vaches au mar­ché

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

Même s’il ne verse pas dans l’at­ten­tisme, l’éle­veur neu­châ­te­lois af­fiche tou­te­fois quelques signes d’an­xié­té: «Vous en­ten­dez les coups de ton­nerre? La pluie n’est pas loin, mais elle ne tombe pas. La mé­téo des deux pro­chaines se­maines se­ra cru­ciale. Sans pré­ci­pi­ta­tions dignes de ce nom, ce­la se ré­vé­le­rait ca­tas­tro­phique pour toute l’agri­cul­ture suisse», pré­vient le pré­sident de la Chambre neu­châ­te­loise d’agri­cul­ture et de vi­ti­cul­ture, éga­le­ment dé­pu­té (PLR) au Grand Conseil. nuel va bais­ser d’au moins 20%», se ré­signe Yves Jean­no­tat, un éle­veur ajou­lot dé­pi­té. Cette se­maine en­core, au mar­ché de bé­tail des Ponts-de-mar­tel (NE), la pres­sion sur les prix est tout aus­si im­por­tante que dans le Ju­ra voi­sin. De nom­breuses bêtes sont dis­po­nibles. Et les ache­teurs le savent. Les prix ont bais­sé de 30% par rap­port à la se­maine der­nière. Com­ment est-on ar­ri­vé à cette si­tua­tion ex­trême? La longue sé­che­resse est une des causes. Mais la si­tua­tion est plus com­plexe, disent les agri­cul­teurs con­tac­tés par «Le Ma­tin Di­manche». Il y a eu beau­coup de bise du­rant ces der­niers mois. Elle a in­fluen­cé les pré­ci­pi­ta­tions. Le vent as­sé­chait les sols di­rec­te­ment der­rière la pluie.

Pour pal­lier les ef­fets de ce pe­sant été 2018, les éle­veurs en­grais­seurs n’ont pas d’autre choix que de dé­ci­der s’ils pré­fèrent uti­li­ser leur stock d’ali­ments, ache­ter du four­rage ou même abattre leur bé­tail plus tôt que pré­vu. Et les prix sont en chute libre. Pour le consom­ma­teur aus­si? Pas vrai­ment. En bout de chaîne, il ne de­vrait voir au­cune dif­fé­rence, les frais fixes liés à la dis­tri­bu­tion et aux bou­che­ries n’étant pas tou­chés par la sé­che­resse. C’est le manque à ga­gner, en francs, pour une bête de 700 ki­los en moyenne. L’en­grais­seur ju­ras­sien, pro­prié­taire de 130 bêtes, com­mence à ti­rer la langue. «Voi­là quatre ans que l’on souffre du sec de l’été. Il ne pleut pas donc l’herbe ne re­pousse pas. C’est car­ré­ment brû­lé. J’ai dû me ré­soudre à mettre 40 vaches à l’in­té­rieur. Pour les nour­rir, je puise dans les ré­serves de l’hi­ver. Même s’il pleut deux jours de suite, ce­la ne suf­fi­rait pas. Il fau­drait d’abord que nos prai­ries re­de­viennent vertes. C’est donc très mal par­ti.»

Au déses­poir des agri­cul­teurs, Pro­viande a ré­pon­du par une réunion ur­gente ce ven­dre­di. La faî­tière ad­met que les im­por­ta­tions (ndlr: 2400 vaches en juillet) vont au­jourd’hui à l’en­contre des in­té­rêts du mar­ché. Dans un com­mu­ni­qué, Pro­viande de­mande aux im­por­ta­teurs «de ne pas char­ger da­van­tage le mar­ché et de re­por­ter leurs im­por­ta­tions».

Ap­pel à la re­te­nue

L’union suisse des pay­sans (USP) lance aus­si un ap­pel à la so­li­da­ri­té et à la re­te­nue. Elle in­vite les agri­cul­teurs à re­non­cer, dans la me­sure du pos­sible, à des ventes pré­ci­pi­tées. «Nous en­joi­gnons les agri­cul­teurs dis­po­sant d’as­sez de four­rages à pla­cer leur offre sur le mar­ché via les chambres can­to­nales d’agri­cul­ture. Les pay­sans qui peuvent prendre des ani­maux pour l’automne et l’hi­ver sont aus­si priés de s’an­non­cer.» L’USP de­mande aus­si à la branche de la trans­for­ma­tion de s’as­so­cier aux ef­forts. «Les abat­toirs sont priés de ne pas ex­ploi­ter la dé­tresse des éle­veurs à leur avan­tage. Il s’agit d’évi­ter une chute des prix des vaches de bou­che­rie comme le montre la ten­dance dé­jà per­cep­tible.»

En com­plé­ment aux dis­po­si­tions de la Con­fé­dé­ra­tion qui a dé­ci­dé d’abais­ser les droits de douane sur le four­rage im­por­té, le can­ton du Ju­ra met en place des me­sures pour ai­der les en­tre­prises agri­coles qui ren­contrent des dif­fi­cul­tés fi­nan­cières en rai­son de la sé­che­resse. Un prêt rem­bour­sable sans in­té­rêts peut être oc­troyé. Une pro­cé­dure sim­pli­fiée est mise en place afin de gé­rer ef­fi­ca­ce­ment les de­mandes d’aides. «Ces prêts per­met­tront d’as­su­rer l’ap­pro­vi­sion­ne­ment des ex­ploi­ta­tions en four­rages pro­ve­nant de ré­gions ou de pays moins tou­chés», écrit le Ser­vice ju­ras­sien de l’éco­no­mie ru­rale.

Les di­ri­geants de L’USP sou­haitent al­ler plus loin. Dans la se­maine, ils or­ga­ni­se­ront une consul­ta­tion au sein de la branche sur l’abais­se­ment des droits de douane sur le four­rage de trois francs pour 100 ki­los à… zé­ro.

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.