Je t’ai dans la peau

Le Matin Dimanche - - CHRONIQUES -

Sou­riant, mais pas très en forme. Les yeux disent l’amu­se­ment, les dents le contraire. L’homme qui ra­conte son his­toire pour la dixième fois semble ap­pré­cier d’être au centre de l’at­ten­tion. À la dé­cou­verte de son af­faire, on lui se­rait presque re­con­nais­sant de sa­voir en­core ri­go­ler. Parce qu’il a cette ins­crip­tion sur le front, conster­nante: les co­or­don­nées d’un jeune Bri­tan­nique ve­nu faire la fête à Be­ni­dorm.

Il y a peu de choses aus­si af­fli­geantes qu’un en­ter­re­ment de vie de garçon – à part peut-être un en­ter­re­ment de vie de jeune fille – mais, là, les gaillards ont sur­per­for­mé. Ils ont of­fert 100 eu­ros à un sans-abri po­lo­nais de 34 ans, To­mek, qui était ivre, pour ta­touer sur son front le nom et l’adresse du fu­tur ma­rié. Et le ta­toueur l’a fait! Fi­nis­sant juste par s’ar­rê­ter au mi­lieu parce que la dou­leur, à cet en­droit, était trop forte.

L’af­faire a évi­dem­ment créé un lé­ger ma­laise. La Bri­tish Bu­si­ness As­so­cia­tion de Be­ni­dorm a lan­cé une ré­colte de fonds pour ai­der To­mek. Sans se rendre compte qu’elle en re­met­tait une couche dans l’écoeu­rant: sur son pro­fil Fa­ce­book, elle laisse en­tendre que ce­la per­met­tra au Po­lo­nais d’en­ta­mer une cure de se­vrage et elle croit utile de le fil­mer en train de vi­der une brique de vin et deux boîtes de bière dans une pou­belle avant de prendre son bus. À se de­man­der, vrai­ment, si les An­glais ne sont pas tous plus in­dé­cents les uns que les autres.

Dé­tail utile: le ta­touage est «Ja­mie Blake, North Shields, NE28», le nom du der­nier homme sur la terre à épou­ser.

Ma­nuel Lo­ren­zo

Es­pagne, 8 août, To­mek, un sans-abri po­lo­nais, est re­trou­vé avec un nom ta­toué sur le front.

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