Y a-t-il un pi­lote

Alex Mies­cher, ex-star des cock­pits, a dû quit­ter son poste de se­cré­taire gé­né­ral de L’ASF. Reste que la cam­pagne de Rus­sie et ses suites mettent, une fois de plus, le doigt sur un sys­tème qui exige des chan­ge­ments.

Le Matin Dimanche - - SPORTS - SI­MON MEIER

Le cou­cou de l’as­so­cia­tion suisse de foot­ball par­tait droit dans le dé­cor. Tout le monde sem­blait dor­mir à bord, im­per­méable à la tem­pête. Et puis en un éclair ven­dre­di, sept se­maines après le dé­but de l’af­faire de l’aigle bi­cé­phale (lire ci-des­sous), un pre­mier fu­sible a sauté: Alex Mies­cher, se­cré­taire gé­né­ral de­puis 2009, a pré­sen­té sa dé­mis­sion. L’homme s’était fait trop d’en­ne­mis, de­puis sa sor­tie dé­li­bé­ré­ment in­tem­pes­tive sur les joueurs bi­na­tio­naux, dans la fou­lée de l’éli­mi­na­tion du Mon­dial.

Une tête qui roule. Telle est la chute d’une se­maine ha­le­tante au­tour de l’équipe de Suisse. La preuve ul­time se­lon la­quelle la cam­pagne de Rus­sie, ache­vée le 3 juillet sur une amère pi­lule sué­doise en hui­tième de fi­nale, a lais­sé des traces au-de­là de la dés­illu­sion spor­tive. Le feuille­ton, pi­men­té par la vraie-fausse mise en re­traite du mo­nu­ment Va­lon Beh­ra­mi, vient sou­li­gner trois fois, en gras, les man­que­ments ré­ité­rés des di­ri­geants de L’ASF. «On doit ré­flé­chir de plus», a ad­mis par com­mu­ni­qué le pré­sident Pe­ter Gillié­ron, dans un dé­li­cieux mais peu sé­rieux fran­çais fé­dé­ral.

Oui, L’ASF doit ré­flé­chir. Se re­gar­der dans la glace. Voir à quel point elle dys­fonc­tionne, ron­ronne, as­sise sur un bi­lan en ap­pa­rence flat­teur. Très prompts à se fé­li­ci­ter du clas­se­ment FI­FA de la Suisse (6e) et des ré­serves fi­nan­cières (en­core 12 mil­lions de francs de ren­trées sur le Mon­dial écou­lé), les di­ri­geants hel­vé­tiques manquent de cou­rage et de clair-

voyance à l’heure d’al­ler au front. Un peu à l’image de leur équipe.

La bon­ho­mie en­fan­tine de L’ASF

«Pour pas­ser un pa­lier sur le ter­rain, il se­rait temps d’en fran­chir aus­si un en in­terne, gronde Sté­phane Grich­ting, ex-in­ternational, qui avait cla­qué la porte de la sé­lec­tion en 2011. Quand on voit leur fa­çon de fonc­tion­ner, on a l’im­pres­sion qu’ils n’ont pas In­ter­net, que rien n’est ré­flé­chi. Là, il faut une prise de conscience au som­met de la py­ra­mide. On n’ap­prend rien des er­reurs du pas­sé, le manque de pro­fes­sion­na­lisme est ahu­ris­sant.»

À L’ASF, comme si les sur­vê­te­ments Pu­ma in­ci­taient à la course d’école, on aborde les choses avec une bon­ho­mie en­fan­tine. Quand le sé­lec­tion­neur Ott­mar Hitz­feld adresse un doigt d’hon­neur à un ar­bitre es­pa­gnol en oc­tobre 2012, par exemple, la ligne de dé­fense consiste à ra­con­ter que l’al­le­mand était fâ­ché contre lui-même. L’ar­gu­men­taire avait été en­core plus ri­sible, en no­vembre pas­sé avant le bar­rage face à l’ir­lande du Nord, lors­qu’il s’était agi de cou­vrir une er­reur ad­mi­nis­tra­tive concer­nant la convo­ca­tion de Va­lon Beh­ra­mi au­près de son club, l’udi­nese. En gros: pour­quoi ils em­bêtent les Ita­liens, ce n’est pas la pre­mière fois qu’on fait notre de­mande en re­tard. Si­gné Clau­dio Sul­ser, No 3 de la dé­lé­ga­tion, avo­cat, ex-pré­sident de la Com­mis­sion d’éthique de la FI­FA.

