«L’at­ti­tude des grands ac­teurs du mar­ché est to­ta­le­ment in­so­lente»

Le Matin Dimanche - - SUISSE -

MI­CHEL DARBELLAY

Di­rec­teur d’agri­ju­ra

Qu’est-ce qui risque d’ar­ri­ver si les éle­veurs conti­nuent à se «dé­bar­ras­ser» de leur bé­tail?

Les abat­toirs exercent une pres­sion énorme en ne payant leurs four­nis­seurs que 7 francs, bien au-des­sous des ta­belles of­fi­cielles. Certes, les ap­ports de vaches dans les abat­toirs ont bon­di, mais ce­la ne jus­ti­fie pas une telle pres­sion sa­chant que le consom­ma­teur n’y ver­ra que du feu. Le plus pa­ra­doxal est que les mêmes ac­teurs qui font pres­sion sur le prix en pré­tex­tant l’abon­dance de l’offre ont de­man­dé et ob­te­nu fin juillet des im­por­ta­tions équi­va­lentes à 2400 vaches, soit 800 tonnes de viande. La sé­che­resse semble être le pré­texte de pres­ser sur le prix de vaches qui était jus­qu’ici cor­rect.

Com­ment est-on par­ve­nu à cette si­tua­tion ex­trême?

Le dé­fi­cit hy­drique date de plu­sieurs se­maines puisque les pré­ci­pi­ta­tions sont très lo­ca­li­sées de­puis le mois de mai. Les éle­veurs n’ont guère d’op­tions sa­chant que la pénurie de four­rages ne se li­mite pas à la frontière suisse. Peut-on chif­frer le manque à ga­gner? C’est une perte de 100 francs pour une vache. Mais dans les faits, les abat­toirs achètent bien plus bas que sur les mar­chés pu­blics. On parle donc de 7 francs, soit une perte ad­di­tion­nelle de près de 400 francs pour une seule bête. La pres­sion est to­ta­le­ment exa­gé­rée et l’at­ti­tude des grands ac­teurs du mar­ché to­ta­le­ment in­so­lente.

Cette pa­nique va per­du­rer jus­qu’à quand?

Les grands ac­teurs du mar­ché, contrô­lés par la grande dis­tri­bu­tion, pro­fitent de la si­tua­tion. Il faut que ce­la cesse! Nous leur de­man­dons d’agir de ma­nière res­pon­sable: pre­miè­re­ment en s’abs­te­nant d’im­por­ter les contin­gents dé­li­vrés à tort fin juillet et, deuxiè­me­ment, par la pro­mo­tion des ventes dans leurs étals. Les ache­teurs doivent aus­si te­nir compte de coûts de pro­duc­tion plus éle­vés pour nos fa­milles pay­sannes. En consé­quence, le prix du lait mé­rite aus­si une aug­men­ta­tion si­gni­fi­ca­tive et im­mé­diate.

Et pour agir concrè­te­ment?

Les agri­cul­teurs connaissent des hauts et des bas. La pos­si­bi­li­té de­vrait leur être don­née de lis­ser leurs re­ve­nus de ma­nière à ce que, les bonnes an­nées, des pro­vi­sions puissent être consti­tuées pour les an­nées dif­fi­ciles. Des in­ter­ven­tions po­li­tiques sont en cours à Berne. Une telle me­sure ne se­rait pas une fleur fis­cale aux pay­sans mais leur of­fri­rait une meilleure ré­si­lience et moins de dé­pen­dance aux aides éta­tiques.

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