«La po­lice nous prend toutes nos af­faires, même les chaus­sures»

Le Matin Dimanche - - ACTEURS -

Sacs de cou­chage confis­qués par temps gla­cial, le mot «dea­ler» ins­crit dans cer­tains pas­se­ports: cet hi­ver, les pra­tiques de la po­lice lau­san­noise ont fait scan­dale.

À Ge­nève, les mi­grants évoquent de contrôles ré­gu­liers et des me­sures de ré­tor­sion par la po­lice. «Ils nous har­cèlent. Ils nous contrôlent et nous disent que nous de­vons par­tir, ra­conte ce Ni­gé­rien de 22 ans. Sur­tout, ils nous confisquent aus­si nos af­faires. Ils m’ont pris tous mes ha­bits, même mes chaus­sures! Regarde, main­te­nant je n’ai plus que ça», ra­conte le jeune homme en le­vant le pied, ré­vé­lant une vieille schlap en fin de vie. Sur notre chemin, trois autres mi­grants nous ra­content exac­te­ment la même his­toire.

«Il n’y a pas une vo­lon­té de la po­lice de les em­bê­ter, ex­plique Jean-philippe Brandt, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de la po­lice ge­ne­voise. Nous n’avons pas pour but de dé­lo­ger les gens, mais des cam­pe­ments que nous ne pou­vons lais­ser en place, no­tam­ment en rai­son de leur sa­le­té. Lorsque leurs ha­bi­tants sont pré­sents sur place, nous leur lais­sons suf­fi­sam­ment de temps pour prendre ce qu’ils peuvent por­ter. Après, s’ils sont ab­sents, c’est vrai que mal­heu­reu­se­ment leurs ha­bits peuvent par­tir avec la pel­le­teuse. Mais ils ont la pos­si­bi­li­té d’en ré­cu­pé­rer dans des struc­tures d’ac­cueil.»

Le pro­blème est com­pli­qué à gé­rer pour la po­lice. Sou­vent, les mi­grants sans abri ne pos­sèdent au­cun pa­pier d’iden­ti­té. Il faut d’abord me­ner l’en­quête pour re­trou­ver le pays Du­blin où ils ont été en­re­gis­trés – si en­core ils l’ont été, l’ita­lie ayant ten­dance à ne pas le faire pour tous ceux qui dé­barquent sur ses côtes. L’or­ga­ni­sa­tion d’un éven­tuel re­tour se ré­vèle tout aus­si fas­ti­dieuse, ajoute Jean-philippe

Brandt «L’ita­lie, par exemple, ne les re­prend même plus!» Et puis il y a en­core le cas de ceux qui pos­sèdent un titre de sé­jour ita­lien. «Ce ne sont donc plus des clan­des­tins, et avec la libre cir­cu­la­tion, ils ont le droit de res­ter en Suisse.»

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.