Un mé­li-mé­lo peu en adé­qua­tion avec les exi­gences du haut ni­veau. «Les pro­blèmes de gou­ver­nance à L’ASF sont ré­cur­rents parce qu’il y a une op­po­si­tion per­ma­nente entre les gens qui viennent du foot et les fonc­tion­naires qui visent l’as­cen­sion dans une hié­rar­chie», ob­serve Ch­ris­tian Cons­tan­tin, pré­sident du FC Sion. Autre thèse sur les ori­gines du hic, émise par une an­cienne huile du foot suisse, qui pré­fère ne pas s’ex­pri­mer ou­ver­te­ment parce qu’il est «dur d’avoir d’une dis­cus­sion ob­jec­tive dans une at­mo­sphère si chaude»: «Le sou­ci prin­ci­pal vient des struc­tures de L’ASF, où le monde pro et le monde ama­teur s’af­frontent tou­jours, sa­chant que rien ne peut être dé­ci­dé sans l’aval du se­cond. Ce­la fait des an­nées qu’on es­saie de chan­ger ça, sans y par­ve­nir. C’est tout un sys­tème qui pèche, il ne faut pas croire que tout va se ré­gler en éjec­tant une per­sonne.»

D’autres qu’alex Mies­cher pour­raient perdre leur poste bien­tôt, à com­men­cer par Mar­co von Ah, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion, tou­jours se­lon la lo­gique du fu­sible. L’as­sem­blée gé­né­rale du 24 août, qui de­vrait être as­sor­tie d’une prise de pa­role du sé­lec­tion­neur Vla­di­mir Pet­ko­vic, li­vre­ra des in­di­ca­tions sur la marche à suivre, spor­tive ou po­li­tique. Reste que le mal semble pro­fond. «Je souffre parce que je sais à quel point c’est dur de construire et ter­ri­ble­ment fa­cile de dé­truire et là, ça va être dif­fi­cile de re­col­ler les mor­ceaux», dé­plore Mi­chel Pont, ad­joint du sé­lec­tion­neur entre 2001 et 2014.

«Il ne faut pas tout mettre à la pou­belle»

Chez Cre­dit Suisse, on ne s’in­quiète pas. Après avoir pro­mis de li­vrer le sen­ti­ment du par­te­naire his­to­rique de l’équipe na­tio­nale quant aux troubles ac­tuels, An­dreas Kern, porte-pa­role de la banque, nous a com­mu­ni­qué que, suite à la dé­mis­sion d’alex Mies­cher, nos ques­tions – et cet ar­ticle – étaient de­ve­nues «su­per­flues». On a ré­pon­du que non, mais trop tard.

Hans­rue­di Has­ler fait par­tie de ceux qui sou­haitent ne pas dra­ma­ti­ser la si­tua­tion. «Dans le tra­vail avec les jeunes, c’est en ordre, il ne faut pas tout mettre à la pou­belle, se ras­sure l’an­cien di­rec­teur tech­nique, à l’ori­gine du sys­tème de for­ma­tion lan­cé en 1995. Mon plus grand sou­ci, c’est la fa­çon dont L’ASF traite les joueurs de l’équipe A. En ne leur par­lant pas, ou mal, on ne res­pecte pas leur po­ten­tiel en tant que fu­turs en­traî­neurs ou mo­dèles pour la jeu­nesse. Avec Va­lon Beh­ra­mi, ils ont tou­ché à un type ex­tra­or­di­naire, un sym­bole.»

Le clash entre le vé­té­ran tes­si­nois et le sé­lec­tion­neur Vla­di­mir Pet­ko­vic a peu­têtre en par­tie été or­ches­tré afin de cre­ver des ab­cès. Une chose est cer­taine: cet éclat di­plo­ma­tique ne ren­dra pas la vie du sé­lec­tion­neur plus simple. Quant à l’aigle bi­cé­phale, il n’a peut-être pas fi­ni de faire des vagues dans les hautes sphères de L’ASF. Pour rap­pel, le printemps pro­chain, il y a des élec­tions pré­si­den­tielles.

To­to Mar­ti/blick­sport/du­kas

Le pré­sident cen­tral de L’ASF,Pe­ter Gillié­ron (au pre­mier plan), le se­cré­taire gé­né­ral, Alex Mies­cher (au deuxième plan), et les membres du staff (der­rière), lorsque tout sou­riait pour l’équipe de Suisse.

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